Le 2 septembre s'ouvrira devant la cour d'assises spéciale de Paris le procès des complices présumés des auteurs de l'attaque, le 7 janvier 2015 à Paris, de la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo (12 morts), de l'assassinat, le 8 janvier à Montrouge, de la policière municipale Clarissa Jean-Philippe, et de la prise d'otages, le 9 janvier à la Porte de Vincennes, à la supérette Hyper Cacher (4 tués). Les uns le voient comme un "procès historique" (il sera d'ailleurs filmé pour l'administration des archives de France) ; d'autres comme celui de "seconds couteaux".
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Le 2 septembre s'ouvrira devant la cour d'assises spéciale de Paris le procès des complices présumés des auteurs de l'attaque, le 7 janvier 2015 à Paris, de la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo (12 morts), de l'assassinat, le 8 janvier à Montrouge, de la policière municipale Clarissa Jean-Philippe, et de la prise d'otages, le 9 janvier à la Porte de Vincennes, à la supérette Hyper Cacher (4 tués). Les uns le voient comme un "procès historique" (il sera d'ailleurs filmé pour l'administration des archives de France) ; d'autres comme celui de "seconds couteaux". Les auteurs, Chérif et Saïd Kouachi, dans leur fuite après l'attentat à Charlie Hebdo, Amedy Coulibaly, dans la prise d'assaut de l'épicerie juive, sont morts. Leurs principaux complices, Hayat Boumeddienne, compagne de ce dernier, ainsi que les frères Mehdi et Mohamed Belhoucine, partis sur le "théâtre de combat" irako-syrien peu avant les attaques, sont présumés décédés ou disparus. Le parquet a retenu les charges les plus lourdes, sous la prévention de "complicité d'assassinat terroriste", à l'encontre de Mohamed Belhoucine et de Ali Riza Polat qui, lui, comparaîtra. Le premier est soupçonné d'avoir apporté un soutien logistique et idéologique à Amedy Coulibaly, le second de l'avoir aidé à se procurer des armes en Belgique. Que peut-on attendre de ce procès dont la clôture est prévue le 10 novembre ? Interrogé par l'hebdomadaire Le Point, Me Richard Malka, le défenseur des intérêts des éditions Rotative, société éditrice de Charlie Hebdo, dit espérer qu' "au moins, certaines des victimes parviendront à laisser un peu du poids de leur souffrance dans la salle de la cour d'assises". L'avocat de tous les combats, ces dernières années, de l'hebdomadaire insistera sur le mobile du crime, "la volonté d'interdire la critique de Dieu, donc la liberté d'expression, donc la liberté tout court". C'est la publication de caricatures de Mahomet qu'entendaient "venger" les frères Kouachi en tuant de sang-froid les dessinateurs du journal, Cabu, Charb, Tignous, Wolinski et leurs confrères. Pour la compagne de ce dernier, Maryse Wolinski, "c'est pour la liberté d'expression que je souhaite, à l'issue des trois mois de procès, que l'on évalue enfin l'impact de la violence de l'attentat sur les familles, l'impact de l'annonce de la mort, la violence de la séparation, la violence d'une vie qui se meurt pour, si on en a la force, le courage, en construire une autre "... "La pression autour de ce procès sera énorme, prédit Me Fabian Lauvaux, avocat carolorégien d'un des deux prévenus belges, Michel Catino. Les faits sont horribles. Les parties civiles vont venir témoigner de souffrances incroyables. Des images vidéo seront projetées, à la limite de l'insoutenable. "Quatre salles différentes ont été préparées pour accueillir les quelque nonante avocats inscrits. Un système de vidéoconférences permettra le bon déroulement des audiences, organisées sous le régime, crise sanitaire oblige, de la distanciation physique. Me Michel Bouchat, conseil de l'autre prévenu belge Metin Karasular, s'attend à un "procès de la frustration" : " Les familles des victimes vont être frustrées par ce procès. Les auteurs ne seront pas dans le box. Ceux qui y figureront sont des petites frappes, des minables. " Me Richard Malka reconnaît lui-même, dans l'interview au Point, que ceux qui comparaîtront ne l'intéressent pas beaucoup. "D'ailleurs, les Kouachi seraient dans le box qu'ils ne m'intéresseraient pas davantage. Ils ne sont que des armes. Ils présentent autant d'intérêt qu'une Kalachnikov, même s'il peut être nécessaire de comprendre par quel processus des hommes peuvent se transformer en outil de mort. Qui a armé intellectuellement les Kouachi, Coulibaly ou un Merah, avide de tuer des enfants de 5 ans (NDLR : l'auteur des attaques contre des militaires et des écoliers d'un établissement juif en 2012 dans la région de Toulouse) ? Ce qui m'intéresse, c'est le lavage de cerveau préalable. Et, au commencement, il y a toujours le verbe." On devine à la lecture de ces propos le défi que représentera la tenue de ce procès. Entre la dénonciation des éventuelles reculades des autorités politiques et de la société face à l'islamisme, qui auraient favorisé la perpétration de ces attentats, et la responsabilité des cinq magistrats professionnels appelés à juger des