Ce Fact Check a été rédigé sur la base des informations disponibles à la date de publication.

Le 19 juillet, un Belge a publié un graphique sur Facebook tendant à prouver que le nombre de morts dus à des catastrophes climatiques était en nette baisse depuis 1920.

., Facebook
. © Facebook

Le graphique que nous découvrons indique le nombre de "climate-related deaths", c'est-à-dire de décès provoqués par des catastrophes liées au climat, comme les inondations, sécheresses, tempêtes, feux de forêt et températures extrêmes. Elle commence en 1920, où l'humanité a enregistré en dix ans entre 450.000 et 500.000 décès, pour ensuite connaître une forte chute.

Ce graphique a été vu par de nombreux utilisateurs, car si nous cliquons sur "Deaths from climate and non-climate catastrophes" sur Facebook, nous constatons que le graphique a été largement partagé. Nous trouvons également des versions apparemment plus anciennes sous le titre "Global Deaths from Climate and Non-Climate Catastrophes, 1920-2018".

., Facebook
. © Facebook

Le graphique est considéré par beaucoup comme étant la preuve que le changement climatique est relativement acceptable.

., Facebook
. © Facebook

Qu'en est-il exactement ? Nous nous sommes lancés à la recherche de l'origine de cette publication.

Dans le coin supérieur droit du graphique (cadre en rouge ci-dessous), il est fait référence à la page Facebook de Bjørn Lomborg.

., Facebook
. © Facebook

Lomborg est politologue et statisticien ainsi que directeur du Copenhagen Consensus Center, un groupe de réflexion danois. Sur son site internet, Lomborg souligne que le changement climatique est "une réalité", mais qu'il ne représente pas "la menace apocalyptique que l'on nous prédit" (Climate change is real, but it's not the apocalyptic threat that we've been told it is).

Dans le commentaire qui accompagne le graphique - et qui n'apparaît pas sur le post Facebook que nous avons trouvé - Lomborg affirme que le nombre de décès dus aux catastrophes naturelles liées au changement climatique est en baisse. Selon le statisticien, cela s'explique par notre capacité à nous adapter et par l'amélioration de notre niveau de vie. D'après le texte, Lomborg utilise des moyennes décennales, mais aucun chiffre annuel concret n'est fourni.

Lomborg ajoute qu'il existe certaines incertitudes concernant les chiffres des premières décennies. "C'est ce qui explique pourquoi le graphique commence en 1920 et, si cette incertitude a une signification, alors le graphique sous-estime la baisse du nombre de décès." Lomborg nuance également son propos en disant que "la baisse ne signifie pas que le réchauffement climatique n'existe pas" ou "qu'il n'y aura plus de morts à l'avenir."

Le nombre de décès dus au changement climatique est-il réellement en baisse ?

Nous contactons Bjørn Lomborg. Son assistant nous renvoie à une étude "peer reviewed", parue dans le magazine spécialisé "Technological Forecasting and Social Change", publiée l'an dernier par Lomborg. Il y affirme que les effets négatifs du changement climatique, dont il ne nie pas l'existence, devraient se réduire à cause de notre "résilience" et de notre adaptabilité. Le graphique ci-dessus est également repris dans l'étude.

Nous soumettons le post et le graphique de Lomborg publiés sur Facebook à un spécialiste des sciences géologiques, Jakob Zscheischler, lié au Helmholtz Centre for Environmental Research allemand situé à Leipzig. "Le constat de Lomborg est factuellement correct", explique Zscheischler. "Nous avons en effet réussi à réduire notre vulnérabilité aux catastrophes climatiques. Le nombre de victimes humaines a baissé grâce à l'amélioration des infrastructures et des prévisions météorologiques."

Par exemple, après la canicule qui a frappé l'Europe en 2003, le Vieux Continent a beaucoup investi dans des systèmes d'alerte destinés à informer les citoyens de l'arrivée d'une vague de chaleur. La baisse du nombre de victimes des catastrophes climatiques est également confirmée par un récent rapport de la World Meteorological Association. "Mais", ajoute Zscheischler, "ces tendances peuvent être différentes à l'échelle locale."

Pour plus de clarté, nous contactons également Debarati Guha-Sapir, épidémiologiste et directrice du Center for Research on the Epidemiology of Disasters (CRED), un institut de recherche belge lié à la KU Leuven. L'organisation gère en effet EM-DAT, la banque de données où Lomborg a puisé les chiffres pour ses graphiques. Selon son post Facebook, EM-DAT est "the most respected global database, the International Disaster Database."

Guha-Sapir souligne cependant que les données collectées par EM-DAT sont loin d'être complètes. "La banque de données est tenue à jour par des bénévoles et est incomplète. Il nous manque beaucoup d'informations, mais nous ne connaissons pas avec précision l'ampleur de ces lacunes."

