Des photos de 2015 montrant un couple de gérants d'un supermarché U (Rhône) participant à une chasse aux trophées en Afrique ont ressurgi sur les réseaux sociaux, suscitant l'indignation de la majorité des internautes. La polémique est d'autant plus forte que l'enseigne en question déclare agir pour le respect des ressources aquatiques et terrestres. Le couple a été contraint de démissionner suite à l'ampleur des évènements.

Cette polémique relance le débat autour des chasses aux trophées. Brigitte Bardot, fervente protectrice du bien-être animal, a publié ce jeudi une lettre ouverte adressée à François de Rugy, ministre de la Transition écologique français, dans laquelle elle lui demande d'interdire "l'importation des trophées de chasse en France, au moins pour les espèces menacées qui sont les cibles privilégiées des pervers adeptes de ce loisir morbide".

Pourtant, selon certains experts, la chasse aux trophées serait bénéfique à la conservation des espèces animales grâce aux rentrées d'argent massives qu'elle génère.

En 2016, Corey Bradshaw (Université d'Adélaïde), Enrico Di Minin (Université d'Helsinki) et Nigel Leader-Williams (Université de Cambridge) ont publié une étude sur la chasse aux trophées dans la revueTrends in Ecology and Evolution. Pour eux, interdire cette pratique ferait plus de mal que de bien. Les pays où se déroulent ces chasses ne reçoivent pas assez de subsides de la part des gouvernements ou autres associations pour pouvoir mettre en place des mesures de conservation. Par contre, les chasses engendrent une grosse quantité d'argent que ces pays pourraient mettre à profit. Dans un communiqué, les auteurs affirment que "l'un des problèmes majeurs est que les revenus générés vont souvent au secteur privé et bénéficient rarement à la gestion des aires protégées et aux communautés locales". C'est pourquoi ils demandent une meilleure réglementation de l'activité.

Les auteurs pointent également du doigt l'écotourisme. Selon eux, la chasse aux trophées produit une empreinte carbone plus basse et produit plus de revenus pour un nombre d'utilisateurs inférieur. Ils s'accordent tout de même à dire que c'est également une activité indispensable. Si les safaris cessaient, les habitats naturels risqueraient d'être transformés en zones agricoles ou pastorales.

Les conséquences de la chasse aux trophées sont complexes à déterminer. Avec le changement climatique, les espèces doivent évoluer et s'adapter. Et ce sont souvent les plus forts, avec de meilleurs gènes, qui restent. La mort de ces spécimens-là peut donc poser des problèmes pour la survie de ces espèces, déjà menacées.

Les trois chercheurs ont établi un guide de douze dispositions qui devraient être mises en place pour favoriser la protection animale. Entre autres, ils proposent que les gouvernements taxent directement les exploitants de safaris pour que les fonds soient automatiquement investis dans la conservation. Ils demandent aussi des analyses obligatoires sur la viabilité des espèces chassées pour s'assurer que l'activité ne cause pas un déclin de la population.

Loreline Dubuisson