Parlez-lui d'un second référendum sur le Brexit, Jeremy Corbyn éludera la question. A l'écouter, le plus urgent, pour son pays, reste d'organiser de nouvelles élections. Alors que le Parlement britannique a rejeté l'accord de sortie du Royaume-Uni de l'UE, le 15 janvier, par 432 voix contre 202, le leader du Labour refuse encore et toujours de se positionner pour ou contre le Brexit.
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Parlez-lui d'un second référendum sur le Brexit, Jeremy Corbyn éludera la question. A l'écouter, le plus urgent, pour son pays, reste d'organiser de nouvelles élections. Alors que le Parlement britannique a rejeté l'accord de sortie du Royaume-Uni de l'UE, le 15 janvier, par 432 voix contre 202, le leader du Labour refuse encore et toujours de se positionner pour ou contre le Brexit. Jusqu'à l'absurde ? Selon une enquête récente du Conseil de la recherche économique et sociale, 72 % des encartés du Parti travailliste souhaitent que leur mouvement prenne position en faveur d'un nouveau référendum. 88 % d'entre eux comptent d'ailleurs voter pour un maintien dans l'UE. " J'aime Corbyn, je déteste le Brexit ", peut-on lire sur les tee-shirts de certains militants. Le slogan vire ces dernières semaines au paradoxe, tant le député d'Islington, toujours populaire au sein du parti, entretient l'ambiguïté sur le sujet. " La plupart des membres lui donnent le bénéfice du doute, constate Tim Bale, professeur à l'université Queen Mary, à Londres, et coordinateur de l'étude. Ils sont convaincus qu'il soutiendra la cause d'un second référendum et d'un maintien dans l'UE, quand ce sera le bon moment. " Pour certains, l'heure est venue et il ne sert à rien d'attendre. Le gouvernement de Theresa May est à genoux : il a essuyé un revers historique à la Chambre des communes. Quant au Parti conservateur, il est en miettes : les parlementaires torys sont unanimes, ou presque, dans leur hostilité à l'accord longuement négocié entre Londres et Bruxelles. Ils ne s'entendent que sur un point : le temps n'est pas venu de changer de Premier ministre ou d'organiser de nouvelles élections susceptibles de leur faire perdre le pouvoir. La motion de censure déposée par Corbyn et visant May a ainsi été écartée, le 16 janvier, par 325 voix contre 306. Le leader de l'opposition aurait pu appeler à la tenue d'un second référendum, mais il préfère s'en tenir à une position de principe : le respect du vote de juin 2016. Il a seulement exigé de May qu'elle écarte toute possibilité d'un no deal. Celle-ci lui a répondu que seul le Parlement avait ce pouvoir. Pour lui, la priorité est la lutte contre l'austérité et les inégalités. " Corbyn estime que le Brexit pourrait favoriser une politique socialiste, reconnaît Tim Bale. Je crois surtout qu'il refuse de prendre position dès à présent en faveur d'un nouveau référendum, car son parti risquerait d'en souffrir. " Les électeurs travaillistes des grandes métropoles, comme Londres ou Bristol, sont attachés à l'UE, contrairement à ceux des campagnes ou ceux du nord de l'Angleterre, touchés par le chômage et la désindustrialisation. Le flou de Corbyn lui permet de maintenir une unité de façade. S'il défendait dès à présent un nouveau référendum, il risquerait de perdre l'indispensable soutien de l'électorat eurosceptique, voire europhobe. Celui-ci reste majoritaire dans des circonscriptions dont le Labour ne peut se passer pour remporter les prochaines élections générales, en 2022... Si un gouvernement conservateur survit jusqu'à cette date. Il s'exposerait également à une vague de démissions au sein de son cabinet, d'après le Guardian." Corbyn respecte l'adage qui prétend que l'on ne doit jamais interrompre un ennemi qui fait une erreur, analyse Tim Bale. Soit il obtient de nouvelles élections, les remporte et négocie un autre accord, soit il échoue et pourra toujours dire qu'il a tout essayé et qu'il est temps d'en passer par un nouveau référendum. C'est une façon de se couvrir. " Pas sûr que les militants lui pardonnent. Par Clément Daniez.