Le 23 septembre, un groupe de climatosceptiques a présenté une " Déclaration climatique européenne " (DCE) à Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations Unies. Le groupe représentait un "réseau mondial de plus de 500 scientifiques et professionnels ".
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Le 23 septembre, un groupe de climatosceptiques a présenté une " Déclaration climatique européenne " (DCE) à Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations Unies. Le groupe représentait un "réseau mondial de plus de 500 scientifiques et professionnels ".Cette déclaration stipule qu'il n'y a pas d'"urgence" climatique. La science du climat, disent-ils, devrait être " moins politique " et la politique climatique " plus scientifique ".Selon les signataires, des climatologues et des politiciens prennent aujourd'hui leur distance avec des prédictions et/ou hypothèses incertaines et exagérées. La déclaration minimise ainsi le rôle de l'homme dans le réchauffement climatique. De plus, le réchauffement de la planète serait beaucoup plus lent que ne le prévoient la plupart des climatologues. On nous cacherait aussi systématiquement les avantages qu'aurait une augmentation des émissions de CO2. Pour ces raisons, et pour d'autres encore, les signataires s'opposent à la " politique nuisible et irréaliste de zéro émission carbone proposée pour 2050 ".Peu après sa publication, la déclaration a été décortiquée par le site web "Climate Feedback", derrière lequel on retrouve un réseau international de scientifiques et qui a été fondé dans le but de distinguer la réalité de la fiction dans le débat climatique. Ces scientifiques ont estimé que la crédibilité de la déclaration en question était " très faible ". Le document serait biaisé, inexact et trompeur.Restait donc à savoir qui sont ces 500 " scientifiques et professionnels " qui ont signé la déclaration. A la demande de l'International Fact-Checking-Network (IFCN), Knack a enquêté sur les 19 Belges qui ont signé la déclaration (la publication de l'ensemble des résultats suivra ultérieurement). Premier constat : aucun des signataires belges n'est climatologue. La "délégation" belge est composée d'universitaires (souvent retraités), d'(anciens) employés de l'industrie et d'éditorialistes de droite tels que le philosophe Drieu Godefridi ou le journaliste scientifique Jan Jacobs. Il est également frappant de constater que six d'entre eux ont déjà publié des articles sceptiques sur le climat sur le site d'opinion nationaliste et flamingant de droite Doorbraak.be. C'est aussi lui qui, le premier en Flandre, a annoncé la publication de la déclaration.Un autre des signataires belges est Rob Lemeire, un ingénieur civil et auteur pour Doorbraak qui était sur Lijst Dedecker il y a dix ans. Dans la déclaration, Lemeire agit en tant qu'"ambassadeur" belge. "Je travaille sur le climat depuis plus de dix ans", dit ainsi Lemeire, "et je connais beaucoup de gens qui sont critiques à ce sujet. J'étais donc logiquement l'une des personnes destinées à devenir ambassadeurs. J'ai relayé l'appel principalement par courriel. Les scientifiques intéressés ont ensuite signé le document de leur propre initiative."Lemeire le concède : il n'y avait pas de critères de sélection stricts pour signer le document. "Les signataires n'étaient certainement pas tous des scientifiques. Mais ce sont tous des gens qui y ont consacré beaucoup de temps. Au niveau international, il y a certainement des climatologues qui ont signé la charte. Et un géologue peut, bien entendu, aussi en savoir beaucoup sur le climat."Parmi les signataires ayant reçu une formation scientifique figurent un certain nombre de personnalités qui ont, ou avaient, des liens clairs avec l'industrie. L'un d'eux est Ferdinand Engelbeen, fondateur de De Chlorofielen (Les Chlorophiles), un groupe d'action qui a préconisé l'abolition d'une écotaxe sur les bouteilles de boissons en PVC dans les années 1990. Ont aussi signé signé, des scientifiques connus depuis longtemps comme étant climatosceptiques, tels que Samuele Furfari, professeur de géopolitique de l'énergie à l'ULB, Emiel Van Broekhoven, professeur émérite d'économie à l'UA, et Ferdinand Meeus, docteur en sciences et ancien employé de BASF.A première vue, il est étrange que Ferdinand Meeus ait signé cette déclaration, d'autant plus qu'il l'a fait en qualité de "Expert reviewer" pour le GIEC, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. C'est d'autant plus surprenant que ce même Giec est constamment critiqué par les climatosceptiques.D'ailleurs, personne ne sait ce que signifie exactement le titre d' "Expert reviewer". "Il n'y a pas de procédure pour devenir reviewer (examinateur) pour le GIEC ", explique ainsi Jean-Pascal van Ypersele, climatologue, physicien et ancien vice-président du GIEC. "Presque tous les scientifiques qui ont quelques publications scientifiques à leur actif peuvent se qualifier de reviewer du GIEC. L'objectif principal est d'attirer un large groupe de scientifiques. Plus le nombre de scientifiques est élevé, meilleurs sont les résultats et moins il y a de risques d'erreurs. Si nous n'autorisions que les climatologues, il y aurait trop peu d'examinateurs. Il y a cependant un inconvénient à cette approche : une petite minorité abusera de son statut d'examinateur pour redorer son CV."Le blog 'Climate Feedback' mentionné ci-dessus a indiqué que seulement une douzaine des quelque 500 signataires se qualifie de climatologues. Selon les initiateurs de la déclaration, cela n'enlève cependant rien à la crédibilité de cette dernière."D'un point de vue scientifique, le terme "climatologue" est un non-sens", déclare Guus Berkhout, professeur émérite de géophysique et l'une des forces motrices de la déclaration. "Le climat est l'un des systèmes les plus complexes auxquels l'humanité est confrontée. C'est pourquoi toute affirmation sur le climat qui suggère qu'il s'agit là d'une certitude est super-arrogante. C'est un système extraordinairement vaste et aux multiples facettes, de sorte qu'il faut un large panel de disciplines scientifiques pour avoir la moindre chance de le comprendre."Berkhout rejette également la critique selon laquelle il s'agit d'une initiative plus politique que scientifique. "Nous voulons que le plus grand nombre possible de personnes figurent sur notre liste, peu importe qu'elles viennent de gauche ou de droite."Guus Berkhout voit grand. Plus tôt cette année, le Néerlandais a fondé Climate Intelligence (Clintel), une fondation qui a immédiatement reçu un demi-million d'euros du magnat néerlandais de l'immobilier Niek Sandmann. Rapidement, Berkhout songe à étendre l'initiative à l'international. "L'idée d'une coopération européenne est née lorsque j'ai vu qu'un certain nombre de pays européens, indépendamment les uns des autres, avaient lancé une campagne de pétition destinée à leurs gouvernements nationaux. Parce que la politique climatique est principalement déterminée par l'UE, j'ai estimé qu'il était nécessaire de développer une vision européenne. C'est dans cet esprit que j'ai rédigé un texte et que j'ai tâté le terrain auprès de mes collègues. La réponse ne s'est pas fait attendre, à tel point que les réactions sont venues du monde entier. Devant un tel afflux international, j'ai décidé d'élargir le spectre de la déclaration et d'en faire une Déclaration mondiale sur le climat."Dans la foulée, Berkhout and Co. ont prévu deux conférences de presse pour vendredi, l'une à Rome et l'autre à Oslo. "Je vais y annoncer la mise en place d'un Global Climate Intelligence Group (" Global CLINTEL Group "), un projet de collaboration de scientifiques de renom. Nous voulons qu'il soit clair que la recherche sur le climat et la politique climatique doivent se faire de manière fondamentalement différente."