Il est prématuré de tirer un bilan définitif de l'Accord de Paris, adopté en 2015 et entré en vigueur avec une célérité inédite moins d'un an plus tard. Le traité est en effet prévu pour succéder au protocole de Kyoto et couvrir la période après 2020. Mais un bilan provisoire est certainement possible, d'autant qu'en matière climatique, l'urgence n'est jamais loin.

L'un des premiers succès de l'accord est d'avoir consacré le principe de la neutralité carbone, alors que jusque-là, les leaders des pays développés pinaillaient sur des réductions de quelques pour cents de leurs émissions de gaz à effet de serre. "La neutralité carbone imprègne à présent l'agenda politique dans tous les grands pays et au niveau mondial, faisant évoluer la compréhension du problème pour passer de réductions marginales à une transformation de toutes les économies", résume l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), "think tank" français, dans une note d'analyse.

D'après les estimations du site internet "Climate action tracker", la dynamique insufflée par l'accord a permis, en cinq ans, de faire baisser, de +3,6°C à +2,9°C, la hausse des températures attendue pour la fin du siècle. En supposant que les engagements pris et annoncés jusqu'ici seront réalisés, la hausse du thermomètre mondial à la fin du siècle pourrait être de 2,6°C, voire de 2,1°C selon les estimations les plus optimistes du Climate action tracker. On reste toutefois loin des objectifs de Paris: contenir le réchauffement nettement sous 2°C et si possible à 1,5°C.

L'Accord de Paris "a permis de rendre beaucoup plus visible l'objectif de ne pas dépasser 1,5°C de réchauffement et les implications de cet objectif en termes de réductions drastiques des émissions de gaz à effet de serre", souligne le climatologue (UCLouvain) et ancien vice-président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), Jean-Pascal van Ypersele. "L'objectif de neutralité carbone en 2050, dont le rapport spécial du Giec sur un réchauffement de 1,5°C a tellement bien montré la nécessité, est à présent largement connu, et de plus en plus de pays l'ont adopté. Cela ne se serait pas passé sans l'Accord de Paris, ni sans le rapport du Giec", estime le scientifique belge.

Un traité rassembleur ou presque...

Un autre succès du traité est "d'avoir permis de rassembler la quasi-totalité des États autour d'un objectif commun", souligne pour sa part Rebecca Thissen, chargée de recherche sur la Justice climatique au CNCD-11.11.11.

Pour Jean-Pascal van Ypersele, l'accord climatique représente "une révolution copernicienne" par rapport au Protocole de Kyoto, adopté en 1997. "La communauté internationale est passée d'une approche verticale ('top-down') où une COP avait décidé des réductions à accomplir par les seuls pays dits 'développés' à une approche horizontale ('bottom-up'), où tous les pays sont invités à définir volontairement leurs engagements."

Cette portée quasi "universelle" de Paris a toutefois été mise à mal par la sortie des Etats-Unis, deuxième pollueur mondial, sous l'impulsion de Donald Trump. Mais très rapidement, la communauté internationale, Union européenne et Chine en tête, a marqué son attachement à l'accord climatique. Et de nombreuses personnalités américaines se sont retrouvées sous la bannière "We are still in" ("Nous sommes toujours là") pour réaffirmer leur foi en l'accord et en la lutte contre les changements climatiques. Surtout, que le président élu Joe Biden ait promis de faire revenir les USA, dès le premier jour de son mandat, dans l'accord climatique, est un beau cadeau d'anniversaire pour les cinq ans du traité.

Le côté pile de l'Accord de Paris, ce sont des négociations lentes, laborieuses et techniques. Trois conférences climat (COP) ont été nécessaires pour finaliser, plus ou moins, les règles de mise en oeuvre de l'accord. "Le processus de négociations est extrêmement complexe et lourd et n'atterrit que trop souvent sur des décisions alambiquées et peu concrètes", constate Rebecca Thissen, du CNCD-11.11.11. "De nombreux points doivent encore être concrétisés, notamment la question des pertes et préjudices et leur financement mais aussi l'épineuse question des marchés du carbone."

Financement en hausse

Quant au financement climat, motif de crispation récurrent, voire de colère des pays en développement, il est en hausse depuis plusieurs années, mais le compte n'y est toujours pas. Loin s'en faut. Selon un récent rapport de l'OCDE, ce financement climat a atteint 78,9 milliards en 2018, en hausse de 11% par rapport à 2017. A ce rythme, les 100 milliards promis par les pays développés ne seront pas atteints pour 2020...

