La Margaritifera margaritifera n'est pas une pizza, mais l'un des rares mollusques qui peuple encore les ruisseaux belges. Cette moule d'eau douce était très commune dans le Nord de l'Europe et l'Est du Canada jusqu'au XXème siècle. Elle est aujourd'hui menacée d'extinction à cause de sa surpêche, la pollution et la destruction de son habitat : en moins d'un siècle, 90 % des effectifs ont été perdus.

La répartition des moules perlières en Wallonie des années 1950 (en bleu) à 2006 (en rouge)., LIFE Moule perlière
La répartition des moules perlières en Wallonie des années 1950 (en bleu) à 2006 (en rouge). © LIFE Moule perlière

Si l'espèce n'a pas disparu, c'est surtout grâce à son exceptionnelle longévité. Une moule vit en moyenne une centaine d'année, le record étant détenu par un individu scandinave de 286 ans. Pour autant, les dernières représentantes belges ne se reproduisaient plus depuis longtemps, jusqu'à la découverte d'individus juvéniles en 2017. Depuis, 80 moules perlières de moins de quinze ans ont été repérées dans un ruisseau de la forêt de l'Anlier.

Marie de Médicis, une grande amatrice de perles., Wikimedia Commons/Jean-Pol Grandmont
Marie de Médicis, une grande amatrice de perles. © Wikimedia Commons/Jean-Pol Grandmont

Victime d'un nom racoleur

Ce regain d'activité est le résultat de multiples actions pour la préservation de l'espèce. En 1979, la Convention de Bern interdit sa pêche. Victimes de leur nom prometteur, les moules perlières ont été abondamment prélevées par l'homme. Pourtant, seul un individu sur 1 000 à 3 000 produit une perle ! La légende veut que Marie de Médicis, à l'occasion du baptême de son fils Louis XIII, se soit fait broder une robe couverte de 40 000 perles d'eau douce récoltées à travers l'Europe. On vous laisse faire le calcul du massacre...

Mais la seule interdiction de pêche n'a pas suffi devant la pollution croissante des cours d'eau. Grégory Motte, du Service public de Wallonie, explique que "les effluents agricoles, les amendements excessifs et les rejets d'eaux usées non épurés les ont enrichis en azote et phosphate", alors que la moule ne supporte qu'une eau pauvre en nutriments. Il ajoute que "plus localement, l'accès du bétail et d'engins motorisés au lit des cours d'eau a détruit, par écrasement, les individus ayant échappé aux autres menaces."

La Rulles fait partie des cours d'eau belges concernés par le programme LIFE Moules perlières., Christophe Collas/Natagora
La Rulles fait partie des cours d'eau belges concernés par le programme LIFE Moules perlières. © Christophe Collas/Natagora

La moule parapluie

Le projet européen LIFE Moules perlières est donc lancé entre 2002 et 2007, couvrant en Belgique les bassins de l'Anlier, de la Rulles, de la Sûre et de l'Our. Plusieurs stations d'épuration sont construites sur des parcelles acquises par l'asbl de protection de l'environnement Natagora. Sur tous les sites, les berges côtoyant des prairies d'élevage sont clôturées, et les résineux qui ombrageaient et polluaient les ruisseaux abattus.

Résultat de tous ces efforts, le retour de la moule perlière est une excellente nouvelle pour l'ensemble de l'écosystème. En effet, il s'agit d'une espèce dite "parapluie" : sa présence à l'état naturel, comme celle du martin-pêcheur ou de la loutre, est le signe d'un environnement globalement sain. "Nous avons résolu les premiers problèmes, confirme Grégory Motte. Notre objectif est de pouvoir compter, d'ici quelques années, des populations fortes d'au moins 20 % de juvéniles, soit plusieurs dizaines de jeunes moules dans les ruisseaux ardennais."

Juliette Chable

La Margaritifera margaritifera n'est pas une pizza, mais l'un des rares mollusques qui peuple encore les ruisseaux belges. Cette moule d'eau douce était très commune dans le Nord de l'Europe et l'Est du Canada jusqu'au XXème siècle. Elle est aujourd'hui menacée d'extinction à cause de sa surpêche, la pollution et la destruction de son habitat : en moins d'un siècle, 90 % des effectifs ont été perdus.Si l'espèce n'a pas disparu, c'est surtout grâce à son exceptionnelle longévité. Une moule vit en moyenne une centaine d'année, le record étant détenu par un individu scandinave de 286 ans. Pour autant, les dernières représentantes belges ne se reproduisaient plus depuis longtemps, jusqu'à la découverte d'individus juvéniles en 2017. Depuis, 80 moules perlières de moins de quinze ans ont été repérées dans un ruisseau de la forêt de l'Anlier.Victime d'un nom racoleurCe regain d'activité est le résultat de multiples actions pour la préservation de l'espèce. En 1979, la Convention de Bern interdit sa pêche. Victimes de leur nom prometteur, les moules perlières ont été abondamment prélevées par l'homme. Pourtant, seul un individu sur 1 000 à 3 000 produit une perle ! La légende veut que Marie de Médicis, à l'occasion du baptême de son fils Louis XIII, se soit fait broder une robe couverte de 40 000 perles d'eau douce récoltées à travers l'Europe. On vous laisse faire le calcul du massacre...Mais la seule interdiction de pêche n'a pas suffi devant la pollution croissante des cours d'eau. Grégory Motte, du Service public de Wallonie, explique que "les effluents agricoles, les amendements excessifs et les rejets d'eaux usées non épurés les ont enrichis en azote et phosphate", alors que la moule ne supporte qu'une eau pauvre en nutriments. Il ajoute que "plus localement, l'accès du bétail et d'engins motorisés au lit des cours d'eau a détruit, par écrasement, les individus ayant échappé aux autres menaces."La moule parapluieLe projet européen LIFE Moules perlières est donc lancé entre 2002 et 2007, couvrant en Belgique les bassins de l'Anlier, de la Rulles, de la Sûre et de l'Our. Plusieurs stations d'épuration sont construites sur des parcelles acquises par l'asbl de protection de l'environnement Natagora. Sur tous les sites, les berges côtoyant des prairies d'élevage sont clôturées, et les résineux qui ombrageaient et polluaient les ruisseaux abattus.Résultat de tous ces efforts, le retour de la moule perlière est une excellente nouvelle pour l'ensemble de l'écosystème. En effet, il s'agit d'une espèce dite "parapluie" : sa présence à l'état naturel, comme celle du martin-pêcheur ou de la loutre, est le signe d'un environnement globalement sain. "Nous avons résolu les premiers problèmes, confirme Grégory Motte. Notre objectif est de pouvoir compter, d'ici quelques années, des populations fortes d'au moins 20 % de juvéniles, soit plusieurs dizaines de jeunes moules dans les ruisseaux ardennais."Juliette Chable