C'est sans doute moins la teneur de ses propos que l'assemblée devant laquelle il les a prononcés qui le soustrait au statut de journaliste. Ses mots "d'inspiration fasciste" (comme l'a écrit Le Monde) étaient, en effet, déjà connus. Ses diatribes anti-immigration et anti-islam font le buzz, depuis des années, sur les ondes et les antennes françaises. Mais se commettre de la même façon devant une assemblée politique, réunie par Marion Maréchal, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, revient à franchir une frontière.

Le discours de 32 minutes de Zemmour était destiné à introduire cette réunion annuelle qui veut construire une "alternative au progressisme, au multiculturalisme et au libre-échangisme". Il était directement suivi par celui de Marion Maréchal elle-même. Parmi les invités, l'avocat Gilbert Collard et le maire de Béziers Robert Ménard, ancien secrétaire général de Reporters Sans Frontière. Le parcours de ce dernier devrait laisser Zemmour songeur, car il a fini, lui aussi remercié par RTL puis par i-Télé, par quitter le journalisme pour faire de la politique.

Il faut souligner que des journalistes de L'Express, de Libération, de L'Opinion s'étaient vu refuser l'entrée de la réunion du 28 septembre par les organisateurs de la Convention de la droite, car jugés "trop agressifs". En cautionnant cette décision, Zemmour s'est a fortiori encore davantage éloigné du journalisme. Ce "bon client" à qui nombre de médias ont ouvert leurs micros et plateau télé n'aurait-il pas dû faire preuve de corporatisme, s'il était un journaliste digne de ce nom ?

Il est désormais un politique

Depuis longtemps, les mots d'Eric Zemmour sont, pour beaucoup, choquants, haineux, nauséabonds, mais ils font partie du sport démocratique. Difficile de dire où doit s'arrêter la diversité des opinions, y compris au sein des journalistes et des polémistes. La loi est là pour rappeler les harangueurs à l'ordre, pour éviter les incitations à la haine et à la violence. Le 19 septembre, dix jours avant la Convention de la Droite, Eric Zemmour avait d'ailleurs été définitivement condamné à 3 000 euros d'amende pour provocation à la haine religieuse. Mais il restait encore ce libelliste gonfleur d'audimat, jusqu'à... ce discours du 28, retransmis intégralement par LCI, sans qu'aucune contrepartie lui soit opposée même après son speech, sur le plateau de la chaîne d'info.

Ainsi, Eric Zemmour est apparu comme ce qu'il est désormais. Un homme politique. Il ne lui reste plus qu'à s'engager auprès du parti auquel il ressemble tant. Les choses seront claires. Il sera alors entendu et se verra interroger comme un homme politique. Ce qui n'a rien de déshonorant, au contraire. Il pourra même aller jusqu'au bout de ses intentions, en essayant de mettre en pratique ses idées provocantes. Il sera, dans l'arène, gladiateur parmi les gladiateurs, avec son glaive et son bouclier. A armes égales, avec ses nouveaux pairs. Mais c'est peut-être cela qu'il craint.