Cet homme a été interpellé en provenance de Paris après des échanges entre les polices française et écossaise, sur la base d'une "dénonciation anonyme", selon deux sources françaises proches de l'enquête.

Arrêté à son arrivée, il est contrôlé et selon ces sources, ses empreintes correspondaient à l'homme recherché en vain après le meurtre de sa femme et de ses quatre enfants à Nantes (ouest de la France) en 2011.

Mais selon plusieurs sources, des doutes sont apparus samedi sur l'identité de cet homme, dont la "comparaison ADN" permettrait d'éclaircir le mystère. Cette affaire est l'une des plus grandes énigmes criminelles de ces dernières décennies en France. "Les enquêteurs se déplacent en Ecosse pour faire des vérifications sur l'identification, le juge d'instruction attend le résultat de cette démarche d'enquête", a déclaré le procureur de Nantes Pierre Sennès. "L'enquête se poursuit pour confirmer son identité", a indiqué de son côté la police écossaise.

Les certitudes sur les empreintes digitales se sont progressivement estompées, selon une source proche de l'enquête, sans plus de précisions. Un doute a aussi émergé avec la perquisition menée vendredi soir dans une maison de Limay (en région parisienne), dont l'adresse figure sur le passeport de l'homme arrêté, a ajouté cette source.

La maison appartient à un septuagénaire d'origine portugaise, Guy Joao, marié depuis quelques années à une Ecossaise, selon des voisins interrogés par l'AFP.

C'est impossible" que ce soit lui, a déclaré l'un d'eux, Mario Vieira, retraité de 75 ans habitant une commune mitoyenne. Selon lui, l'occupant de la maison "est un homme sans histoire".

"C'est pas lui"

"Il est né à Limay, on est amis depuis plus de 45 ans", a-t-il dit, en ajoutant que cet ancien salarié du constructeur automobile Renault était à la retraite depuis quatre ans. Il s'était "fait piquer ses documents d'identité dans sa sacoche à (l'aéroport parisien de Roissy) Charles de Gaulle en 2014", a-t-il ajouté.

Nilda Thores, qui dit habiter là "depuis 20 ans", assure "qu'en tous cas c'est pas lui, le gars qu'on cherche".

Le procureur de Nantes avait appelé vendredi soir à la "prudence", en attendant l'arrivée samedi à Glasgow des enquêteurs du service national de recherche des fugitifs et de la police judiciaire de Nantes. L'homme arrêté gardait le silence vendredi soir.

Dans un tweet, la Cour d'appel de Rennes (dont dépend Nantes), a demandé samedi de "respecter les familles des victimes et la présomption d'innocence".

Xavier Dupont de Ligonnès, qui a disparu depuis le meurtre en 2011 de sa femme et ses quatre enfants à Nantes, est activement recherché depuis cette date. A maintes reprises, des signalements sont parvenus aux enquêteurs dont les milliers de procès verbaux rédigés n'ont pas permis de dire s'il était mort ou vivant, s'il avait pu organiser sa fuite ou s'il s'était suicidé.

L'homme avait été aperçu pour la dernière fois en avril 2011: le 14 avril, il avait été filmé par la caméra d'un distributeur de billets, et le 15, il avait quitté à pied un hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens (dans le Var, sud de la France) avec, sur le dos, un étui pouvant contenir une carabine.

Six jours plus tard, les corps de sa femme et de ses quatre enfants étaient découverts, enterrés sous la terrasse de la maison familiale, enroulés dans des draps et de la chaux.

Agnès Dupont de Ligonnès, 48 ans, Arthur, 21 ans, Thomas, 18 ans, Anne, 16 ans, et Benoît, 13 ans, ont été tués à la 22 Long Rifle, vraisemblablement deux semaines plus tôt, entre le 3 et le 5 avril, d'au moins deux balles dans la tête. Une "exécution méthodique", selon les rapports d'autopsie.

Avec six jours de retard sur le père de famille, les enquêteurs avaient alors remonté le fil de son emploi du temps, sans percer l'énigme.

Des recherches ont été menées dans le Var, département français où la famille Dupont de Ligonnès avait habité dans les années 1990.

A plusieurs reprises, les enquêteurs ont été menés sur de fausses pistes par des témoins qui affirmaient avoir l'aperçu.