Des progrès énormes, notamment technologiques, ont été engrangés sous l'impulsion de l'Accord de Paris dans le secteur énergétique ou dans l'industrie. En revanche, la transition peine à se matérialiser dans la mobilité, l'agriculture, le bâtiment... ce qui sape d'un côté les progrès réalisés de l'autre. Résultat: les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent d'augmenter ou, au mieux, de stagner. Même si ces émissions constituent probablement "un piètre indicateur, fluctuant à la hausse et à la baisse en fonction des périodes de crise économique et de reprise, des hivers rigoureux et des années de sécheresse", souligne l'Iddri; il est inquiétant de constater qu'une véritable trajectoire descendante n'a pas encore été amorcée.

Moins d'émissions de gaz à effet de serre à cause du coronavirus

La crise de la Covid-19 s'accompagnera sans doute d'une baisse des émissions de gaz à effet de serre mais le plus important concerne l'après-Covid. Les plans de relance seront-ils compatibles avec l'esprit et la lettre de l'Accord de Paris? Voilà un enjeu essentiel.

A cet égard, la nouvelle vague d'engagements climatiques des différents pays aura des allures de test. Il est en effet prévu que les États réactualisent, tous les cinq ans, à la hausse, leurs contributions déterminées au niveau national. Les prochaines étaient attendues en 2020, en vue de la COP26, censée se tenir en novembre 2020 à Glasgow mais reportée d'un an, pour cause de pandémie.

Peu de pays, encore moins parmi les gros émetteurs, ont soumis leur nouvelle contribution déterminée au niveau national revue à la hausse, certains États profitant de la pandémie et du report de la COP26 pour continuer à procrastiner. Mais la Chine, premier émetteur mondial, l'Union européenne, le Japon et la Corée du Sud ont pris des engagements vers la neutralité carbone à plus ou moins long terme. Et le Sommet (virtuel) climatique de l'ONU du 12 décembre prochain, censé marquer le cinquième anniversaire de l'Accord de Paris, devrait être l'occasion pour certains de sortir du bois et de faire de nouvelles annonces...

