Le contexte
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Le taux d'abstention au premier tour des élections régionales françaises a atteint un record historique à 66,7%. Le précédent datait des élections municipales de... 2020. La tendance, qui semble devoir s'ancrer dans la durée , peut s'expliquer par la désertion démocratique d'une partie des Français qui ne croient plus au gouvernement représentatif, en particulier depuis la crise des gilets jaunes, par le sentiment de trahison ressenti devant l'action du président Emmanuel Macron qui avait promis le "en même temps" et qui a surtout gouverné à droite, et par le désarroi provoqué dans l'électorat d'extrême droite par la "normalisation" du Rassemblement national de Marine Le Pen . Devant ces constats pour le moins sombres pour la démocratie française, deux partis de l'ancien monde reprennent, comparativement, quelques couleurs. Le Parti socialiste, qui comptabilise 15,8% des votes de l'ensemble du scrutin, redevenant la troisième formation politique de l'Hexagone, et, surtout, Les Républicains qui, avec 28,4% des suffrages, grimpent à la première place devant le Rassemblement national, peuvent s'estimer satisfaits des résultats du premier tour, appréciation tempérée par le taux de participation. Pourtant, rien n'indique véritablement que ce comportement honorable soit un tremplin pour une renaissance lors de la bataille de la présidentielle de 2022. "Finalement, tout se passe comme si la droite et la gauche, jadis partis de gouvernement par excellence, étaient devenues des gestionnaires de pouvoirs locaux, analyse Dominique Reynié, directeur de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol). Pour ce type de gestion, nul besoin d'un programme sophistiqué, ambitieux, conceptuel. C'est très bien pour Les Républicains et pour le PS, en apparence en tout cas. Il n'y a pas matière à disputes sur des programmes municipaux, régionaux ou départementaux. Aucun marqueur fort ne distingue réellement une vision de droite ou de gauche de ces politiques publiques, très centrales, que ce soit pour le développement économique, pour l'entretien des lycées, etc. En se spécialisant dans la gestion locale, ces partis évitent les conflits idéologiques. En revanche, cela les empêche de mener un grand débat sur un programme national, de nourrir un grand projet, de développer de grandes idées... et de faire émerger un champion. Ce qui est à la fois une chance et une malédiction." Le grand champion, la droite classique le verra-t-elle émerger à l'issue du second tour du scrutin régional? Candidat déjà déclaré à l'élection présidentielle de 2022, le président sortant de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, est en position de force pour négocier le second tour de l'élection et, dans la foulée, l'autre campagne électorale qui se profile. Avec ses 41,39%, il relègue son principal adversaire, le candidat du Rassemblement national, Sébastien Chenu (24,37%), à plus de 16 points de lui. L'union de la gauche autour de l'écologiste Karima Delli ne récolte que 18,99% et la liste La République en marche ne passe même pas le cap des 10% qui lui aurait permis de figurer au second tour. Son leader, Laurent Pietraszewski, a annoncé son ralliement au candidat de droite pour faire barrage à celui du Rassemblement national. Xavier Bertrand pourrait donc se targuer d'être un solide rempart à l'extrême droite et d'avoir les armes pour contenir Emmanuel Macron. Mais il a quitté Les Républicains et il lui faudra idéalement convaincre ses anciens amis de se rassembler derrière sa bannière, ce qui est loin d'être acquis. "Il va falloir que la droite organise une méthode pour désigner celui qui fera l'unanimité et éviter la concurrence de deux candidatures qui, à coup sûr, favoriserait un second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen et signerait la fin du parti Les Républicains. Leur absence, une deuxième fois, du second tour de l'élection présidentielle, cela ferait tout de même beaucoup, souligne Dominique Reynié. Mais le processus ne sera pas simple. Deux élus de droite pourront sans doute revendiquer leur victoire avec force le soir du second tour des régionales, Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France et Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes. Mais ils seront peut-être quatre si on ajoute Valérie Pécresse en Ile-de-France et Renaud Muselier dans l'hypothèse où il remporte finalement la région Provence-Alpes-Côte d'Azur face à Thierry Mariani du Rassemblement national. Et puis, il y a encore les autres candidatures potentielles, celle de l'ancien commissaire européen Michel Barnier et celle du président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau. Cela fait beaucoup de prétendants." Lire à ce sujet: Moins encore que pour Les Républicains, le second tour des régionales ne devrait promettre une campagne présidentielle apaisée à la gauche française. Si le Parti socialiste pourrait conserver bon nombre de présidences de région conquises en 2015, grâce notamment à l'apport au second tour d'autres forces progressistes, l'union de la gauche entre écologistes, socialistes et insoumis, seule voie pour accéder au second round de la présidentielle, a été loin de constituer la norme pour ces élections régionales. Et quand elle a été mise en oeuvre, le succès n'a pas été nécessairement au rendez-vous, comme l'a expérimenté la candidate Europe Ecologie-Les Verts Karima Delli dans les Hauts-de-France. L'alliance des listes de Julien Bayou (EELV), Audrey Pulvar (PS) et Clémentine Autain (La France insoumise) à Paris pour tenter d'entraver la victoire de Valérie Pécresse ne devrait pas non plus préfigurer un rassemblement des gauches pour la présidentielle. A ce stade, le duel final le plus probable de 2022 reste, malgré le manque d'implantation locale de leur parti, celui annoncé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Mais un homme continue à tracer sa route, sans se préoccuper de ces ceux-là, c'est Xavier Bertrand.