Le dioxyde de carbone (CO2) est le principal gaz à effet de serre contribuant au réchauffement climatique. Au lieu de le diaboliser, des scientifiques de par le monde proposent de l'utiliser à bon escient, en transformant ce déchet en une nouvelle ressource.
...

Le dioxyde de carbone (CO2) est le principal gaz à effet de serre contribuant au réchauffement climatique. Au lieu de le diaboliser, des scientifiques de par le monde proposent de l'utiliser à bon escient, en transformant ce déchet en une nouvelle ressource. Angélique Léonard dirige l'Unité de recherche Chemical Engineering à l'Université de Liège. Elle explique dans le journal Le Soir : "On peut en faire du carburant, liquide ou gazeux. Ou de la matière première pour des polymères. Aujourd'hui, la chimie occidentale des plastiques est basée sur le pétrole ou sur le gaz de schiste. Dans le futur, une partie de ces polymères pourrait être produite en partie grâce à du CO2, qu'il soit libéré par la combustion de produits fossiles ou par de la biomasse. L'hydrogène nécessaire à l'opération pourrait lui aussi venir de la biomasse ou de l'électrolyse de l'eau via l'utilisation d'électricité renouvelable. Carbone et hydrogène pourraient ainsi provenir de la photosynthèse ou de l'eau et plus de l'exploitation de ressources fossiles". Au sein de la plateforme FRITCO2T (Fédération of Researchers in Innovative Technologies for CO2 transformations) de l'Université de Liège, quatre laboratoires joignent leurs forces pour accélérer le développement des technologies et matériaux valorisant le C02 et la réutilisation de ses émissions au service de la société, révèle le quotidien francophone. "Jusqu'à 30 % de CO2 peut être inséré dans du plastique, par exemple pour fabriquer du polycarbonate, un matériau courant dans la construction. Le CO2 a aussi des propriétés appréciables de solvant quand il est dans un état supercritique, entre gaz et liquide, chauffé à 30 degrés et à 80 bars de pression. Il peut retirer la caféine de votre café ou le cholestérol de votre margarine et il est sans aucun danger pour le corps humain. De même, il peut servir en pharmacie, où il remplace avantageusement des solvants potentiellement dangereux pour l'homme", détaille Grégoire Léonard, qui travaille au sein de cette plateforme technologique. Le CO2 peut également rentrer dans la fabrication d'urée, un produit très utilisé dans les engrais. En Suisse, une première usine du genre utilisant la technologie dite de "capture de l'air directe" (direct air capture) a vu le jour en 2017. Dans la pratique, de gros aspirateurs absorbent le dioxyde de carbone présent dans l'atmosphère. Il est stocké dans le sol et ensuite revendu aux serres agricoles voisines. Mais encore, le CO2 peut servir à produire des algues, qui pourraient, un jour, se transformer en carburant. Pour cette transformation, cependant, une quantité importante d'énergie est nécessaire. "L'idée est de la prendre dans les énergies renouvelables qui ont des soucis de disponibilité, comme l'éolien, le soleil ou la biomasse. On fait alors une réaction chimique qui le transforme en différents carburants", avance Grégoire Léonard. Autre transformation possible de ce gaz à effet de serre: en méthanol, un carburant qui fonctionne bien dans certains moteurs actuels et qui est, de surcroît, facile à transporter et à stocker. Depuis la crise financière, le prix de la tonne de CO2 est passé de moins de 10 euros - il en faut le quadruple pour le capter - à une trentaine d'euros, explique aussi le journal Le Soir. Cette revalorisation a rendu plus intéressante la recherche sur de nouvelles solutions pour le capter.Le stockage sous terre est ainsi une autre option envisagée. Dans des gisements de gaz naturel ou de pétrole, qu'il repousse (ce qui permet de mieux exploiter ces gisements) afin de prendre leur place. Par ailleurs, avec le temps, le CO2 minéralise et peut recréer de la craie, un matériau stable et inoffensif. Le stockage du CO2 dans un champ gazier épuisé situé sous la mer du Nord, c'est également le défi initié par les ports d'Anvers, Gent-Terneuzen-Vlissingen et Rotterdam. Les trois ports ont annoncé s'associer dans le projet d'intérêt commun "CO2TransPorts" de captage, transport et stockage à grande échelle de CO2 à l'horizon 2030. Leur projet unique au monde vise le traitement de 10 millions de tonnes de CO2. A titre de comparaison, les émissions totales de l'activité industrielle dans les trois ports se chiffrent à 60 millions de tonnes de CO2, soit un tiers des émissions du Benelux. Par rapport aux émissions totales estimées de la Belgique et des Pays-Bas d'ici 2030, 10 millions de tonnes de CO2 ne représentent que 0,3 %, soit l'équivalent de 14 jours d'émissions, a calculé De Morgen. Dans la pratique, il faudra un certain temps avant que le système ne soit opérationnel explique le quotidien flamand. D'ici 2026, un réseau de CO2 devra être installé dans la zone du port de Rotterdam, ainsi qu'un gazoduc sous-marin d'environ 20 kilomètres vers un champ gazier vide. Entre 2026 et 2030 une connexion CO2 avec les ports belges serait alors établie.Les idées ne manquent donc pas pour réutiliser le CO2. Il y a cependant un bémol à ces différentes technologies tempère Angélique Léonard, "avant de se lancer au niveau industriel, il est essentiel de réaliser une analyse de cycle de vie du matériau ou du procédé innovant. L'idée est d'avoir un impact le plus bas possible sur l'environnement".Les scientifiques questionnent en effet les conséquences directes de ces technologies sur le climat. "Attention aux fausses bonnes solutions peu adaptables à grande échelle", prévient dans L'Express Adeline Favrel, chargée de mission sur les forêts pour la fédération France Nature Environnement (FNE). Elles risquent de faire perdre de vue les vrais enjeux." En résumé, pour elle, mieux vaut reboiser et réduire nos émissions que chercher à les "aspirer".