Au coeur de l'Essex (Angleterre), située sur l'estuaire de la Tamise, on découvre une petite étendue verte traversée par quelques sentiers pédestres et des pistes cyclables. La faune locale y prolifère, loin de l'agitation de la ville. Il est difficile d'imaginer qu'il y a 10 ans à peine, ce petit paradis naturel offrait un décor des plus décevants : des montagnes de déchets s'accumulaient sur ce qui était autrefois l'une des décharges les plus grandes d'Europe.
...

Au coeur de l'Essex (Angleterre), située sur l'estuaire de la Tamise, on découvre une petite étendue verte traversée par quelques sentiers pédestres et des pistes cyclables. La faune locale y prolifère, loin de l'agitation de la ville. Il est difficile d'imaginer qu'il y a 10 ans à peine, ce petit paradis naturel offrait un décor des plus décevants : des montagnes de déchets s'accumulaient sur ce qui était autrefois l'une des décharges les plus grandes d'Europe.Pendant près de 50 ans, le site a en effet absorbé des tonnes de déchets rejetés par les Londoniens. Cette butte de 49 hectares se dresse au sommet d'une carrière des années 1920 - qui fournissait à l'époque les matériaux de construction nécessaires à la modernisation de la capitale. Trente ans plus tard, la carrière ferme ses portes et les déchets de la ville ont alors été déversés dans cet espace devenu vacant. Le site, connu sous le nom de "décharge de Mucking Marsh", pouvait accumuler jusqu'à 660 000 tonnes de nouveaux déchets chaque année.L'ancienne décharge, désormais connue sous le nom de "parc naturel de Thurrock Thameside", est devenue un refuge pour certains des habitants les plus rares du Royaume-Uni, tels que la chouette effraie, l'alouette, le hibou des marais, le campagnol terrestre, le rat des moissons, le coucou, le bourdon Bombus sylvarum..."Beaucoup de gens ne savent pas à quel point la broussaille est un habitat précieux. C'est l'un des habitats les plus sous-estimés et certaines de nos espèces britanniques les plus emblématiques ont besoin de zones broussailleuses pour prospérer ", explique Emily McParland, chargée en communication à l'Essex Wildlife Trust, l'organisme responsable de la gestion de cette réserve.Si au milieu des années 90, il y avait environ 1 500 décharges actives au Royaume-Uni, il n'en reste aujourd'hui plus que 250. La raison ? Des taxes ont rendu le stockage de déchets plus coûteux que leur incinération.Mais pourquoi faire de ces anciennes décharges des réserves naturelles ? S'ils ne sont plus apparents, les déchets n'ont pas complètement disparu. Ils ont simplement été enfouis sous une couche d'argile d'à peine 1,4 mètre d'épaisseur. Au total, ce petit coin de nature reposerait sur une hauteur de 30 mètres de débris et d'ordures, soit 20 millions de tonnes de déchets." En raison des déchets enfouis, il est plus que probable que le terrain ne soit pas adapté à d'autres utilisations", explique au Guardian le Dr James Brand, de l'Université Queen Mary de Londres.Cette croûte d'argile est, par contre, trop mince pour supporter des arbres. Et pour cause, leurs racines viendraient percer le plastique noir qui enveloppe les déchets, libérant au passage des grosses quantités de méthane et de liquide toxique dans l'environnement. C'est pour cette raison que ces anciennes décharges sont souvent transformées en prairies et zones broussailleuses. Selon une étude de l'Université de Southampton, la décomposition des déchets organiques présents dans les anciennes décharges représente un tiers des émissions de méthane du Royaume-Uni.Malheureusement, les ordures ne demeurent pas enfouies sous terre. De récentes études ont montré que l'érosion provoquait des coulées de plastique dans la Tamise. Le plastique, l'amiante et les produits chimiques mortels sont désormais déversés dans l'eau, mettant en danger la vie marine et humaine.La raison de ce cocktail de produits chimiques dans les cours d'eau ? La fine croûte d'argile qui tapisse les anciennes décharges ne suffit pas à retenir les tonnes de déchets, en particulier dans les zones côtières ou sujettes aux inondations. Un phénomène qui risque de s'aggraver avec le réchauffement climatique et la montée des eaux.Mais si des sites tels que Thurrock Thameside sont loin d'être des environnements soignés, la faune en a néanmoins besoin pour prospérer. Raison pour laquelle les gouvernements doivent tout mettre en oeuvre pour solidifier, sceller ou se débarrasser complètement de ces bombes à retardement toxiques.