Voici un point de l'état des discussions avec Londres et des derniers préparatifs :

"No deal"

Pour la Commission européenne, les difficultés rencontrées par le Premier ministre britannique Boris Johnson, dont la stratégie sur le Brexit est contestée par des députés jusque dans son propre camp, renforcent la probabilité d'un départ brutal (ou "no deal") du Royaume-Uni le 31 octobre prochain.

Dans une communication rendue publique mercredi, elle souligne que "le peu de temps qui reste et la situation politique au Royaume-Uni ont accru le risque que le Royaume-Uni se retire à cette date sans accord".

"L'idée qu'en quelques jours une proposition puisse être faite, négociée, entérinée par le sommet (européen les 17 et 18 octobre) et ratifiée par les députés européens et britanniques semble relever du tour de force, c'est le moins qu'on puisse dire", a renchéri un haut responsable européen.

Un "no deal" entraînera "évidemment des perturbations majeures pour les citoyens et les entreprises et aura de graves répercussions économiques, qui seront proportionnellement bien plus importantes au Royaume-Uni que dans les Etats membres", estime Bruxelles.

Selon l'ONU, un tel scénario ferait perdre aux Britanniques 14,6 milliards d'euros d'exportations vers l'UE.

Report

La Commission a invité mercredi les Européens à ne surtout "pas se fonder sur l'hypothèse selon laquelle une troisième prolongation (de la date du Brexit) sera demandée par le Royaume-Uni".

Mais d'après un diplomate européen, il est probable que les dirigeants de l'UE accepteraient une telle demande afin d'éviter "un Brexit chaotique".

Au moment du dernier report, la France avait à cet égard adopté une ligne plus dure que l'Allemagne. "Le principal problème, c'est que le gouvernement et le Parlement britanniques ne s'entendent pas sur ce qu'ils veulent", explique ce diplomate à l'AFP.

Cette source estime que l'organisation d'élections législatives anticipées le 15 octobre, comme l'a proposé mercredi Boris Johnson, permettrait "une clarification".

Backstop

La Commission se dit prête à "examiner toutes les propositions" britanniques pour parvenir à un accord, en particulier sur la question cruciale de la frontière irlandaise, point d'achoppement des discussions.

L'accord sur le Brexit prévoit un "filet de sécurité" - ou "backstop" - qui permettrait de maintenir, en dernier recours, l'ensemble du Royaume-Uni dans l'union douanière afin d'éviter le retour d'une frontière physique entre la province britannique d'Irlande du Nord et la République d'Irlande.

Un dispositif dont Boris Johnson ne veut à aucun prix, mais que l'UE considère comme "la seule solution" pour préserver l'accord de paix nord-irlandais et le marché unique... et qu'elle refuse catégoriquement de renégocier sans solution alternative crédible.

Or la porte-parole de la Commission, Mina Andreeva, a souligné que les Britanniques n'avaient encore présenté aucune "proposition concrète" pour remplacer ce "backstop".

Négociations

Le conseiller de Boris Johnson sur l'UE, David Frost, est arrivé mercredi à Bruxelles pour des entretiens à huis clos avec les Européens, au niveau technique, dans l'optique d'explorer les solutions alternatives au "backstop".

Une source officielle britannique a confié à l'AFP que les pourparlers se poursuivraient et s'intensifieraient tout au long du mois.

Selon cette source, M. Johnson "veut obtenir un accord et est prêt à travailler d'une manière énergique et déterminée pour y parvenir". "L'Union Européenne fait preuve de calme, de vigilance et de sang-froid, comme son négociateur", a de son côté affirmé à l'AFP Michel Barnier, le négociateur en chef de l'UE, après avoir fait le point sur les discussions avec les Etats membres.

Préparatifs

Face à l'impasse actuelle, la Commission a présenté de nouvelles mesures d'urgence en cas de "no deal", dernière touche à toute une série de propositions avancées ces derniers mois.

Il s'agirait de fournir "un soutien financier", pouvant atteindre 780 millions d'euros, aux personnes et aux Etats membres "les plus touchés par un retrait sans accord" (Irlande, Allemagne, Pays-Bas, France notamment).

L'essentiel - près de 600 millions d'euros - proviendrait du Fonds de solidarité de l'UE, destiné aux pays membres victimes de catastrophes naturelles.

Le reste serait issu du Fonds européen d'ajustement à la mondialisation, qui vient en aide aux travailleurs licenciés.