À l'heure où la plupart des pays d'Europe durcissent leurs mesures et se reconfinent dans le but de ralentir la seconde vague de coronavirus, suscitant la colère des citoyens, la Finlande affiche une toute autre tendance : le taux d'infection baisse, le taux de décès est le plus bas d'Europe, et les habitants soutiennent largement les restrictions.
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À l'heure où la plupart des pays d'Europe durcissent leurs mesures et se reconfinent dans le but de ralentir la seconde vague de coronavirus, suscitant la colère des citoyens, la Finlande affiche une toute autre tendance : le taux d'infection baisse, le taux de décès est le plus bas d'Europe, et les habitants soutiennent largement les restrictions.Des restrictions qui ne sont pourtant pas aussi sévères que chez nous. Dans ce pays scandinave, il n'y a pas de confinement. Et le port du masque n'est pas obligatoire. Et pourtant, cet État se porte mieux que ses voisins : la Finlande est discrètement parvenue à maintenir des niveaux d'infection cinq fois inférieurs à la moyenne de l'Union européenne."La situation semblait inquiétante quand les infections ont rapidement augmenté début octobre", reconnaît Mika Salminen, épidémiologiste en chef au THL, institut national de la santé et du bien-être. "Mais il est clair que le pic est passé". Comment expliquer cet étonnant succès de la Finlande dans la lutte contre le covid?La réponse du gouvernement face à la montée du virus en mars a été particulièrement efficace. Son approche, similaire à celle du Danemark et de la Norvège, consistait à confiner rapidement mais pas totalement le pays pour maîtriser la pandémie, puis à rouvrir les différents secteurs après quelques mois. Les autorités ont d'abord agi en fermant écoles, bars et restaurants de mars à juin. Les déplacements de ou vers la capitale ont ensuite été interdits en avril."Le confinement n'a jamais été absolu et nous l'avons également assoupli assez rapidement pour l'été - cela peut expliquer l'effet sur l'économie, qui a été moins sévère", a déclaré Mika Salminen à l'AFP.L'accent mis sur la préparation est certainement l'élément qui permet aujourd'hui de faire la distinction entre cet État scandinave et d'autres pays, comme la Suède. L'expérience collective vécue lors de la guerre d'hiver en 1939-40 contre l'Union soviétique a sans doute joué un rôle essentiel dans l'élaboration d'une réponse rapide, tant du gouvernement que des citoyens, en cas d'urgence nationale.Au début de la crise, alors que de nombreux pays d'Europe souffraient de pénurie d'équipements médicaux et de protections, les stocks d'urgence de la Finlande ont fait de nombreux envieux.Les Finlandais sont reconnus pour leur respect des règles données par les autorités. Ils restent calmes et mettent en oeuvre des mesures drastiques sans que personne ne les remette en question. Même si le confinement a été moins dur que dans d'autres pays européens, certaines mesures drastiques - notamment la fermeture d'une région entière, comprenant la capitale Helsinki, et les critères très stricts en matière de quarantaine pour les voyageurs étrangers - ont été facilement acceptées par la population.Selon une étude du Parlement européen réalisée fin octobre, près d'un quart des habitants estiment même que le confinement a... amélioré leur vie, faisant de la Finlande le pays le plus positif d'Europe à l'égard des restrictions liées à la situation sanitaire.Un enthousiasme qui s'explique notamment par la nature des citoyens : la distanciation sociale fait en effet partie des habitudes finlandaises. "Dans la culture finlandaise, nous ne sommes pas très sociables (...). Nous aimons être seuls et être un peu isolés ", a expliqué à l'AFP Nelli Hankonen, professeure de psychologie sociale à l'université d'Helsinki. Dans cette société hautement numérique, mettre en oeuvre le télétravail a donc été comme une seconde nature pour de nombreuses entreprises. "L'économie est structurée afin qu'il ne soit pas nécessaire qu'une grande partie de la main-d'oeuvre finlandaise soit présente sur son lieu de travail", a ajouté la professeure.La Finlande semble également avoir utilisé le confinement à bon escient, en renforçant ses capacités de tests et de suivi des contacts. Dès la levée des mesures, des systèmes efficaces de testing - réalisés en voiture et disponibles en 24 heures -, et de suivi des cas - via une application - ont été rigoureusement mis en place.Contrairement aux autres pays, l'application covid est aujourd'hui largement utilisée par la population finlandaise. Selon un membre du ministère des Affaires sociales et de la santé, plus de deux millions et demi de personnes ont téléchargé l'application, pour une population de 5,5 millions d'habitants. Soit près de la moitié des Finlandais. Grâce à la réponse rapide des autorités et à un confinement bien maîtrisé, l'économie finlandaise n'aura reculé que de 6,4% au deuxième trimestre, soit nettement moins que la moyenne européenne de 14%.