En temps d'érosion progressive du multilatéralisme international aggravé par les protectionnismes économiques et l'unilatéralisme américain, la Commission cherche à répondre aux crises en renforçant les traités bilatéraux. L'accord de libre-échange en cours de négociation entre l'Union européenne et le Mercosur en est l'exemple le plus récent. Après 5 ans de négociations et de divergences dans les secteurs automobiles et alimentaires, l'accord devrait prochainement entrer en vigueur.

Les récentes discussions bilatérales avec la Chine ainsi que le début de processus avec l'administration américaine sont d'autres exemples d'efforts visant à maintenir tant bien que mal l'ordre international initié par les États-Unis à l'aube de la Seconde Guerre mondiale par les accords de Bretton Woods en 1944 et plus tard par la création de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995.

Interrogée sur les préoccupations économiques américaines, Cecilia Malström affirme qu'elle ne tolère en aucun cas les moyens mis en oeuvre par les États-Unis, dont elle caractérise certains 'd'illégaux'. En effet, bien que le système multilatéral soit perçu comme une menace pour la souveraineté américaine par l'administration Trump, "les menaces envers la sécurité nationale sont inacceptables" affirme-t-elle.

Enjeux posés par la Chine

Pour Malmström, "l'incapacité progressive de l'Organisation mondiale du commerce à traiter avec des pays tels que la Chine" est un des enjeux sous-jacents qui pourrait mener au blocage total de l'OMC en l'absence de réformes. La Chine qui a largement bénéficié depuis son adhésion à l'OMC perdrait énormément si celle-ci devait venir à disparaître. Un autre problème menaçant l'organisation régulant le commerce, a rappelé Malmström, sont les entreprises sponsorisées par l'État chinois créant des inégalités structurelles au sein même de celle-ci, rappelant les précédents conflits concernant l'aluminium et l'acier.

Riche de 37% des ressources mondiales de métaux précieux, la Chine détient une influence précieuse en temps de négociation. Autant que 80% des importations de métaux rares aux États-Unis entre 2004 et 2017 originaires de la République chinoise. Interrogée sur ce sujet, Malmström indique "l'absurdité des guerres commerciales" lorsque celle-ci mène à de telles escalades stratégiques tout en précisant que l'Union européenne n'a actuellement aucune stratégie au cas où la Chine en viendrait à suspendre ses exportations de métaux précieux aux États-Unis, une menace qu'elle a exprimée.

Commerce international et écologie

Concernant les efforts de l'Union européenne en matière de transition écologique, Malmström revendique la nécessité du prochain Parlement et de la Commission d'en faire une priorité. Les politiques environnementales nécessitent même d'être intégrées aux législations commerciales. La taxe carbone, existante en Suède depuis treize ans comme le rappelle Malmström, devrait, juge-t-elle, être répandue en Europe de manière à rendre le commerce plus 'vert'. Bien que la Commission au commerce ne puisse résoudre la question environnementale seule, celle-ci peut y contribuer. Le dernier projet, désormais suspendu, d'ôter les taxes d'importations sur les biens à empreinte écologique moindre, aurait été un premier pas.

Les mots de Cecilia Malstrom nous rappellent combien le contexte international, la conjoncture économique et les politiques nationales ont évolué depuis la création des institutions mondiales datant du 20e siècle. Nul doute que leurs structures et fonctionnements sont obsolètes. Cependant, en ces temps troubles de conflits commerciaux et de politique identitaire économique, le multilatéralisme international ainsi que les gouvernements nationaux réussiront-ils à réformer les institutions telles que l'OMC ?

Jean Castorini