"Les objectifs climatiques ne peuvent pas être atteints en roulant un peu plus à vélo et en utilisant moins la voiture", déclarait Mark Elchardus (VUB), professeur émérite en sociologie, le week-end dernier dans le quotidien flamand De Morgen. "C'est une révolution : moins de libre marché, plus d'intervention du gouvernement, une réglementation plus stricte, des impôts plus lourds pour tous".
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"Les objectifs climatiques ne peuvent pas être atteints en roulant un peu plus à vélo et en utilisant moins la voiture", déclarait Mark Elchardus (VUB), professeur émérite en sociologie, le week-end dernier dans le quotidien flamand De Morgen. "C'est une révolution : moins de libre marché, plus d'intervention du gouvernement, une réglementation plus stricte, des impôts plus lourds pour tous".Pour sauver la planète, des pistes existent, certaines sont déjà mises en oeuvre à grande échelle à travers les différentes régions du pays, encouragées par l'une ou l'autre prime et incitants financiers. On pense par exemple au système des certificats verts liés aux panneaux photovoltaïques ou aux primes à l'isolation d'une toiture ou d'une façade. Pour l'acquisition d'une voiture électrique, les incitants financiers sont aussi attrayants avec des taxes de mises en circulation réduites.Cependant, comme l'explique le journal de Morgen, cette transition énergétique aura un certain coût pour chaque tranche de la population belge. Reste à savoir qui en supportera les plus gros investissements et comment s'en sortira financièrement le citoyen. Le gouvernement flamand, dans son plan Energie et Climat, a ainsi décrété l'interdiction de commercialiser de nouvelles chaudières à mazout pour les nouveaux bâtiments à partir de 2021. La pompe à chaleur devrait, à cet horizon, remplacer la chaudière à mazout qui émet trop de C02. En Wallonie, l'interdiction de vente ne sera en vigueur qu'à partir de 2035. A Bruxelles, l'échéance est fixée à 2025. Cependant, une pompe coûte beaucoup plus cher qu'une chaudière. Le prix varie de 4.000 à 20.000 euros, contre une moyenne de 4.750 euros. La prime de 400 euros octroyée par la région ne comble pas cet écart. Surtout si l'on tient compte du prix élevé de l'électricité, qui annule presque totalement le gain de rendement d'une pompe à chaleur."Ne rien faire coûte beaucoup plus cher que d'agir""Sauver le climat aura bien un prix", estime le chercheur Pieter Lodewijks du bureau de recherche Energyville dans les colonnes du Morgen. "Le problème, c'est que l'histoire est alambiquée. Nous imposons des taxes et des obligations en termes d'écologie, mais les primes qui y sont associées sont à la traîne. Idéalement, le prix supplémentaire d'une pompe à chaleur devrait être compensé par une baisse du prix de l'électricité."Au niveau fédéral, la ministre de l'Énergie Marie Christine Marghem (MR) a calculé l'année dernière qu'une taxe sur le CO2 pourrait s'élever à 281 euros par an pour un ménage. "Ne rien faire coûte beaucoup plus cher que d'agir", a répondu lundi matin la présidente de parti et députée Groen, Meyrem Almaci, lorsqu'on lui a demandé qui paierait exactement la taxe sur le CO2 pour les plus gros pollueurs.La transition écologique coûtera des milliards d'euros, a noté, pour sa part, le président de la Chambre Siegfried Bracke (N-VA) sur les ondes de La Première ce mardi. Face à la mobilisation pour la marche pour le climat de dimanche, qui a réuni 70.000 Belges dans les rues de la capitale, Siegfried Bracke se dit conscient de l'importance du mouvement et la responsabilité qu'ont les politiques d'agir "mais de manière responsable"."Si on suit le mouvement vert des jeunes, on va créer plus de gilets jaunes. Il faut sans doute résoudre le problème climatique, mais qui va payer ?", se demande Bracke qui refuse que l'on qualifie son parti de climatosceptique. "Le mouvement Ecolo-Groen doit s'exprimer là-dessus", estime-t-il encore. "Les jeunes ont le droit de s'exprimer même si ce n'est pas totalement juste. Moi aussi j'ai dit des bêtises quand j'étais jeune. Il ne faut pas se moquer d'eux; nous devons prendre ça au sérieux, mais sans arriver à une révolution qui coûtera des milliards et des milliards d'euros."Une politique climatique ambitieuse est-elle, par définition, coûteuse ? La ministre flamande de l'Énergie, Lydia Peeters (Open Vld), ne le pense pas. "Tout dépend du type de maison dans laquelle vous vivez et des déplacements que vous faites ", explique sa porte-parole. Nous n'obtenons pas un coût moyen par personne. "Dès qu'on le donne, les gens s'y reflètent. Cela peut être contre-productif ", se justifie-t-elle. En termes d'énergie, nous ne devons pas nous faire d'illusions. Que l'on ferme ou non les centrales nucléaires, la production deviendra plus coûteuse dans les années à venir. Le professeur Lodewijks avance : "Si nous les fermons en 2025, comme prévu, nous paierons 6,2 milliards d'euros par an (NDLR : contre 2 milliards en 2017) pour produire notre électricité. Si nous en gardons quelques-unes ouvertes, la différence est presque négligeable. Car des investissements verts auront de toute façon été réalisés et parce que nous avons besoin de solutions de back-up."Aviel Verbruggen, professeur émérite d'économie de l'environnement (UAntwerp), appelle chacun à regarder vers l'avenir. "Chaque transition a un coût", dit-il. "Nous devons passer par là. Mais n'oubliez pas qu'à la fin de la transition, nous paierons moins cher. L'énergie solaire et éolienne est déjà moins chère que l'énergie nucléaire aujourd'hui. "