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Cent milliards de vêtements vendus par an dans le monde, avec de fortes disparités entre les pays. Sur la même période, plus de nonante milliards de mètres cubes d'eau pour leur fabrication. Depuis une quinzaine d'années, le commerce en ligne, la mode plus accessible et les fringues bas de gamme ont stimulé l'industrie textile, la plus polluante après l'industrie pétrolière, selon l'UNFCCC (NDLR: la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques). Elle est le symbole de la surconsommation et de son impact sur le climat. Vrai aussi pour l'agriculture industrielle, en particulier l'élevage (bovins en tête), responsable de 15% des émissions anthropiques de gaz à effet de serre, dont du CO2 mais aussi du N2O (protoxyde d'azote) dont le pouvoir réchauffant est trois cents fois plus élevé que le CO2. Selon l'UE, le gaspillage alimentaire équivaut à 20% des denrées produites en Europe. Cela concerne les ménages, l'Horeca, la grande distribution... Revoir les modes de consommation, y compris la gestion des déchets, implique une intervention des législateurs pour interdire les pratiques les plus néfastes, mais, surtout, un changement dans les comportements individuels .Faut-il dès lors consommer moins? Cette question pose inévitablement celle de la décroissance qui fait débat depuis... le fameux rapport Meadows, du Club de Rome en 1972, qui prônait une croissance zéro pour éviter l'épuisement des ressources naturelles. Le réchauffement lui a redonné vigueur, ces dernières années. Pour ses adeptes, l'enjeu est de renoncer au consumérisme. "Cela conduit à s'intéresser aux notions de revenu de base, de gratuité ou encore de systèmes d'échanges locaux", écrit dans le dernier Monde Diplomatique Vincent Liegey, ingénieur et objecteur de croissance. Avec The Spirit of Green (Princeton University Press, 2021), l'influent prix Nobel (2018) William Nordhaus, spécialiste de l'économie de l'environnement, démontre, lui, que l'écologie est compatible avec le progrès et la croissance. Et dans son dernier essai, Un étrange renoncement (Albin Michel, 2021), Denis Olivennes, le directeur général de Libération, craint que "moins de croissance, ça fera plus de Zemmour". Pour lui, nous avons une ressource infinie: le cerveau humain.