Le président de la République Sergio Mattarella, au centre du jeu, reçoit une par une les formations politiques dans son palais du Quirinal au coeur de Rome.

Matteo Salvini, le chef de la Ligue (extrême droite), a réitéré sa demande d'élections immédiates. "La voie royale ne peut pas être celle de jeux de pouvoirs, de manoeuvres de palais, c'est celle des élections", a-t-il dénoncé, accusant les autres forces politiques de vouloir monter un front "anti-Salvini et anti-Ligue".

Plus tôt, le Parti démocrate (PD), première formation de gauche, avait formalisé devant le président sa proposition d'une alliance avec le M5S, lâché en rase campagne par Salvini le 8 août après 14 mois de mariage, au motif qu'il opposait des refus systématiques à ses projets économiques.

Le patron du PD Nicola Zingaretti a offert un "gouvernement de changement" et une "alternative aux droites". Il a posé cinq conditions "non négociables" dont, en premier lieu, une confirmation de "la vocation européenne" de l'Italie.

Les quatre autres sont la "centralité du Parlement", une croissance respectueuse de l'environnement, un changement de cap radical dans la gestion des migrations et un virage économique vers davantage de redistribution et d'investissements.

L'ex-chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi, patron de Forza Italia (centre-droit), a appelé pour sa part à établir une "majorité parlementaire de centre-droit" pour "préserver les Italiens de l'oppression judiciaire, fiscale et bureaucratique" d'une majorité de gauche.

Si cela s'avérait impossible, "la seule voie maîtresse serait celle des élections".

Avec ses partenaires des législatives du printemps 2018 - la Ligue de M. Salvini et Frères d'Italie de Giorgia Meloni (ultra-droite post-fasciste) favorable à un scrutin immédiat - la droite pourrait recueillir selon les sondages un score supérieur à 50% des voix.

Le "Cavaliere" n'a pas directement évoqué la proposition de Romano Prodi - ancien président de la Commission européenne et ex-Premier ministre - de former une majorité gauche-droite et pro-européenne, à la manière des "grandes coalitions" allemandes.

Mais il a mis "en garde contre un exécutif qui serait le fruit d'une nouvelle majorité entre différents acteurs, une majorité improvisée, qui n'existerait qu'au parlement et non dans le pays, une majorité qui ne respecterait pas la majorité des électeurs italiens".

- Une femme? -

Le M5S, reçu en dernier vers 15H00 GMT, n'a pas répondu à l'offre du PD. Mais, pour cette formation tombée de 32% aux législatives de 2018 à environ 15-16% des intentions de vote, retourner aux urnes dès maintenant serait un suicide, selon les analystes.

Au Parlement, le M5S est le premier parti et dispose d'une majorité relative sur laquelle bâtir un nouveau pacte de gouvernement.

Toutefois, ce mouvement fondé sur le rejet de la vieille classe politique et de la corruption est traversé de courants disparates, dont une forte tendance eurosceptique.

Le PD exige aussi que le prochain exécutif ne soit pas dirigé par le Premier ministre sortant Giuseppe Conte, lui reprochant d'avoir accepté sans ciller pendant ses 14 mois de mandat les diktats anti-migrants de M. Salvini.

D'autres noms circulent pour le poste de Premier ministre, dont celui de Marta Cartabia, 56 ans, vice-présidente de la Cour constitutionnelle, au profil de médiatrice, qui aurait les faveurs de M. Mattarella.

Ce serait une première pour l'Italie, qui n'avait jamais eu de femme à la tête du gouvernement.

A l'issue de ce ballet politique, M. Mattarella doit s'exprimer à 18H00 (16H00 GMT).

La perspective d'élections anticipées ne l'enchante guère car la troisième économie de la zone euro, endettée et dont la croissance est à l'arrêt, devrait affronter, au même moment, la délicate élaboration du budget 2020.

Des mesures doivent impérativement être adoptées pour éviter une hausse automatique de la TVA l'an prochain, faute d'avoir auparavant comblé un trou budgétaire évalué à 23 milliards d'euros.

En outre, la crise italienne "se produit dans une phase critique pour l'Europe avec un risque de récession en Allemagne et l'installation d'une nouvelle Commission à Bruxelles", a souligné Andrea Montanino, chef économiste de la fédération patronale Confindustria.