Comprendre notre démarche: 100 notes d'un indispensable espoir dans une année de m...
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Il y aurait sur la Terre 8,7 millions d'espèces animales et végétales. Les populations de poissons, d'oiseaux, de mammifères, de reptiles et d'amphibiens ont décliné de 68% au cours des quarante dernières années pendant que la population humaine doublait, atteignant près de 8 milliards d'individus. Mais il y a un peu d'espoir: des espèces (ré)apparaissent chaque jour, le plus souvent décrites par des taxonomistes non professionnels. Ainsi, chez nous, le rapport Planète Vivante - collaboration du WWF, Natuurpunt, Natagora et plusieurs instituts belges - indique une légère augmentation (+ 5,7%, soit + 0,2% par an) pour la période 1990-2018 et une stabilité ces dix dernières années. Son Index Planète Vivante mesure la variation moyenne de la taille des populations de 283 espèces en Belgique. Les variations des populations animales et végétales sont un indicateur majeur de la santé globale des écosystèmes. Quand une espèce menacée revient ou se développe, c'est que son habitat va bien. Ou mieux. Du côté de la flore, les initiatives privées pour prendre soin de l'environnement commencent à essaimer et même si les obstacles institutionnels bloquent encore trop souvent, la prise de conscience augmente et le local reprend toute sa valeur. On assiste notamment à la mise en place de réseaux entre les fermes d'agroforesterie et de permaculture pour créer des couloirs dans lesquels les semences peuvent circuler en évitant la dégénérescence des espèces. Le défi réside dans le maintien de la diversité, toutes les espèces travaillant ensemble pour survivre et maintenir leurs écosystèmes. En Europe, la faune et la flore réagissent de manière parfois étonnante. Certains groupes déclinent, d'autres reprennent spontanément du poil de la bête, plus particulièrement dans les pays du Sud et de l'Ouest. Le retour des animaux sauvages s'y observe depuis le milieu du xxe siècle et s'explique principalement par les mesures de sauvegarde et de réhabilitation, les initiatives ciblées en matière de conservation et la protection de l'habitat et des sites. Il faut aussi compter sur la pression faite sur la chasse, la prévention des persécutions et l'élimination progressive de produits chimiques toxiques, qui ont réduit la mortalité accidentelle de certaines espèces et permettent à d'autres de se reconstituer naturellement. Il y a enfin la volonté de réintroduire et préserver certaines populations par des opérations techniques, parfois coûteuses, telles que les transferts d'une région à l'autre. "La réintroduction d'une espèce dans la nature est un dernier recours pour la sauver de l'extinction. Nous privilégions la protection de l'habitat", précise Jessica Nibelle, du WWF Belgique. L'ONG compte évidemment des succès, comme la réintroduction de raies et de requins en mer du Nord et le retour de la panthère disparue depuis les années 1950 dans le Caucase. Ou la restauration de la forêt de Bukit Piton en Malaisie, ravagée voici dix ans par l'exploitation forestière et des incendies. Pas à pas, arbre par arbre, l'équipe du WWF-Malaisie a redonné vie à ce lieu et réhabilité les orangs-outans. Fruit du travail de plusieurs associations et des pouvoirs publics, souvent aidés par des bénévoles, quelques espèces choisies pour leur impact signifiant sur la biodiversité ont été réintroduites en Belgique: grands corbeaux, hiboux grand-duc, saumons et castors, notamment. En choisissant de réintroduire une espèce dite "parapluie" disparue de son territoire, on permet à d'autres de revenir dans la région ; 400 hamsters géants relâchés dans les champs et la restauration de la plaine alsacienne ont ainsi permis à l'alouette des champs, au lièvre, à la perdrix ou au faisan volatilisés de revenir dans la région. Parmi les réintroductions les plus emblématiques, il y a celle de l'ours brun en France. Fin 2018, deux femelles slovènes ont été lâchées dans les Pyrénées et l'on compte maintenant plus de quarante individus. Une réussite, même si l'espèce est toujours menacée d'extinction. Ce sont principalement les conflits avec la chasse et l'élevage qui pourraient freiner son expansion, ce qui illustre toutes les ambiguïtés du rapport entre l'homme et la nature. Quant au loup, disparu de nos régions à la fin du xixe siècle, il serait presque victime de