hommes en regard des faits qu'ils ont posés. Dans ce dossier, quatorze prévenus sont renvoyés devant la cour d'assises spéciale de Paris. Outre les trois djihadistes dont on a perdu la trace au Levant figurent Ali Riza Polat, poursuivi pour complicité d'assassinat terroriste, et Mohamed Fares, Nezar Pastor Altawik, Willy Prévost, Saï Makhlouf, Abbelaziz Abbad, Miguel Martinez, Amar Ramdani, les deux Belges Metin Karasular et Michel Catino, tous soupçonnés d' "association de malfaiteurs terroriste criminelle", ainsi que Christophe R., contre lequel n'a été retenue que l'association de malfaiteurs. Les deux Carolos sont accusés d'avoir apporté un soutien logistique à Amedy Coulibaly et à Ali Riza Polat dans la recherche d'armes et l'élaboration de leur projet. En l'occurrence, c'est d'un solide arsenal qu'il s'agirait : des fusils d'assaut, des pistolets automatiques, des lance-roquettes, des chargeurs, des munitions, des gilets pare-balles. Mais Me Michel Bouchat, conseil de Metin Karasular, tempère les soupçons qui visent son client. "Parmi les armes saisies à la faveur de l'enquête à l'Hyper Cacher, à Montrouge, dans l'appartement d'Amedy Coulibaly à Gentilly, près de Paris, ou dans l'imprimerie de Dammartin-en-Goële où les Kouachi s'étaient retranchés, aucune ne vient de Metin Karasular." Pour Me Michel Bouchat et Me Fabian Lauvaux, l'enjeu du procès sera de réussir à convaincre les jurés que leurs clients n'auraient pas eu connaissance de la nature des intentions d'Amedy Coulibaly et d'Ali Riza Polat, avec lesquels ils ont été contact pour la fourniture d'armes et la revente d'une voiture, celle d'Hayat Boumeddienne. "Metin Karasular s'est présenté spontanément à la police de Charleroi après avoir appris le rôle d'Amedy Coulibaly dans les attentats de Paris, rappelle Michel Bouchat. Il n'avait pas conscience que celui-ci appartenait à quelque groupe terroriste que ce soit." A l'appui de sa conviction que l'islamisme lui était étranger, il avance que son client était un musulman non pratiquant et que, d'origine kurde, il était connu pour avoir soutenu le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), groupe armé d'idéologie marxiste opposé au pouvoir turc." Ce monsieur n'est absolument pas un terroriste, soutient Fabian Lauvaux à propos de Michel Catino, lui qui était pensionné. Une série d'éléments viennent à l'appui de ce constat et contrastent avec la thèse soutenue par le parquet de la République." "Ce n'est pas le procès des terroristes puisqu'ils sont morts. Mais d'un autre côté, c'est quand même le procès des attentats, analyse l'avocat carolo. La crainte est que mon client soit pris en étau par ce contexte et qu'il soit finalement condamné à une peine exorbitante." "Dans un procès avec une telle résonance, il faut trouver des coupables et des responsables, redoute Me Michel Bouchat. Les magistrats professionnels ne vont-ils pas être tentés de les offrir aux victimes ? Les attentats de janvier 2015 ont eu une répercussion énorme dans le monde entier." Placerait-on trop d'attentes dans ce procès extraordinaire ? Dans un nouveau livre, Au risque de la vie (lire page 70), Maryse Wolinski, la compagne du dessinateur de Charlie Hebdo assassiné le 7 janvier 2015, s'interroge sur les "graves manquements" qui ont entouré l'attaque contre le journal satirique. Et il est peu probable que le déroulement du procès lui fournisse les réponses à ses questionnements. Le jour même, "tant d'appels téléphoniques ont été passés à la police" dès l'entrée dans l'immeuble des frères Kouachi, comment comprendre l'absence du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) ? Première interrogation. Comment expliquer que la surveillance mise en place par la Direction du renseignement de la préfecture de Paris à l'encontre de Saïd et Chérif Kouachi ait été abandonnée alors que leur dangerosité avait été documentée ? Leur implication dans la filière djihadiste dite des Buttes-Chaumont et un séjour au Yémen auprès de membres d'Al-Qaeda dans la péninsule arabique (AQPA), organisation au nom de laquelle les Kouachi revendiqueront leur attaque, en étaient les indicateurs. Pourquoi, enfin, la surveillance des locaux de Charlie Hebdo avait-elle été supprimée depuis la fin novembre 2014 ? Maryse Wolinski rapporte la confidence d'un policier : la décision aurait été prise en raison de la menace qui, depuis quelques semaines, pesait sur les policiers de faction devant le journal... Et l'écrivaine d'indiquer que "ce choix pourrait correspondre à l'esprit qui régnait à l'époque au sein de la police à propos du journal", jugé trop provocateur pour certains syndicats de police, voire " gênant quelque part pour des politiques ". Après le 7 janvier 2015 et l'extrême émotion suscitée par les attentats, allait surgir le mot d'ordre "Je suis Charlie" en solidarité avec les victimes et en témoignage de l'attachement à la liberté d'expression. L'adhésion à ce combat serait pourtant de courte durée. Et aujourd'hui, l'esprit de Charlie s'est évanoui.