En février 2021, l'application WhatsApp avait annoncé que ses utilisateurs seraient obligés d'accepter que certaines de leurs données personnelles soient partagées avec le groupe Facebook, maison-mère de l'application. Cette annonce a provoqué un tollé qui a retardé de trois mois la mise en place des nouvelles conditions d'utilisation.

Faciliter le partage de données

Mis en place dès demain, le transfert de données permettra à WhatsApp de gérer de façon plus globale la monétisation de services proposés par des entreprises via Facebook. "Par exemple, l'application va pouvoir connecter l'entreprise qui fait de la publicité à l'utilisateur ciblé, et ainsi, faciliter le chemin vers un achat" indique Jeoffrey Vigneron, avocat chez Lawgitec. Via cette mise en relation l'entreprise vendeuse aura ensuite accès à un panel de données.

Facebook possède au moins 5000 données pour nous définir. "Si quelqu'un veut se présenter, il le fera généralement en cinq ou dix points... Facebook possède 5000 points de référence" illustre l'avocat. Ces données concernent la façon dont l'utilisateur fait défiler les images, ses préférences, sa profession, ses habitudes alimentaires ou sexuelles, etc.

Et si on ne télécharge pas l'application ?

Il n'est pas nécessaire d'être un utilisateur actif de WhatsApp pour que certaines données personnelles soient transmises à Facebook.

Le RGPD est un règlement de protection des données, mais pour le professeur "c'est avant tout un règlement de protection de la vie privée des personnes à travers les données". Tout citoyen européen, où qu'il soit et quelle que soit l'application qu'il utilise est protégé par le RGPD. Mais le RGPD indique qu'il faut que la collecte des données soit minimale, expliquée dans les conditions générales et acceptée de manière éclairée. Le professeur pointe du doigt une zone grise, "toutes les données de tous vos contacts téléphoniques sont collectées, même celle de ceux qui ne possèdent pas WhatsApp". En acceptant les conditions d'utilisation de son application WhatsApp, un utilisateur les accepte donc implicitement pour tous ses contacts. "On n'est donc pas vraiment dans l'esprit initial du RGPD, il n'a pas été créé pour ça".

D'après l'avocat Jeoffrey Vigneron, "il faudrait être un juriste pour pouvoir comprendre clairement ces conditions d'utilisation". "Nous recevons des informations à votre sujet de la part d'autres utilisateurs. Par exemple, lorsque d'autres personnes que vous connaissez utilisent nos Services, elles peuvent nous communiquer votre numéro de téléphone, votre nom et d'autres informations (comme des informations issues de leur carnet d'adresses mobile), de la même manière que vous pouvez nous communiquer les leurs" indique WhatsApp dans sa Politique de confidentialité. D'un point de vue des fonctionnalités, Facebook pourra collecter davantage d'informations. Les données d'utilisation comme le contenu des messages ne sera pas accessible à Facebook, mais l'entreprise aura accès aux méta-informations, explique Jean-Michel Dricot, professeur de cybersécurité à l'école Polytechnique de Bruxelles. Par méta-informations, il comprend les communications, leur date, leur durée, leur heure et leur forme (vocale, écrite ou téléphonique) ; mais aussi à l'ensemble des numéros du carnet d'adresses personnel de l'utilisateur. Même chose pour les moyens de paiement, les achats en ligne, etc. "Il y a tout un ensemble d'informations collectées qui servent au profilage et à la vente de données à des boîtes tierces" conclut le professeur. Légalement parlant, c'est la personne qui partage son carnet d'adresse qui est responsable, ajoute Jeoffrey Vigneron.

Continuer d'utiliser l'application sans accepter les nouvelles conditions

WhatsApp est déjà la propriété de Facebook. En 2014, le groupe a racheté WhatsApp, son concurrent principal. Ce qui change avec ces nouvelles conditions d'utilisation, c'est qu'elles sont obligatoires pour une utilisation pérenne de l'application.

L'utilisation de WhatsApp est régie par un système contractuel. Les conditions d'utilisation sont en fait un contrat entre l'utilisateur et l'entreprise. L'application promet une communication gratuite et libre et demande en échange une permission de collecte de données. "En fonction de l'acceptation des nouvelles conditions d'utilisation par l'utilisateur, les services proposés par WhatsApp vont diminuer progressivement", explique Jeoffrey Vigneron. Selon lui, en termes de transfert de données, rien ne sera plus "dramatique" qu'avant". Surtout si l'on couple l'utilisation de WhatsApp avec d'autres applications telles que Google, Facebook ou Instagram.

Un modèle économique problématique

Pour Jean-Michel Dricot, le modèle économique de Facebook est la revente de données de ses utilisateurs pour permettre la publicité ciblée : préférences, goûts, cercle d'amis... Ce qui inquiète le professeur, c'est que "Facebook a déjà prouvé plusieurs failles concernant la protection des données personnelles, notamment dans le scandale de le vente de données à Cambridge Analytica. "On part quand même d'un bout de la ficelle où cela n'a pas l'air dangereux à des atteintes à la démocratie" rappelle Jean-Michel Dricot. "On est face à une boite qui n'est pas rassurante face à la quantité de données qu'ils collectent."

