Après un sommet accueillant plus de 120 chefs d'Etat, des annonces en tout genre sur les forêts ou le méthane et deux semaines de négociations serrées sur de nombreux sujets explosifs, la présidence espère boucler samedi les difficiles négociations, avec un jour de retard sur le calendrier prévu.

Et réussir ainsi à "garder vivant" l'objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris, celui de limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle.

Alors que le monde se trouve toujours, selon l'ONU, sur la trajectoire "catastrophique" d'un réchauffement de +2,7°C, le nouveau texte préserve les avancées en matière de réductions d'émissions et sur les énergies fossiles, principales sources de gaz à effet de serre. Mais il n'apporte pas de progrès sur le dossier au coeur des tensions de ces derniers jours de négociations, l'enveloppe financière pour aider les pays les plus pauvres --les moins responsables du changement climatique mais en première ligne face à ses impacts.

Circonstances nationales

Les négociateurs doivent se retrouver à la mi-journée pour une séance plénière qui s'annonce houleuse. La présidence britannique devrait à la fin de cette séance présenter son calendrier pour la suite et assurait toujours vendredi soir espérer boucler la conférence samedi.

Sur les émissions, le nouveau texte reprend sans changement l'appel aux Etats membres à relever leurs engagements de réductions plus régulièrement que prévu dans l'accord de Paris, et ce dès 2022. Mais avec la possibilité d'aménagements pour "circonstances nationales particulières", point rajouté vendredi lors des négociations et qui avait provoqué des critiques des ONG sur la réelle ambition des pays à limiter la hausse des températures.

La mention inédite des énergies fossiles, principales responsables du réchauffement de la planète et qui ne sont même pas citées dans l'accord de Paris, est préservée dans cette troisième version du projet de déclaration.

Mais elle est à nouveau un peu moins impérieuse que la précédente, puisqu'elle appelle cette fois les pays membres à "accélérer les efforts vers la sortie de l'énergie au charbon sans systèmes de capture (de CO2) et des subventions inefficaces aux énergies fossiles".

Les termes "les efforts vers" ne figuraient pas dans la précédente version qui avait déjà atténué la formulation par rapport à la première, laquelle n'évoquait pas les "systèmes de capture", technologie encore peu rodée, et ne précisait pas "inefficaces" concernant les financements des énergies fossiles.

Positions figées

Les positions sont en revanche restées figées sur l'enveloppe financière pour aider les pays les plus pauvres à réduire leurs émissions et à se préparer à affronter les conséquences dévastatrices du dérèglement climatique.

Les pays en développement avaient notamment mis sur la table une proposition pour créer un mécanisme spécifique de prise en compte des "pertes et préjudices", c'est-à-dire les dommages déjà causés par les impacts ravageurs des tempêtes, sécheresses et canicules qui se multiplient.

Mais selon plusieurs observateurs et sources proches des négociations, les pays riches, et notamment les Etats-Unis, ont fait barrage à cette proposition. Les Etats-Unis craindraient notamment les conséquences juridiques potentielles, alors que l'Union européenne rechigne à l'idée d'un mécanisme spécifique, mais serait en revanche ouverte à l'idée d'un calendrier.

Le représentant guinéen Amadou Sebory Touré, chef du groupe de négociation G77+Chine (plus de 100 pays en développement et émergents), avait encore insisté vendredi pour qu'un tel mécanisme figure dans le texte, rappelant que la proposition émanait "de la totalité du monde en développement", grands pays émergents compris.

"Les pays les plus pauvres risquent d'être perdus de vue, les prochaines heures doivent faire changer ce cap. Ce qui est sur la table n'est toujours pas assez", a commenté l'ONG Oxfam, alors que Greenpeace appelait "les pays développés, en particulier les Etats-Unis à faire plus sur les financements" et à "tenir bon" sur les énergies fossiles, dont la mention hérisse les pays producteurs.

