Choisi par ses pairs en juillet dernier au terme d'un laborieux partage des hautes fonctions européennes, l'ex-Premier ministre belge succède au prolixe Polonais Donald Tusk (2014-2019) - qui lui passera symboliquement le relais dès vendredi - et à un autre Belge, le sobre Herman Van Rompuy (2010-2014). Son mandat de deux ans et demi court jusqu'au 31 mai 2022 et pourra être renouvelé une fois, comme ce fut le cas pour ses prédécesseurs.

M. Michel sera le premier représentant de la formation libérale-centriste (Renew Europe, RE) à accéder à cette fonction, MM Van Rompuy et Tusk étant issus de la famille chrétienne-conservatrice (PPE).

Comme pour eux, son nom a d'abord dû faire consensus entre les dirigeants français et allemand, Emmanuel Macron (RE) et Angela Merkel (PPE), deux personnalités avec lesquelles le Belge avait su nouer des liens personnels ces dernières années. Il a dû aussi recevoir l'aval des socialistes (S&D), les trois grandes formations s'étant partagé les hautes fonctions de l'UE à l'issue des élections de mai dernier.

En marge de ce marchandage qui a longtemps buté sur le choix du successeur de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne, le nom de Charles Michel, resté le plus stable dans la phase finale des pourparlers, a pu convaincre jusque dans des capitales euro-critiques comme celles du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie).

A 43 ans, M. Michel devient aussi le plus jeunes des présidents permanents du Conseil européen, un poste qui existe depuis dix ans à peine. Auparavant, le Conseil était un organe informel dont la présidence était tenue par le dirigeant du pays assurant la présidence semestrielle du Conseil de l'UE.

Une institution à l'influence croissante

L'importance du Conseil et de son président n'a fait que croître durant cette dernière décennie. Selon les traités, son rôle principal est de "définir les orientations et les priorités politiques" des travaux de l'UE. Mais en pratique, ses activités dépassent largement la mise à l'agenda. Car si les traités lui interdisent explicitement toute fonction législative, le Conseil, à travers les conclusions de ses réunions au sommet, peut inciter d'autres institutions européennes à agir, avec un degré de précision parfois pressant comme ce fut le cas pour la gouvernance économique (six-pack, two-pack) ou encore pour la directive sur les données des passagers.

C'est le Conseil aussi qui hérite des dossiers bloqués au Conseil des ministres de l'UE. Lors de ses réunions formelles ou extraordinaires, il peut répondre prestement à de grandes crises (financière, dette souveraine, Brexit, etc.) Le président du Conseil doit alors faire preuve de toute sa science du consensus pour rapprocher les points de vue nationaux dans l'intérêt communautaire. S'il n'y parvient pas, le Conseil peut se révéler un lieu de blocage, comme l'a montré son incapacité à faire avancer la réforme du système d'asile européen mis sous pression par les flux migratoires.

Le président du Conseil européen, qui préside également le Sommet de la zone euro, peut aussi être appelé à représenter l'UE à l'extérieur, avec le haut représentant ou le président de la Commission européenne en fonction des circonstances.

Du fait de sa nature intergouvernementale, le Conseil - qui siège à Bruxelles dans le bâtiment Europa en face de la Commission - est parfois vu comme un frein à l'évolution fédérale de la construction européenne, ce que lui reproche régulièrement le Parlement. On observera notamment si M. Michel, adepte déclaré d'une "Europe à plusieurs vitesses" contrairement à M. Tusk, recourra aux coopérations renforcées pour faire avancer certains dossiers.

Des défis immédiats

Les dossiers chauds ne manqueront pas dès son entrée en fonction. Le premier sommet du nouveau président est programmé les 12 et 13 décembre prochains, en pleines élections britanniques qui pourraient donner une nouvelle orientation à l'impasse du Brexit. Les difficiles arbitrages du prochain budget à long terme de l'UE (programmation 2021-2027) et la manière d'arriver à la neutralité climatique en 2050 figurent déjà à l'agenda de ce sommet hivernal.

Réforme de l'asile, respect de l'Etat de droit, opportunité d'ouvrir des négociations d'adhésion avec la Macédoine du Nord et l'Albanie, consolidation de la zone euro, renforcement de la sécurité et de la défense européenne, migrations, etc., constituent autant d'autres écueils entre lesquels Charles Michel devra naviguer ces prochaines années en bonne intelligence avec la nouvelle présidente de la Commission, l'Allemande Ursula von der Leyen, et le Parlement.