Anaëlle Lucina

En février 2021, l'application WhatsApp avait annoncé que ses utilisateurs seraient obligés d'accepter que certaines de leurs données personnelles soient partagées avec le groupe Facebook, maison-mère de l'application. Cette annonce a provoqué un tollé qui a retardé de trois mois la mise en place des nouvelles conditions d'utilisation. Faciliter le partage de donnéesMis en place dès demain, le transfert de données permettra à WhatsApp de gérer de façon plus globale la monétisation de services proposés par des entreprises via Facebook. "Par exemple, l'application va pouvoir connecter l'entreprise qui fait de la publicité à l'utilisateur ciblé, et ainsi, faciliter le chemin vers un achat" indique Jeoffrey Vigneron, avocat chez Lawgitec. Via cette mise en relation l'entreprise vendeuse aura ensuite accès à un panel de données. Facebook possède au moins 5000 données pour nous définir. "Si quelqu'un veut se présenter, il le fera généralement en cinq ou dix points... Facebook possède 5000 points de référence" illustre l'avocat. Ces données concernent la façon dont l'utilisateur fait défiler les images, ses préférences, sa profession, ses habitudes alimentaires ou sexuelles, etc. Et si on ne télécharge pas l'application ?Il n'est pas nécessaire d'être un utilisateur actif de WhatsApp pour que certaines données personnelles soient transmises à Facebook. Le RGPD est un règlement de protection des données, mais pour le professeur "c'est avant tout un règlement de protection de la vie privée des personnes à travers les données". Tout citoyen européen, où qu'il soit et quelle que soit l'application qu'il utilise est protégé par le RGPD. Mais le RGPD indique qu'il faut que la collecte des données soit minimale, expliquée dans les conditions générales et acceptée de manière éclairée. Le professeur pointe du doigt une zone grise, "toutes les données de tous vos contacts téléphoniques sont collectées, même celle de ceux qui ne possèdent pas WhatsApp". En acceptant les conditions d'utilisation de son application WhatsApp, un utilisateur les accepte donc implicitement pour tous ses contacts. "On n'est donc pas vraiment dans l'esprit initial du RGPD, il n'a pas été créé pour ça".D'après l'avocat Jeoffrey Vigneron, "il faudrait être un juriste pour pouvoir comprendre clairement ces conditions d'utilisation". "Nous recevons des informations à votre sujet de la part d'autres utilisateurs. Par exemple, lorsque d'autres personnes que vous connaissez utilisent nos Services, elles peuvent nous communiquer votre numéro de téléphone, votre nom et d'autres informations (comme des informations issues de leur carnet d'adresses mobile), de la même manière que vous pouvez nous communiquer les leurs" indique WhatsApp dans sa Politique de confidentialité. D'un point de vue des fonctionnalités, Facebook pourra collecter davantage d'informations. Les données d'utilisation comme le contenu des messages ne sera pas accessible à Facebook, mais l'entreprise aura accès aux méta-informations, explique Jean-Michel Dricot, professeur de cybersécurité à l'école Polytechnique de Bruxelles. Par méta-informations, il comprend les communications, leur date, leur durée, leur heure et leur forme (vocale, écrite ou téléphonique) ; mais aussi à l'ensemble des numéros du carnet d'adresses personnel de l'utilisateur. Même chose pour les moyens de paiement, les achats en ligne, etc. "Il y a tout un ensemble d'informations collectées qui servent au profilage et à la vente de données à des boîtes tierces" conclut le professeur. Légalement parlant, c'est la personne qui partage son carnet d'adresse qui est responsable, ajoute Jeoffrey Vigneron.Continuer d'utiliser l'application sans accepter les nouvelles conditionsWhatsApp est déjà la propriété de Facebook. En 2014, le groupe a racheté WhatsApp, son concurrent principal. Ce qui change avec ces nouvelles conditions d'utilisation, c'est qu'elles sont obligatoires pour une utilisation pérenne de l'application. L'utilisation de WhatsApp est régie par un système contractuel. Les conditions d'utilisation sont en fait un contrat entre l'utilisateur et l'entreprise. L'application promet une communication gratuite et libre et demande en échange une permission de collecte de données. "En fonction de l'acceptation des nouvelles conditions d'utilisation par l'utilisateur, les services proposés par WhatsApp vont diminuer progressivement", explique Jeoffrey Vigneron. Selon lui, en termes de transfert de données, rien ne sera plus "dramatique" qu'avant". Surtout si l'on couple l'utilisation de WhatsApp avec d'autres applications telles que Google, Facebook ou Instagram. Un modèle économique problématiquePour Jean-Michel Dricot, le modèle économique de Facebook est la revente de données de ses utilisateurs pour permettre la publicité ciblée : préférences, goûts, cercle d'amis... Ce qui inquiète le professeur, c'est que "Facebook a déjà prouvé plusieurs failles concernant la protection des données personnelles, notamment dans le scandale de le vente de données à Cambridge Analytica. "On part quand même d'un bout de la ficelle où cela n'a pas l'air dangereux à des atteintes à la démocratie" rappelle Jean-Michel Dricot. "On est face à une boite qui n'est pas rassurante face à la quantité de données qu'ils collectent."Anaëlle Lucina