Les discussions sont compliquées par la méfiance des pays pauvres, puisque les pays riches n'ont toujours pas tenu leur promesse faite en 2009 de porter à partir de 2020 leur aide climat au Sud à 100 milliards par an.

Les pays pauvres accusent aussi les pays développés de vouloir leur imposer de faire plus pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre alors qu'ils ne sont pas responsables du changement climatique.

La Wallonie consacre un million EUR au volet "pertes et préjudices"

La Wallonie va octroyer un soutien spécifique et inédit d'un million d'euros pour permettre aux pays les plus vulnérables de faire face aux pertes et préjudices liés aux changements climatiques, a annoncé le ministre wallon du Climat, Philippe Henry, samedi dans le cadre de la COP26 à Glasgow.

Le sujet des pertes et préjudices ("loss and damages") figure au coeur des négociations à la COP26, qui jouent les prolongations samedi en Écosse. Il concerne les dommages, le cas échéant irréversibles, dus au dérèglement climatique, au-delà des capacités d'adaptation d'un pays à celui-ci. Les pays du Nord rechignent à trop s'engager sur cette question, craignant, qui la mise en place d'un troisième pilier de financement climat international (après l'atténuation et l'adaptation), qui la multiplication d'actions en justice pour l'obtention de dommages et intérêts.

En début de COP26, l'Écosse, par la voie de sa Première ministre Nicola Sturgeon, a annoncé une manne d'un million de livres (près d'1,2 million d'euros), avant de la porter quelques jours plus tard à deux millions de livres (2,4 millions d'euros), pour financer les pertes et préjudices des pays du Sud. Une annonce, surprise et inédite, qui, aux yeux de certaines ONG, "brise un tabou".

Ce samedi, c'est donc à la Wallonie d'emboîter le pas précurseur de l'Écosse, en mettant à son tour un million d'euros sur la table des pertes et préjudices. "C'est un geste important, en synergie avec le même engagement du gouvernement écossais. Les modalités de mise en oeuvre seront coordonnées entre les deux ministres du climat de ces régions", explique à l'agence Belga le ministre wallon, qui a précisément participé à des négociations à la COP26 sur le volet des pertes et préjudices.

La décision wallonne a été saluée par le CNCD-11.11.11: "A quelques heures de la fin des négociations, c'est de ce genre d'exemples forts dont nous avons besoin"

Rebecca Thissen, chargée de recherche en justice climatique

"Parmi les thèmes majeurs" de la conférence climat, "la prise en compte des 'pertes et préjudices' s'est avérée centrale. C'est une réponse notamment aux pays les plus vulnérables face aux conséquences du changement climatique, au-delà des capacités d'adaptation: inondations, incendies, sécheresse ¿ Pour assumer collectivement ces actions, il est nécessaire à la fois d'assurer le soutien technique et le financement", souligne encore Philippe Henry.

La décision wallonne a été saluée par le CNCD-11.11.11. "A quelques heures de la fin des négociations, c'est de ce genre d'exemples forts dont nous avons besoin", estime Rebecca Thissen, chargée de recherche en justice climatique. "La question de l'assistance aux victimes est un enjeu central de la COP26 et nous avons besoin que les pays les plus riches montrent la voie et prennent leurs responsabilités. La crise climatique ne se gère pas avec des grands discours mais avec des actions concrètes et solidaires".

La Wallonie avait annoncé précédemment, lors la COP26, une hausse substantielle de son financement climat, qui passera de 8,25 millions d'euros en 2021 à quelque 12,5 millions d'euros en 2022. Le million d'euros prévu samedi par M. Henry pour les pertes et préjudices s'inscrit dans cette enveloppe de 12,5 millions d'euros.