Dans son post, Lomborg ne mentionne pas que les données utilisées sont loin d'être complètes. Dans le graphique publié sans texte d'accompagnement, ce n'est pas clair. "S'il avait voulu faire preuve d'honnêteté intellectuelle, Lomborg aurait dû collecter d'autres chiffres dans les autres banques de données. EM-DAT n'est pas la bible", ajoute Guha-Sapir.

Le professeur et climatologue Wim Thierry ne dit pas autre chose. "Aucun climatologue ne prendrait le risque d'évaluer le nombre de décès climatiques sur la seule base d'EM-DAT. La principale raison est qu'EM-DAT est une banque de données collationnées par un nombre limité de bénévoles. Ces données sont donc incomplètes et la base de données est biaisée sur les plans spatial et temporel, avec une forte sous-représentation de certaines régions, comme l'Afrique subsaharienne, et une insuffisance d'informations sur le nombre de décès dus à certaines catastrophes comme les vagues de chaleur."

Ces lacunes sont également mentionnées dans un récent rapport de l'ONU "Human Cost of Disasters (2000-2019)", rédigé en collaboration avec EM-DAT. "Les chiffres sur les catastrophes sont incomplets, ce qui nous empêche d'avoir une image globale de la situation", pouvons-nous lire à la page 23 du rapport.

., Rapport of Human Costs of Disasters
. © Rapport of Human Costs of Disasters

"Ce constat revêt une importance capitale pour certaines régions (comme l'Afrique sub-saharienne) et pour certains types de catastrophes (comme les températures extrêmes), qui continuent à représenter un défi pour la collecte de données, indique le rapport.

L'étude de Nature

Une étude publiée en 2020 dans le magazine scientifique Nature, cite l'exemple de vagues de chaleur et de surmortalité en Europe et en Afrique subsaharienne. Entre 1900 et 2019, EM-DAT ne relève que deux vagues de chaleur en Afrique subsaharienne pendant lesquelles 71 personnes auraient perdu la vie. Par contre, 83 vagues de chaleur ont été répertoriées en Europe au cours de la même période, provoquant la mort de plus de 140.000 personnes et des dégâts estimés à 12 milliards d'euros.

Conclusion

Dans un article posté sur Facebook, le statisticien danois Bjørn Lomborg affirme que le nombre de décès dus aux catastrophes climatiques a beaucoup baissé depuis 1920. C'est vrai. Même si, selon les experts, les données sur lesquelles Lomborg se base sont loin d'être complètes, ce qui pose problème. Nous considérons donc son affirmation comme plutôt vraie.