Il est prématuré de tirer un bilan définitif de l'Accord de Paris, adopté en 2015 et entré en vigueur avec une célérité inédite moins d'un an plus tard. Le traité est en effet prévu pour succéder au protocole de Kyoto et couvrir la période après 2020. Mais un bilan provisoire est certainement possible, d'autant qu'en matière climatique, l'urgence n'est jamais loin. L'un des premiers succès de l'accord est d'avoir consacré le principe de la neutralité carbone, alors que jusque-là, les leaders des pays développés pinaillaient sur des réductions de quelques pour cents de leurs émissions de gaz à effet de serre. "La neutralité carbone imprègne à présent l'agenda politique dans tous les grands pays et au niveau mondial, faisant évoluer la compréhension du problème pour passer de réductions marginales à une transformation de toutes les économies", résume l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), "think tank" français, dans une note d'analyse. D'après les estimations du site internet "Climate action tracker", la dynamique insufflée par l'accord a permis, en cinq ans, de faire baisser, de +3,6°C à +2,9°C, la hausse des températures attendue pour la fin du siècle. En supposant que les engagements pris et annoncés jusqu'ici seront réalisés, la hausse du thermomètre mondial à la fin du siècle pourrait être de 2,6°C, voire de 2,1°C selon les estimations les plus optimistes du Climate action tracker. On reste toutefois loin des objectifs de Paris: contenir le réchauffement nettement sous 2°C et si possible à 1,5°C. L'Accord de Paris "a permis de rendre beaucoup plus visible l'objectif de ne pas dépasser 1,5°C de réchauffement et les implications de cet objectif en termes de réductions drastiques des émissions de gaz à effet de serre", souligne le climatologue (UCLouvain) et ancien vice-président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), Jean-Pascal van Ypersele. "L'objectif de neutralité carbone en 2050, dont le rapport spécial du Giec sur un réchauffement de 1,5°C a tellement bien montré la nécessité, est à présent largement connu, et de plus en plus de pays l'ont adopté. Cela ne se serait pas passé sans l'Accord de Paris, ni sans le rapport du Giec", estime le scientifique belge.Un traité rassembleur ou presque... Un autre succès du traité est "d'avoir permis de rassembler la quasi-totalité des États autour d'un objectif commun", souligne pour sa part Rebecca Thissen, chargée de recherche sur la Justice climatique au CNCD-11.11.11. Pour Jean-Pascal van Ypersele, l'accord climatique représente "une révolution copernicienne" par rapport au Protocole de Kyoto, adopté en 1997. "La communauté internationale est passée d'une approche verticale ('top-down') où une COP avait décidé des réductions à accomplir par les seuls pays dits 'développés' à une approche horizontale ('bottom-up'), où tous les pays sont invités à définir volontairement leurs engagements." Cette portée quasi "universelle" de Paris a toutefois été mise à mal par la sortie des Etats-Unis, deuxième pollueur mondial, sous l'impulsion de Donald Trump. Mais très rapidement, la communauté internationale, Union européenne et Chine en tête, a marqué son attachement à l'accord climatique. Et de nombreuses personnalités américaines se sont retrouvées sous la bannière "We are still in" ("Nous sommes toujours là") pour réaffirmer leur foi en l'accord et en la lutte contre les changements climatiques. Surtout, que le président élu Joe Biden ait promis de faire revenir les USA, dès le premier jour de son mandat, dans l'accord climatique, est un beau cadeau d'anniversaire pour les cinq ans du traité. Le côté pile de l'Accord de Paris, ce sont des négociations lentes, laborieuses et techniques. Trois conférences climat (COP) ont été nécessaires pour finaliser, plus ou moins, les règles de mise en oeuvre de l'accord. "Le processus de négociations est extrêmement complexe et lourd et n'atterrit que trop souvent sur des décisions alambiquées et peu concrètes", constate Rebecca Thissen, du CNCD-11.11.11. "De nombreux points doivent encore être concrétisés, notamment la question des pertes et préjudices et leur financement mais aussi l'épineuse question des marchés du carbone."Financement en hausse Quant au financement climat, motif de crispation récurrent, voire de colère des pays en développement, il est en hausse depuis plusieurs années, mais le compte n'y est toujours pas. Loin s'en faut. Selon un récent rapport de l'OCDE, ce financement climat a atteint 78,9 milliards en 2018, en hausse de 11% par rapport à 2017. A ce rythme, les 100 milliards promis par les pays développés ne seront pas atteints pour 2020... Des progrès énormes, notamment technologiques, ont été engrangés sous l'impulsion de l'Accord de Paris dans le secteur énergétique ou dans l'industrie. En revanche, la transition peine à se matérialiser dans la mobilité, l'agriculture, le bâtiment... ce qui sape d'un côté les progrès réalisés de l'autre. Résultat: les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent d'augmenter ou, au mieux, de stagner. Même si ces émissions constituent probablement "un piètre indicateur, fluctuant à la hausse et à la baisse en fonction des périodes de crise économique et de reprise, des hivers rigoureux et des années de sécheresse", souligne l'Iddri; il est inquiétant de constater qu'une véritable trajectoire descendante n'a pas encore été amorcée.Moins d'émissions de gaz à effet de serre à cause du coronavirus La crise de la Covid-19 s'accompagnera sans doute d'une baisse des émissions de gaz à effet de serre mais le plus important concerne l'après-Covid. Les plans de relance seront-ils compatibles avec l'esprit et la lettre de l'Accord de Paris? Voilà un enjeu essentiel. A cet égard, la nouvelle vague d'engagements climatiques des différents pays aura des allures de test. Il est en effet prévu que les États réactualisent, tous les cinq ans, à la hausse, leurs contributions déterminées au niveau national. Les prochaines étaient attendues en 2020, en vue de la COP26, censée se tenir en novembre 2020 à Glasgow mais reportée d'un an, pour cause de pandémie. Peu de pays, encore moins parmi les gros émetteurs, ont soumis leur nouvelle contribution déterminée au niveau national revue à la hausse, certains États profitant de la pandémie et du report de la COP26 pour continuer à procrastiner. Mais la Chine, premier émetteur mondial, l'Union européenne, le Japon et la Corée du Sud ont pris des engagements vers la neutralité carbone à plus ou moins long terme. Et le Sommet (virtuel) climatique de l'ONU du 12 décembre prochain, censé marquer le cinquième anniversaire de l'Accord de Paris, devrait être l'occasion pour certains de sortir du bois et de faire de nouvelles annonces...