A Paris, une foule très dense s'est massée à la mi-journée sur la place de l'Opéra, bondée, d'où cette "Marche du siècle" devait ensuite se rendre place de la République en fin d'après-midi. Beaucoup de jeunes étaient là, dans une ambiance bon enfant et sous le soleil. "On est plus chaud que le climat", pouvait-on lire sur des pancartes.

Plusieurs cortèges s'étaient tout d'abord formés dans différents endroits de Paris, avec des mots d'ordre distincts: pour la biodiversité, "l'urgence sociale et climatique", le transport "vert", mais aussi contre les "violences policières" ou un supposé "racisme d'Etat".

Parallèlement, avait lieu l'acte 18 de la mobilisation des "gilets jaunes", marqué par des violences et un important incendie parti d'une banque au rez-de-chaussée d'un immeuble près des Champs-Elysées.

Militant écolo et réalisateur du documentaire à succès "Demain", Cyril Dion a appelé à une "convergence avec les +gilets jaunes+" lors d'une conférence de presse au départ d'un des cortèges de la marche pour le climat. Selon lui, "la cause de la destruction des écosystèmes se trouve dans ce modèle économique".

"Climat: stop aux bla-bla, place aux actes", "Sans pétrole la fête est plus folle", "Fin du monde, fin de mois, mêmes coupables, même combat", "Macron t'es foutu, les pandas sont dans la rue", pouvait-on lire sur les banderoles et pancartes de ce cortège.

"On est là pour manifester contre l'inaction sur le changement climatique (...) et contre les multimilliardaires dans leur tour d'ivoire", a expliqué à l'AFP Pierre-Loup Meriaux, 18 ans, étudiant en école de théâtre.

Un peu plus loin, Francine Portet, retraitée de 63 ans venue de Troyes, défilait en gilet jaune. Est-elle venue pour les questions environnementales ou sociales? "Tout, du moment que c'est contre Macron!"

Des politiques de gauche, dont le député insoumis de la Somme François Ruffin, ont plaidé pour une "jonction" entre les manifestations pour l'environnement et celles des "gilets jaunes".

"Conjuguer social et écologie permet une alliance entre classes intermédiaires et populaires, rien ne se fait historiquement en France sans cette alliance: 1789, mai 68, 1981...", a-t-il déclaré à l'AFP, avant de quitter Paris pour rejoindre une manifestation des "gilets jaunes" dans le Gard.

- "Basculement" -

Près de 200 événements étaient répertoriés dans le pays par le collectif Citoyens pour le climat.

Environ 140 organisations, de Greenpeace France à la Fondation Nicolas Hulot, avaient appelé à descendre dans la rue, estimant qu'il est "temps de changer de système industriel, politique et économique, pour protéger l'environnement, la société et les individus".

8.000 manifestants se sont rassemblés à Montpellier, selon la préfecture. Ils étaient 2.500 à Marseille.

"Quand je vois tout ce monde rassemblé, je me dis que ce n'est pas trop tard pour sauver la planète", s'est enthousiasmée Laura, étudiante de 25 ans, dans le cortège parti du Vieux-Port.

Selon les préfectures concernées, la marche pour le climat a réuni plus de 2.000 personnes à Rennes et autant à Strasbourg.

Les jeunes avaient ouvert le bal vendredi, répondant en masse à l'appel de la jeune Suédoise Greta Thunberg. Ils étaient entre 29.000 et 40.000 à Paris, 168.000 en tout à travers la France, selon l'organisation Youth for climate.

"Il faut vraiment qu'il y ait un moment de basculement, un avant et un après" ces manifestations, a fait valoir samedi à Paris Jean-François Julliard, directeur général de l'ONG Greenpeace France.

Lors des précédentes marches pour le climat, nées après la démission de l'ancien ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, plus de 15.000 personnes étaient descendues dans les rues de la capitale.

Depuis plusieurs mois se multiplient des pétitions, des actions et des campagnes en ligne.

Et l'Etat est poursuivi par quatre ONG (Fondation Nicolas Hulot, Greenpeace France, Notre Affaire à Tous et Oxfam France) pour "manquements" à son obligation d'action contre le réchauffement. Elles sont à l'origine d'une pétition qui a récolté plus de deux millions de signatures en moins d'un mois.

Les manifestants s'appuient sur les avertissements lancés par les scientifiques pour demander aux responsables politiques et économiques des actions plus radicales en faveur du climat et de la faune et flore sauvages.

L'Accord de Paris de 2015 vise à limiter le réchauffement de la planète à +2°C par rapport à l'ère pré-industrielle et idéalement à +1,5°C, mais les engagements actuels des Etats annoncent un monde à +3°C.