En juillet dernier, des chercheurs de l'université ETH Zurich avançaient dans une étude, largement relayée par les médias, qu'il y avait suffisamment de place sur Terre pour planter des arbres capables d'absorber 205 milliards de tonnes de carbone de l'atmosphère, soit un tiers du CO2 émis depuis la révolution industrielle.

Pour parvenir à cette estimation, ils avaient analysé les forêts actuelles et pris en compte le climat et le sol pour évaluer où des arbres pourraient pousser. Tout en excluant les zones aujourd'hui occupées par des cultures ou des villes.

Cette théorie ne résiste toutefois pas à la critique, d'après les 42 auteurs de l'article paru récemment dans Science. "La plantation d'arbres peut être une bonne chose dans certaines zones qui ont été déboisées, mais la plantation d'arbres dans des écosystèmes naturellement herbacés comme des savanes ou des pelouses va détruire les habitats d'un grand nombre d'espèces végétales et animales et ne capturera pas suffisamment de carbone pour compenser les émissions liées aux énergies fossiles", réfutent-ils.

Selon eux, l'étude de leurs collègues suisses "présente de graves approximations qui ont conduit à multiplier par cinq le réel potentiel des arbres nouvellement plantés à atténuer le changement climatique".

Parmi les problèmes soulevés, "cette étude part du principe que les sols des écosystèmes avec peu ou pas d'arbres, ne contiennent pas de carbone, alors qu'en réalité, de nombreux écosystèmes, tels que les savanes ou les tourbières, contiennent davantage de carbone dans leurs sols que dans la partie aérienne de leur végétation", poursuivent-ils.

Pour le chercheur à l'ULiège Grégory Mahy, co-auteur de la réplique, "la restauration écologique peut contribuer bien plus aux solutions climatiques naturelles en restaurant non seulement les forêts, mais également les pelouses, les savanes, les écosystèmes arbustifs et les tourbières".