Ces dernières semaines, le Wallon a fait le tour des capitales de l'UE. Il avait laissé fin octobre son poste de Premier ministre en affaires courantes à Sophie Wilmès et aura, avant sa prise de fonctions, quitté la présidence du MR.

Dans les couloirs du bâtiment Europa, il sera épaulé notamment par son nouveau chef de cabinet François Roux, ex-ambassadeur de la Belgique auprès de l'UE et ancien "sherpa" (conseiller personnel) pour les sommets européens, ainsi que par la Néerlandaise Maryem van den Heuvel, actuelle ambassadrice des Pays-Bas en Belgique, qui le conseillera sur les affaires extérieures. Sa stratégie de communication sera aux mains d'un ancien journaliste de VTM, Barend Leyts, qui fut son porte-parole au 16 rue de la Loi, et de l'ex-chef du service Monde du journal Le Soir, Jurek Kuczkiewicz.

Dans un discours récent devant des étudiants à Amsterdam, le futur président du Conseil a déjà insisté sur le pragmatisme dont il souhaite marquer sa présidence, après cinq années frappées de déclarations très politiques de M. Tusk, ainsi que sur la confiance que l'Union doit selon lui retrouver pour s'affirmer sur la scène mondiale.

"Je souhaite encourager une unité inébranlable entre les dirigeants de l'UE et promouvoir des solutions réalistes, dans un esprit d'ouverture et de dialogue. La confiance et le bon sens sont les meilleurs outils pour progresser", a-t-il affirmé, disant viser une Europe "en bonne santé, prospère et durable."

Ses priorités iront à la lutte contre le changement climatique, au développement économique (commerce, entreprises innovantes) ou encore à une Europe de la défense forte au sein de l'OTAN.

M. Michel prend la tête d'un Conseil composé actuellement de huit conservateurs (PPE), huit libéraux-centristes (RE), sept socialistes (S&D), trois indépendants et deux eurosceptiques (CRE).

