Nous vivons tous dans une société de consommation. Et il nous faut "tout, tout de suite".

Regardez votre GSM, si précieux dans nos vies. Il contient du coltran.

Une bonne partie de celui-ci a été récoltée par des enfants, au péril de leur vie, pendant que leur mère doit marcher pendant deux heures aller-retour pour disposer d'eau à la maison.

Ne leur parlez pas de "tout, tout de suite", ils n'en ont pas les moyens.

Pendant ce temps, les sociétés de téléphonie ne vous proposent pas d'acheter un GSM, mais bien d'acheter... "un nouveau GSM" qui vous liera à un nouveau contrat mensuel. .

Diminuer la consommation n'est pas un but en soi. Une diminution de notre consommation doit absolument être couplée à un meilleur partage des richesses dans disposons dans le monde.

Dans ce circuit de la consommation, tout le monde est impliqué.

Nous sommes 20 % des habitants de la planète à utiliser 80 % de l'énergie qui y circule. Et l'enfant-ouvrier du coltran, qui fait partie des 80 % d'autres habitants, y cherche désespérément sa place pour survivre. Et sa maman aussi. Pendant ce temps, les tankers géants sillonnent les mers pour nous apporter tout ce que nous commandons sur Amazon et Ali-Baba, pour l'avoir "tout de suite". Pendant que les avions nous apportent les bananes et les fruits d'Amérique du Sud et d'Asie.

Nous devons avoir la volonté de mieux partager les richesses entre le Nord et le Sud. Une bonne partie de la cause de la pollution de notre Terre vient de notre exigence d'avoir plus, tout, et tout de suite.

Le GSM a accéléré la vitesse de la communication entre nous, jusqu'à devenir frénétique pour certains. Mais il a étouffé les moments de dialogue, ceux où l'on peut être ensemble et parler, et de temps en temps faire silence pour partager la richesse de l'instant.

Nous savons que les moins fortunés souffriront bien plus de la taxe carbone que les riches.

Ils sont prisonniers de ce circuit. Et s'ils n'ont plus leur paye, ils souffriront plus que les riches.

Et la vie du petit récolteur de coltran est le dernier souci des filières souvent mafieuses qui revendent le produit aux grandes firmes électroniques.

Je comprends la puissance du moteur qui anime votre mouvement actuel.

Vous transgressez pour cela vos obligations pour le dire au monde. Mais je voudrais vous faire remarquer que vous pouvez crier dans la rue parce que vous en avez la possibilité, sans courir trop de risque. Parmi vous, je crains qu'il n'y ait pas beaucoup de jeunes ouvriers déjà engagés dans le monde du travail.

Vous l'avez dit vous-même : "nous continuerons notre mouvement tous les jeudis jusqu'à ce que nous voyions des changements dans la politique climatique". Mais votre déclaration laisse résonner en moi le problème de notre monde : "tout, tout de suite !".

Ce n'est pas en vous attaquant uniquement à la pollution, qui est une conséquence du déséquilibre de notre monde que vous y arriverez. Je ne doute pas que vous soyez poussés par une peur et un enthousiasme réels et légitimes. Je les partage avec vous. Et que vous l'exprimez sûrement avec tout l'amour qui grandit dans votre jeunesse.

Mais je pense que vous n'atteindrez votre objectif qu'en travaillant également pour un meilleur partage des richesses entre nous. Et en créant également une justice qui génère plus de réconciliations que de condamnations. Je me réjouis de voir combien déjà vous y travaillez et réfléchissez ensemble, au sein de vos écoles. Je vous souhaite de garder en vous cette volonté de préserver les richesses de notre Terre et de mieux les partager entre nous, pendant tout le temps que durera la formation que vous avez choisie, et que vous pourrez alors mettre en oeuvre vos compétences.

Je vous souhaite de trouver les moyens pour vous exprimer, là où vous êtes, au Nord comme au Sud, - de la Belgique, certainement, mais aussi au Nord et au Sud du monde -. Et d'être présents, là où se prennent les décisions de notre société, en respectant le meilleur de chacun de vos interlocuteurs.

Pour cela, chers enfants, à vous comme à nous tous, et à tous nos politiciens, il faut du temps, de l'endurance et de la patience. Si vous voulez, plus tard, au terme de vos études, vous engager dans un projet bien structuré, bien ancré dans les rouages vivants de notre société européenne, ou pour aider une petite communauté quelque part dans le monde... il vous faudra tout de même de temps en temps prendre l'avion.

Je crois que l'amour, le vrai, - celui qui sauvera le monde -, avec les outils du partage et de la réconciliation, commence déjà maintenant, pour moi, dans ma maison, et au pas de ma porte, avant de s'étendre de proche en proche, comme je vous le souhaite à tous, au monde entier.

Je vous envoie à chacun toute ma sincère sympathie.

Dr Paul Roman (70 ans), Bourdon (Hotton).