Soyons de bon compte, depuis les élections du 26 mai 2019, l'image de notre classe politique n'est pas brillante. La capacité des partis à développer ensemble un projet pour l'avenir fait défaut et la gestion de la crise du coronavirus a été par moment chaotique. Mais le spectacle donné depuis ce week-end dépasse tout entendement. Alors que les élus se sont donné eux-mêmes un agenda strict pour enfin former un gouvernement d'ici le 1er octobre, leurs querelles d'enfants gâtés ont forcé le roi Philippe à taper du poing sur la table. Cela laissera des traces, à plus d'un titre, et voici pourquoi cette crise est la plus désastreuse de toutes.
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Soyons de bon compte, depuis les élections du 26 mai 2019, l'image de notre classe politique n'est pas brillante. La capacité des partis à développer ensemble un projet pour l'avenir fait défaut et la gestion de la crise du coronavirus a été par moment chaotique. Mais le spectacle donné depuis ce week-end dépasse tout entendement. Alors que les élus se sont donné eux-mêmes un agenda strict pour enfin former un gouvernement d'ici le 1er octobre, leurs querelles d'enfants gâtés ont forcé le roi Philippe à taper du poing sur la table. Cela laissera des traces, à plus d'un titre, et voici pourquoi cette crise est la plus désastreuse de toutes.Tout le monde était conscient que les sept partis appelés à composer la Vivaldi n'y allaient pas la fleur au fusil. Après les atermoiements du CD&V, jeudi dernier à la Chambre, les socialistes, les libéraux et les écologistes avaient toutefois donné l'image d'une certaine unité face à la rage nationaliste flamande. Le château de cartes s'est effondré et le "projet positif pour la Belgique" s'est évanoui sur d'improbables divergences. De fond: les libéraux s'insurgent face aux dérives "communistes" (sic) des autres partenaires. Et de forme: la sempiternelle querelle sur le casting et le poste de Premier ministre. Désormais, les observateurs constatent que "la seule chose qui unit les sept partis de la Vivaldi, c'est la peur des élections". Et on aurait bien peu d'arguments pour les contredire.Faut-il préciser que l'image même de la classe politique est entachée par ce spectacle digne d'une "cour de récréation", pour reprendre l'image utilisée lundi par l'éditorialiste Fabrice Grosfilley. Jeudi à la Chambre, le PTB Raoul Hedebouw raillait avec sa verve habituelle: "Vous parlez toujours des populistes, mais c'est vous les producteurs industriels de mécontentement des gens". C'est triste à écrire, mais voilà le sentiment provoqué par cette crise née de façon irrationnelle au moment où les partenaires devaient faire tout sauf se disputer. Quant à l'agenda, n'en parlons pas! Le possible dénouement de cette tragi-comédie pourrait survenir mercredi... le jour où un Conseil national de sécurité doit baliser le chemin des Belges face au rebond de l'épidémie de coronavirus: fâcheuse confrontation qui brouillera davantage encore le message.Si cette nouvelle crise a confirmé quelque chose, ce sont bien les dérives de la génération politique actuelle: une communication frénétique, des rapports personnels égotiques teintés de méfiance et une incapacité à saisir l'intérêt général. Comment expliquer autrement le fait que Georges-Louis Bouchez, président du MR, donne une interview fracassante attaquant ses partenaires à un moment délicat? Ou, selon l'ange de vue, que les autres présidents s'en saisissent pour lui faire payer tout ce qu'ils lui reprochent? Omniprésents dans les médias et sur les réseaux sociaux, ces politiques ne savent plus s'accorder un moment de silence pour conclure.Les partis de la Vivaldi, singulièrement les libéraux, auraient voulu donner des armes aux nationalistes flamands qu'ils n'auraient pas agi autrement. Bart De Wever, président de la N-VA, se réjouit à sa manière en affirmant qu'il va les "briser dans l'opposition". Montrer de telles faiblesses en public de la part de la Vivaldi est hallucinant alors que l'on parle de porter un projet précisément destiné à contrer les velléités autonomistes flamandes. De deux choses l'une, soit la Vivaldi voit le jour et risque effectivement d'être un long voyage compliqué vers un débat existentiel belge en 2024 - si elle tient jusque-là. Soit elle échoue et deux options apparaissent: un nouveau dialogue entre socialistes et nationalistes, ou des élections dont on ose imaginer le résultat avec une explosion des extrêmes, à droite au Nord, à gauche au Sud. Cela serait cher payer ces petits caprices indignes de nos représentants...