Les grandes dates de l'affaire Dupont de Ligonnès

L'arrestation à Glasgow de Xavier Dupont de Ligonnès met un terme à plus de huit ans de traque d'un père de famille soupçonné d'avoir tué sa femme et ses quatre enfants à Nantes en 2011 et qui avait mystérieusement disparu.

Rappel des principales étapes de l'énigme:

- Premiers soupçons -

Le 1er avril 2011, Xavier Dupont de Ligonnès achète dans plusieurs magasins du ciment, une bêche et une houe et, le lendemain, quatre sacs de 10 kg de chaux.

La nuit du 3 au 4 avril est la "date probable" du décès de la mère, Agnès, et des enfants Benoît (13 ans), Anne (16 ans) et Arthur (21 ans), selon le parquet de Nantes.

Le 5, Thomas (18 ans) rentre à Nantes dans la soirée à la demande de son père. Il est probablement tué cette nuit-là.

Le 11, le collège des deux benjamins de la famille et l'employeur de l'épouse reçoivent des courriers expliquant leur absence par une mutation en Australie. Neuf proches reçoivent un courrier expliquant le départ soudain de toute la famille pour les Etats-Unis par la double vie d'agent secret qu'aurait eu Xavier Dupont de Ligonnès.

Dans la nuit du 12 au 13, Xavier Dupont de Ligonnès dîne seul et dort dans une luxueuse auberge du Vaucluse.

Le 13 avril sont passés de premiers appels à la police nantaise, émanant de voisins de la famille inquiets.

- 21 avril 2011: découverte des corps -

Le 15 avril, après une nuit passée au Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens (Var), Dupont de Ligonnès est vu pour la dernière fois par un témoin, s'éloignant à pieds avec un sac sur le dos.

Le 19, une enquête est ouverte pour disparition inquiétante de l'ensemble de la famille.

Le 21, les enquêteurs découvrent les cinq corps d'Agnès et de ses quatre enfants tués par balle enroulés dans des draps et de la chaux sous la terrasse de la maison familiale.

Le 22, les autopsies révèlent une "exécution méthodique", avec chacun au moins deux balles tirées en pleine tête.

Le 26, une marche blanche d'hommage aux victimes réunit 450 personnes à Nantes, deux jours avant les obsèques.

- Mandat d'arrêt international -

Le 29 avril 2011 ont lieu les premières fouilles, infructueuses, autour de Roquebrune-sur-Argens.

Le 10 mai, un mandat d'arrêt international est émis contre Xavier Dupont de Ligonnès.

Du 23 au 28 juin, des fouilles sont organisées dans une quarantaine de cavités autour de Roquebrune-sur-Argens, puis dans les environs avec une centaine de CRS, d'enquêteurs de la police judiciaire de Toulon, de sapeurs-pompiers et quatre équipes cynophiles.

Le 26 juillet, une centaine de policiers dans toute la France procèdent à une quinzaine de perquisitions et 25 auditions libres parmi les proches parents et amis de Xavier Dupont de Ligonnès. Sans résultat.

- Fausses pistes -

En avril 2015, des ossements sont découverts près de Fréjus (Var), non loin du dernier endroit où a été vu le père de famille. Ces ossements humains s'avèreront ne pas être les siens.

En juillet, est envoyé au bureau de l'AFP à Nantes un courrier, daté du 11, et signé "XAVIER Dupont de Ligonnès".

Le 29 juillet, au terme des expertises, la police juge que ce message énigmatique - "Je suis toujours vivant", puis en minuscule "de là jusqu'à cette heure (sic)" - au dos d'une photo de deux de ses fils, ne permettent pas d'identifier Ligonnès.

Le 23 mars 2016, un fonctionnaire de police est condamné à 3.000 euros d'amende pour avoir divulgué en 2012 des documents sur l'affaire.

En janvier 2018, la police intervient, sans succès, dans un monastère de Roquebrune-sur-Argens où des fidèles pensaient avoir reconnu Xavier Dupont de Ligonnès.

- Arrestation -

Le 11 octobre 2019, il est repéré par des policiers de l'aéroport parisien de Roissy, qui n'ont pas le temps d'intervenir avant son embarquement, mais préviennent Interpol. Il sera arrêté à l'aéroport de Glasgow.