"C'est une lourde erreur historique", a déploré le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, après que les divisions de l'UE ont abouti, au terme de six heures difficiles de discussion, à bloquer l'ouverture de négociations d'adhésion avec la Macédoine du Nord et l'Albanie. Une "erreur", car "une écrasante majorité" des Etats membres soutient l'ouverture de ce processus, a expliqué le président du Conseil Donald Tusk.

Trois pays, dont la France qui veut réformer le processus d'adhésion, sont à l'origine du blocage de cet élargissement, pourtant réclamé par les dirigeants des trois institutions européennes - Commission, Parlement et Conseil européen.

La future présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a rappelé vendredi les progrès "extraordinaires" réalisés par ces deux pays et "l'importance" que l'UE leur attache. Le sujet sera de nouveau sur la table des dirigeants, "avec le sommet de Zagreb de mai 2020", a promis M. Tusk.

Invitée du sommet, Mme von der Leyen, dont l'entrée en fonction devrait être reportée d'un mois au 1er décembre en raison des difficultés à former son équipe, a présenté son programme aux 27 - le 28e, le Premier ministre britannique Boris Johnson, est reparti à Londres après l'accord scellé jeudi sur le Brexit.

L'un des grands défis de Mme von der Leyen sera le budget dont elle disposera pour la mise en oeuvre de ses promesses électorales.

Vendredi, les 27 chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE ont eu leur première discussion de fond sur le sujet, autour de la proposition préparée par la Commission sortante de "cadre financier pluriannuel" (CFP) pour la période 2021-2027.

La seule chose sur laquelle tout le monde semble d'accord, c'est que personne n'est d'accord.

"La discussion a montré que nous sommes encore loin de l'unité", a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel à l'issue du sommet.

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- "Aucune ligne directrice" -

Dans leurs conclusions, les dirigeants invitent la présidence tournante finlandaise de l'UE "à présenter un cadre de négociation, assorti de chiffres", en préparation du prochain conseil, le 12 et 13 décembre.

Les espoirs de voir les 27 arriver à une position commune à ce sommet de fin d'année, ce qui permettrait de lancer les négociations avec le Parlement, sont minces.

"Je ne pense pas qu'il y aura une décision en décembre", a affirmé Jean-Claude Juncker

"Tout le monde a répété ses positions, que nous connaissions déjà, donc il n'y a pas de nouveaux éléments, aucune ligne directrice, rien", a déploré le président sortant de l'exécutif européen.

Le prochain budget pluriannuel doit concilier le départ du Royaume-Uni, un contributeur net, avec de nouvelles priorités (sécurité, migration, numérique), au risque de procéder à des coupes sèches dans les politiques historiques de l'UE que sont la cohésion et l'agriculture.

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Pour compenser, la Commission propose notamment de fixer les contributions pour les pays à 1,114% (à 27) du revenu national brut (RNB), contre 1,03% actuellement (à 28). Cela fait déjà grincer des dents: chez les gros contributeurs, qui devront mettre la main à la poche, mais aussi chez les bénéficiaires qui craignent de voir les aides européennes se tarir.

La présidence finlandaise a proposé comme base de discussions une fourchette située entre 1,03% et 1,08%, ce qui avait déjà provoqué une réaction hostile des Etats membres lors d'une réunion cette semaine entre ministres des Affaires étrangères.

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L'absence de consensus vendredi est "normal", selon le président français Emmanuel Macron: "c'était la première discussion où nous rentrions un peu dans le détail".

Il a appelé à "ne pas opposer les politiques nouvelles (...) en matière de migration, de défense, d'espace, d'intelligence artificielle (...) avec les politiques dites traditionnelles comme la politique agricole ou de cohésion".

Il a aussi défendu la fin des rabais, mécanisme inauguré par le Royaume-Uni permettant via un remboursement de diminuer la contribution d'un Etat au budget européen, alors que l'Allemagne a déjà exprimé sa volonté de garder le sien.

"Il nous faut en finir avec cet élément d'illisibilité, de destruction du budget européen", a plaidé M. Macron.