son statut d'espèce protégée qui lui permet de recoloniser ses anciens territoires. Les programmes de protection et sa capacité à se disperser facilement lui ont permis de se redéployer dans une bonne partie de l'Europe, y compris en Belgique où plusieurs individus ont été repérés ces dernières années. Si ce retour profite à la biodiversité, il soulève aussi des conflits avec le monde agricole. "Pour confirmer le retour de ce grand prédateur, il faudra s'assurer d'une cohabitation pacifique avec les éleveurs", prévient le WWF Belgique. L'ONG intervient, avec Natagora et Natuurpunt, pour aider les éleveurs à installer des clôtures afin d'éviter que les loups n'attaquent les moutons. Elle plaide également pour que les éleveurs soient dédommagés en cas d'attaque de leur cheptel Si on laisse la nature prendre soin d'elle-même, elle se régénère. Surtout quand on lui donne un coup de pouce en recréant les bonnes conditions par le reboisement, notamment. L'augmentation spectaculaire des populations d'ours bruns, loups, castors, aigles et autres cerfs, bisons, vautours ou chacals sont autant de preuves de la tendance positive au retour de la vie sauvage en Europe. Des espèces qu'on croyait éteintes réapparaissent même: une famille d'abeilles bleues très rares ou l'abeille géante, aperçues en Floride ; la musaraigne-éléphant, disparue depuis 1973, réapparue en Afrique de l'Est ; la panthère nébuleuse, qui avait migré vers les montagnes pendant trente ans à la suite de la destruction de son habitat naturel à Taïwan ; la grenouille marsupiale à deux cornes composées de lambeaux de peau, réapparue dans une forêt équatorienne après s'être éclipsée pendant dix ans ; le chien sauvage, ou chien chanteur de Nouvelle- Guinée, qui n'avait plus été aperçu depuis des lunes ; la tortue géante, réapparue dans le Parc national des Galápagos, après un siècle d'extinction, et protégée par les gardes du parc, étant toujours gravement menacée ; le pétrel, revenu aux Bermudes, grâce aux plans de conservation locaux, près de 330 ans après sa disparition. "Grâce à la protection des habitats, on voit le retour de certaines espèces qui avaient disparu de notre pays en raison de la fragmentation du territoire, du manque de connectivité, de la pollution ou de la chasse. C'est le cas du loup, de la loutre, de la cigogne noire et même du lynx, qui a été observé il y a quelques semaines dans les forêts de Wallonie", se réjouit Jessica Nibelle de WWF Belgique. La cigogne noire recolonise des régions d'où elle avait disparu et va jusqu'à nicher là où elle n'avait jamais été auparavant. Le faucon pèlerin, l'animal le plus rapide du monde - 400 km/h -, disparu depuis les années 1970, est revenu s'installer dans un nichoir de la centrale nucléaire de Doel. Depuis, quelque 200 couples nichent aux Saints-Michel-et-Gudule ou à Saint-Job, à Bruxelles... La population wallonne du blaireau, fragilisée par la rage des années 1980, s'est reformée grâce à la vaccination antirabique des renards et l'interdiction de gazer les animaux dans leur terrier. Si la population de loutres d'Europe a beaucoup souffert de la chasse et de la bétonisation des berges, l'espèce commence à se répandre dans les cours d'eau en Flandre. Certains papillons, les libellules, les sauterelles et les criquets sont aussi réapparus spontanément suite au réchauffement climatique. Les animaux retraités des zoos ou récemment interdits des cirques ont aussi leur home désormais en France. Des expériences de cohabitation sont également menées, pas toujours convaincantes. A Oostvaardersplassen, aux Pays-Bas, une petite centaine de bovins, chevaux sauvages et cerfs furent introduits avec l'idée de rétablir la nature sans intervention humaine. Trente ans plus tard, ils étaient plus de 5 000... à mourir de faim. En milieu naturel, ils auraient spontanément migré vers d'autres zones. Des cerfs dans les rues vides, des dauphins dans les canaux, des canards sur les boulevards: les animaux déconfinés ont aussi repris leurs droits dans des endroits inattendus le temps de la première vague de la Covid-19. Quand l'homme, figé dans son confinement, se met en retrait et prend le temps d'observer ce qui se passe sous ses yeux, la planète respire. Livrés à eux-mêmes, les processus naturels fonctionnent plus efficacement. Preuve, s'il en faut, que la faune et la flore sauvages pourraient se rétablir assez rapidement si nous le permettions.