Choisi par ses pairs en juillet dernier au terme d'un laborieux partage des hautes fonctions européennes, l'ex-Premier ministre belge succède au prolixe Polonais Donald Tusk (2014-2019) - qui lui passera symboliquement le relais dès vendredi - et à un autre Belge, le sobre Herman Van Rompuy (2010-2014). Son mandat de deux ans et demi court jusqu'au 31 mai 2022 et pourra être renouvelé une fois, comme ce fut le cas pour ses prédécesseurs. M. Michel sera le premier représentant de la formation libérale-centriste (Renew Europe, RE) à accéder à cette fonction, MM Van Rompuy et Tusk étant issus de la famille chrétienne-conservatrice (PPE). Comme pour eux, son nom a d'abord dû faire consensus entre les dirigeants français et allemand, Emmanuel Macron (RE) et Angela Merkel (PPE), deux personnalités avec lesquelles le Belge avait su nouer des liens personnels ces dernières années. Il a dû aussi recevoir l'aval des socialistes (S&D), les trois grandes formations s'étant partagé les hautes fonctions de l'UE à l'issue des élections de mai dernier. En marge de ce marchandage qui a longtemps buté sur le choix du successeur de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne, le nom de Charles Michel, resté le plus stable dans la phase finale des pourparlers, a pu convaincre jusque dans des capitales euro-critiques comme celles du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie). A 43 ans, M. Michel devient aussi le plus jeunes des présidents permanents du Conseil européen, un poste qui existe depuis dix ans à peine. Auparavant, le Conseil était un organe informel dont la présidence était tenue par le dirigeant du pays assurant la présidence semestrielle du Conseil de l'UE. L'importance du Conseil et de son président n'a fait que croître durant cette dernière décennie. Selon les traités, son rôle principal est de "définir les orientations et les priorités politiques" des travaux de l'UE. Mais en pratique, ses activités dépassent largement la mise à l'agenda. Car si les traités lui interdisent explicitement toute fonction législative, le Conseil, à travers les conclusions de ses réunions au sommet, peut inciter d'autres institutions européennes à agir, avec un degré de précision parfois pressant comme ce fut le cas pour la gouvernance économique (six-pack, two-pack) ou encore pour la directive sur les données des passagers. C'est le Conseil aussi qui hérite des dossiers bloqués au Conseil des ministres de l'UE. Lors de ses réunions formelles ou extraordinaires, il peut répondre prestement à de grandes crises (financière, dette souveraine, Brexit, etc.) Le président du Conseil doit alors faire preuve de toute sa science du consensus pour rapprocher les points de vue nationaux dans l'intérêt communautaire. S'il n'y parvient pas, le Conseil peut se révéler un lieu de blocage, comme l'a montré son incapacité à faire avancer la réforme du système d'asile européen mis sous pression par les flux migratoires. Le président du Conseil européen, qui préside également le Sommet de la zone euro, peut aussi être appelé à représenter l'UE à l'extérieur, avec le haut représentant ou le président de la Commission européenne en fonction des circonstances. Du fait de sa nature intergouvernementale, le Conseil - qui siège à Bruxelles dans le bâtiment Europa en face de la Commission - est parfois vu comme un frein à l'évolution fédérale de la construction européenne, ce que lui reproche régulièrement le Parlement. On observera notamment si M. Michel, adepte déclaré d'une "Europe à plusieurs vitesses" contrairement à M. Tusk, recourra aux coopérations renforcées pour faire avancer certains dossiers. Les dossiers chauds ne manqueront pas dès son entrée en fonction. Le premier sommet du nouveau président est programmé les 12 et 13 décembre prochains, en pleines élections britanniques qui pourraient donner une nouvelle orientation à l'impasse du Brexit. Les difficiles arbitrages du prochain budget à long terme de l'UE (programmation 2021-2027) et la manière d'arriver à la neutralité climatique en 2050 figurent déjà à l'agenda de ce sommet hivernal. Réforme de l'asile, respect de l'Etat de droit, opportunité d'ouvrir des négociations d'adhésion avec la Macédoine du Nord et l'Albanie, consolidation de la zone euro, renforcement de la sécurité et de la défense européenne, migrations, etc., constituent autant d'autres écueils entre lesquels Charles Michel devra naviguer ces prochaines années en bonne intelligence avec la nouvelle présidente de la Commission, l'Allemande Ursula von der Leyen, et le Parlement. Ces dernières semaines, le Wallon a fait le tour des capitales de l'UE. Il avait laissé fin octobre son poste de Premier ministre en affaires courantes à Sophie Wilmès et aura, avant sa prise de fonctions, quitté la présidence du MR. Dans les couloirs du bâtiment Europa, il sera épaulé notamment par son nouveau chef de cabinet François Roux, ex-ambassadeur de la Belgique auprès de l'UE et ancien "sherpa" (conseiller personnel) pour les sommets européens, ainsi que par la Néerlandaise Maryem van den Heuvel, actuelle ambassadrice des Pays-Bas en Belgique, qui le conseillera sur les affaires extérieures. Sa stratégie de communication sera aux mains d'un ancien journaliste de VTM, Barend Leyts, qui fut son porte-parole au 16 rue de la Loi, et de l'ex-chef du service Monde du journal Le Soir, Jurek Kuczkiewicz. Dans un discours récent devant des étudiants à Amsterdam, le futur président du Conseil a déjà insisté sur le pragmatisme dont il souhaite marquer sa présidence, après cinq années frappées de déclarations très politiques de M. Tusk, ainsi que sur la confiance que l'Union doit selon lui retrouver pour s'affirmer sur la scène mondiale. "Je souhaite encourager une unité inébranlable entre les dirigeants de l'UE et promouvoir des solutions réalistes, dans un esprit d'ouverture et de dialogue. La confiance et le bon sens sont les meilleurs outils pour progresser", a-t-il affirmé, disant viser une Europe "en bonne santé, prospère et durable." Ses priorités iront à la lutte contre le changement climatique, au développement économique (commerce, entreprises innovantes) ou encore à une Europe de la défense forte au sein de l'OTAN. M. Michel prend la tête d'un Conseil composé actuellement de huit conservateurs (PPE), huit libéraux-centristes (RE), sept socialistes (S&D), trois indépendants et deux eurosceptiques (CRE).