Après un sommet accueillant plus de 120 chefs d'Etat, des annonces en tout genre sur les forêts ou le méthane et deux semaines de négociations serrées sur de nombreux sujets explosifs, la présidence espère boucler samedi les difficiles négociations, avec un jour de retard sur le calendrier prévu.Et réussir ainsi à "garder vivant" l'objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris, celui de limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle.Alors que le monde se trouve toujours, selon l'ONU, sur la trajectoire "catastrophique" d'un réchauffement de +2,7°C, le nouveau texte préserve les avancées en matière de réductions d'émissions et sur les énergies fossiles, principales sources de gaz à effet de serre. Mais il n'apporte pas de progrès sur le dossier au coeur des tensions de ces derniers jours de négociations, l'enveloppe financière pour aider les pays les plus pauvres --les moins responsables du changement climatique mais en première ligne face à ses impacts.Les négociateurs doivent se retrouver à la mi-journée pour une séance plénière qui s'annonce houleuse. La présidence britannique devrait à la fin de cette séance présenter son calendrier pour la suite et assurait toujours vendredi soir espérer boucler la conférence samedi.Sur les émissions, le nouveau texte reprend sans changement l'appel aux Etats membres à relever leurs engagements de réductions plus régulièrement que prévu dans l'accord de Paris, et ce dès 2022. Mais avec la possibilité d'aménagements pour "circonstances nationales particulières", point rajouté vendredi lors des négociations et qui avait provoqué des critiques des ONG sur la réelle ambition des pays à limiter la hausse des températures.La mention inédite des énergies fossiles, principales responsables du réchauffement de la planète et qui ne sont même pas citées dans l'accord de Paris, est préservée dans cette troisième version du projet de déclaration.Mais elle est à nouveau un peu moins impérieuse que la précédente, puisqu'elle appelle cette fois les pays membres à "accélérer les efforts vers la sortie de l'énergie au charbon sans systèmes de capture (de CO2) et des subventions inefficaces aux énergies fossiles".Les termes "les efforts vers" ne figuraient pas dans la précédente version qui avait déjà atténué la formulation par rapport à la première, laquelle n'évoquait pas les "systèmes de capture", technologie encore peu rodée, et ne précisait pas "inefficaces" concernant les financements des énergies fossiles.Les positions sont en revanche restées figées sur l'enveloppe financière pour aider les pays les plus pauvres à réduire leurs émissions et à se préparer à affronter les conséquences dévastatrices du dérèglement climatique.Les pays en développement avaient notamment mis sur la table une proposition pour créer un mécanisme spécifique de prise en compte des "pertes et préjudices", c'est-à-dire les dommages déjà causés par les impacts ravageurs des tempêtes, sécheresses et canicules qui se multiplient.Mais selon plusieurs observateurs et sources proches des négociations, les pays riches, et notamment les Etats-Unis, ont fait barrage à cette proposition. Les Etats-Unis craindraient notamment les conséquences juridiques potentielles, alors que l'Union européenne rechigne à l'idée d'un mécanisme spécifique, mais serait en revanche ouverte à l'idée d'un calendrier.Le représentant guinéen Amadou Sebory Touré, chef du groupe de négociation G77+Chine (plus de 100 pays en développement et émergents), avait encore insisté vendredi pour qu'un tel mécanisme figure dans le texte, rappelant que la proposition émanait "de la totalité du monde en développement", grands pays émergents compris."Les pays les plus pauvres risquent d'être perdus de vue, les prochaines heures doivent faire changer ce cap. Ce qui est sur la table n'est toujours pas assez", a commenté l'ONG Oxfam, alors que Greenpeace appelait "les pays développés, en particulier les Etats-Unis à faire plus sur les financements" et à "tenir bon" sur les énergies fossiles, dont la mention hérisse les pays producteurs.Les discussions sont compliquées par la méfiance des pays pauvres, puisque les pays riches n'ont toujours pas tenu leur promesse faite en 2009 de porter à partir de 2020 leur aide climat au Sud à 100 milliards par an. Les pays pauvres accusent aussi les pays développés de vouloir leur imposer de faire plus pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre alors qu'ils ne sont pas responsables du changement climatique.