La STIB n'ira pas en appel contre la décision du tribunal du travail de Bruxelles. En début de ce mois, un arrêt estimait que le Société des transports bruxelloise avait fait preuve d'une double discrimination de genre et religieuse en écartant de deux fonctions une femme voilée. La STIB avait trente jours pour faire appel, ce ne sera donc pas le cas.
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La STIB n'ira pas en appel contre la décision du tribunal du travail de Bruxelles. En début de ce mois, un arrêt estimait que le Société des transports bruxelloise avait fait preuve d'une double discrimination de genre et religieuse en écartant de deux fonctions une femme voilée. La STIB avait trente jours pour faire appel, ce ne sera donc pas le cas.Le sujet va désormais déchirer le gouvernement bruxellois... et le PS.Le sujet devrait en effet atterrir sur la table du gouvernement régional de Rudi Vervoort (PS), où il risque de faire des vagues. C'est le commissaire du gouvernement à la STIB, un Open VLD, qui pourrait l'y amener. François De Smet, président de DeFI et membre de la majorité, estime que cette décision "est une atteinte à la neutralité et à l'autonomie de gestion de l'entreprise". Pour son parti, "le gouvernement bruxellois ne pourra pas éviter de s'emparer du dossier".Bernard Clerfayt, ministre bruxellois DeFI, avait précisément souligné lundi matin dans une interview sur LN24 que cette décision de justice ne pouvait pas être appelée à faire jurisprudence.La question du port du voile dans les administrations publiques et la question de la neutralité sont redevenus des dossiers ultra-sensibles sur le plan symbolique, singulièrement à Bruxelles: le sujet s'est réveillé depuis cette décision judiciaire.Ecolo, membre de la majorité bruxelloise, joue la carte du "libre choix des femmes", au risque d'exaspérer ses partenaires. Rajae Maouane, sa coprésidente, a fortement irrité certains socialistes en comparant lundi matin le combat pour le port du voile à celui... pour le droit à l'avortement, "un combat commun pour les minorités", disait-elle. "Il y a des parallélismes qui ne sont pas toujours très heureux, soulignait notamment le ministre socialiste... wallon, Christophe Collignon. Même si je respecte la liberté de culte de chacun, je ne considère pas que le voile est un élément émancipateur de la femme..."La même Rajae Maouane a salué la décision de la STIB de ne pas aller en appel. Selon elle: "un pas supplémentaire vers l'inclusion de plus de femmes sur le marché de l'emploi." Au passage, elle tague la ministre de tutelle de la STIB, Elke Van den Brandt (Groen)."Laisser les femmes travailler, c'est leur permettre d'être indépendantes", appuie Magali Plovie (Ecolo), présidente du parlement francophone bruxellois.Cette décision risque toutefois de provoquer, surtout, des secousses au sein du principal parti de la majorité bruxelloise. Et réveiller une fracture de plus en plus grande entre l'aile "communautariste" du parti, qui fait tout pour capturer un électorat d'origine étrangère très important dans la Région, que ce soit par opportunisme ou par conviction.Cette fracture remonte, en réalité, à l'automne 2019, quand Ahmed Laaouej (actuel chef de groupe PS à la Chambre et bourgmestre de Koekelberg) avait battu Rachid Madrane (actuel président du parlement bruxellois et ancien échevin à Etterbeek) pour la succession de Laurette Onkelinx à la tête de la fédération régionale bruxelloise. En substance, une aile a battu l'autre, Madrane s'inscrivant dans la tradition très laïque du parti, tout en étant proche de feu Philippe Moureaux, qui avait des pratiques plus communautaristes à Molenbeek..Depuis, les partisans d'un PS à l'histoire laïque s'étranglent chaque jour face à l'évolution de leur parti. "Si je devais voter à Bruxelles, je ne voterais plus PS", nous dit même un de ses fidèles partisans. Tout cela se joue, encore, en coulisses pour l'instant. Beaucoup trop, d'ailleurs, aux yeux de ces partisans déçus.L'attitude de Ridouane Chahid, chef de groupe au parlement bruxellois et bourgmestre faisant fonction d'Evere en remplacement de... Rudi Vervoort, irrite, singulièrement: l'homme indispose des collègues de son parti par une série d'expressions sur Facebook, notamment lors du Ramadan, selon des captures d'écran qui nous ont été envoyées. "Ma page n'est pas traduite en arabe, se défend-il. Et je ne me rappelle pas m'être mis en scène pendant le Ramadan. J'ai souhaité une bonne fête de fin de Ramadan tout comme j'ai souhaité une bonne Ascension."C'est précisément le chef de groupe qui a taclé DeFI dès lundi soir en tweetant, en guise de réplique à François De Smet: "Un peu comme à Actiris où le Ministre de l'époque (D. Gosuin) a jugé sage de ne pas interférer dans la décision des organes de gestions... de ne pas aller en appel."Une demi-vérité: Didier Gosuin était ministre DeFI lors de la précédente législature, il s'était toutefois insurger après la décision d'Actiris de ne pas aller en appel contre une décision judiciaire qui empêche l'administration d'interdire le port de signes convictionnels.Au PS, ce n'est peut-être que le début des divisions. En substance, disent les "laïcs", à quoi cela sert-il de courir après Ecolo sur ce sujet en y perdant son âme?Le CDH s'est déjà déchiré après des propos tranchés du député fédéral Georges Dallemagne, recadré par son président de parti. Le MR, lui, fait feu de tout bois sur cette question du foulard décidément explosive en jouant la carte de la neutralité, sans la moindre expression dissonante jusqu'ici.