Ce Fact Check a été rédigé sur la base des informations disponibles à la date de publication. Le 19 juillet, un Belge a publié un graphique sur Facebook tendant à prouver que le nombre de morts dus à des catastrophes climatiques était en nette baisse depuis 1920.Le graphique que nous découvrons indique le nombre de "climate-related deaths", c'est-à-dire de décès provoqués par des catastrophes liées au climat, comme les inondations, sécheresses, tempêtes, feux de forêt et températures extrêmes. Elle commence en 1920, où l'humanité a enregistré en dix ans entre 450.000 et 500.000 décès, pour ensuite connaître une forte chute.Ce graphique a été vu par de nombreux utilisateurs, car si nous cliquons sur "Deaths from climate and non-climate catastrophes" sur Facebook, nous constatons que le graphique a été largement partagé. Nous trouvons également des versions apparemment plus anciennes sous le titre "Global Deaths from Climate and Non-Climate Catastrophes, 1920-2018". Le graphique est considéré par beaucoup comme étant la preuve que le changement climatique est relativement acceptable.Qu'en est-il exactement ? Nous nous sommes lancés à la recherche de l'origine de cette publication.Dans le coin supérieur droit du graphique (cadre en rouge ci-dessous), il est fait référence à la page Facebook de Bjørn Lomborg.Lomborg est politologue et statisticien ainsi que directeur du Copenhagen Consensus Center, un groupe de réflexion danois. Sur son site internet, Lomborg souligne que le changement climatique est "une réalité", mais qu'il ne représente pas "la menace apocalyptique que l'on nous prédit" (Climate change is real, but it's not the apocalyptic threat that we've been told it is).Dans le commentaire qui accompagne le graphique - et qui n'apparaît pas sur le post Facebook que nous avons trouvé - Lomborg affirme que le nombre de décès dus aux catastrophes naturelles liées au changement climatique est en baisse. Selon le statisticien, cela s'explique par notre capacité à nous adapter et par l'amélioration de notre niveau de vie. D'après le texte, Lomborg utilise des moyennes décennales, mais aucun chiffre annuel concret n'est fourni.Lomborg ajoute qu'il existe certaines incertitudes concernant les chiffres des premières décennies. "C'est ce qui explique pourquoi le graphique commence en 1920 et, si cette incertitude a une signification, alors le graphique sous-estime la baisse du nombre de décès." Lomborg nuance également son propos en disant que "la baisse ne signifie pas que le réchauffement climatique n'existe pas" ou "qu'il n'y aura plus de morts à l'avenir."Le nombre de décès dus au changement climatique est-il réellement en baisse ?Nous contactons Bjørn Lomborg. Son assistant nous renvoie à une étude "peer reviewed", parue dans le magazine spécialisé "Technological Forecasting and Social Change", publiée l'an dernier par Lomborg. Il y affirme que les effets négatifs du changement climatique, dont il ne nie pas l'existence, devraient se réduire à cause de notre "résilience" et de notre adaptabilité. Le graphique ci-dessus est également repris dans l'étude. Nous soumettons le post et le graphique de Lomborg publiés sur Facebook à un spécialiste des sciences géologiques, Jakob Zscheischler, lié au Helmholtz Centre for Environmental Research allemand situé à Leipzig. "Le constat de Lomborg est factuellement correct", explique Zscheischler. "Nous avons en effet réussi à réduire notre vulnérabilité aux catastrophes climatiques. Le nombre de victimes humaines a baissé grâce à l'amélioration des infrastructures et des prévisions météorologiques."Par exemple, après la canicule qui a frappé l'Europe en 2003, le Vieux Continent a beaucoup investi dans des systèmes d'alerte destinés à informer les citoyens de l'arrivée d'une vague de chaleur. La baisse du nombre de victimes des catastrophes climatiques est également confirmée par un récent rapport de la World Meteorological Association. "Mais", ajoute Zscheischler, "ces tendances peuvent être différentes à l'échelle locale."Pour plus de clarté, nous contactons également Debarati Guha-Sapir, épidémiologiste et directrice du Center for Research on the Epidemiology of Disasters (CRED), un institut de recherche belge lié à la KU Leuven. L'organisation gère en effet EM-DAT, la banque de données où Lomborg a puisé les chiffres pour ses graphiques. Selon son post Facebook, EM-DAT est "the most respected global database, the International Disaster Database."Guha-Sapir souligne cependant que les données collectées par EM-DAT sont loin d'être complètes. "La banque de données est tenue à jour par des bénévoles et est incomplète. Il nous manque beaucoup d'informations, mais nous ne connaissons pas avec précision l'ampleur de ces lacunes."Dans son post, Lomborg ne mentionne pas que les données utilisées sont loin d'être complètes. Dans le graphique publié sans texte d'accompagnement, ce n'est pas clair. "S'il avait voulu faire preuve d'honnêteté intellectuelle, Lomborg aurait dû collecter d'autres chiffres dans les autres banques de données. EM-DAT n'est pas la bible", ajoute Guha-Sapir.Le professeur et climatologue Wim Thierry ne dit pas autre chose. "Aucun climatologue ne prendrait le risque d'évaluer le nombre de décès climatiques sur la seule base d'EM-DAT. La principale raison est qu'EM-DAT est une banque de données collationnées par un nombre limité de bénévoles. Ces données sont donc incomplètes et la base de données est biaisée sur les plans spatial et temporel, avec une forte sous-représentation de certaines régions, comme l'Afrique subsaharienne, et une insuffisance d'informations sur le nombre de décès dus à certaines catastrophes comme les vagues de chaleur."Ces lacunes sont également mentionnées dans un récent rapport de l'ONU "Human Cost of Disasters (2000-2019)", rédigé en collaboration avec EM-DAT. "Les chiffres sur les catastrophes sont incomplets, ce qui nous empêche d'avoir une image globale de la situation", pouvons-nous lire à la page 23 du rapport. "Ce constat revêt une importance capitale pour certaines régions (comme l'Afrique sub-saharienne) et pour certains types de catastrophes (comme les températures extrêmes), qui continuent à représenter un défi pour la collecte de données, indique le rapport.L'étude de NatureUne étude publiée en 2020 dans le magazine scientifique Nature, cite l'exemple de vagues de chaleur et de surmortalité en Europe et en Afrique subsaharienne. Entre 1900 et 2019, EM-DAT ne relève que deux vagues de chaleur en Afrique subsaharienne pendant lesquelles 71 personnes auraient perdu la vie. Par contre, 83 vagues de chaleur ont été répertoriées en Europe au cours de la même période, provoquant la mort de plus de 140.000 personnes et des dégâts estimés à 12 milliards d'euros. ConclusionDans un article posté sur Facebook, le statisticien danois Bjørn Lomborg affirme que le nombre de décès dus aux catastrophes climatiques a beaucoup baissé depuis 1920. C'est vrai. Même si, selon les experts, les données sur lesquelles Lomborg se base sont loin d'être complètes, ce qui pose problème. Nous considérons donc son affirmation comme plutôt vraie.