Charles Michel a tout le monde ou presque contre lui... Sauf les participants francophones au sondage organisé par Le Vif/L'Express durant le mois de mai : plus de 20 % d'entre eux considèrent le Premier ministre comme la personnalité politique belge actuelle la plus inspirante. Côté francophone, c'est une mauvaise nouvelle pour l'opposition au fédéral. En premier lieu pour le PS puisque, même en additionnant les scores d'Elio Di Rupo, de Laurette Onkelinx et de Paul Magnette, on n'atteint pas un chiffre à même d'inquiéter le locataire du "16". Les lecteurs flamands de Knack, eux, s'inspirent en premier lieu de Bart De Wever, grand patron de la N-VA. D'autres piliers du gouvernement, jadis controversés, comme Theo Francken ou l'ultrapopulaire Maggie De Block se portent plutôt bien dans ce classement.
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Charles Michel a tout le monde ou presque contre lui... Sauf les participants francophones au sondage organisé par Le Vif/L'Express durant le mois de mai : plus de 20 % d'entre eux considèrent le Premier ministre comme la personnalité politique belge actuelle la plus inspirante. Côté francophone, c'est une mauvaise nouvelle pour l'opposition au fédéral. En premier lieu pour le PS puisque, même en additionnant les scores d'Elio Di Rupo, de Laurette Onkelinx et de Paul Magnette, on n'atteint pas un chiffre à même d'inquiéter le locataire du "16". Les lecteurs flamands de Knack, eux, s'inspirent en premier lieu de Bart De Wever, grand patron de la N-VA. D'autres piliers du gouvernement, jadis controversés, comme Theo Francken ou l'ultrapopulaire Maggie De Block se portent plutôt bien dans ce classement."Face aux contre-propositions en matière de personnification du pouvoir, Charles Michel ne semble pas avoir beaucoup de soucis à se faire, si on se base uniquement sur ces résultats", relève Nicolas Baygert, maître de conférences à l'ULB. Autre avis, celui du psychologue politique Pascal de Sutter : "En temps de crise, on se rattache au pouvoir et à la personne qui le symbolise, en l'occurrence Charles Michel ou Bart De Wever." Pas étonnant, dès lors, de se retrouver devant un ranking aussi préoccupant pour d'autres formations comme DéFi, le CDH ou Ecolo - les leaders y apparaissent relativement bas - qui ne proposent pas de figures d'opposition performantes, contrairement au PTB et à son trublion de porte-parole, Raoul Hedebouw. "C'est un choix assez significatif parce qu'il propose une utopie, un peu comme le fait, au nord, De Wever, avec pour l'un, un monde à refaire, pour l'autre, une Flandre à rendre indépendante", renchérit Pascal de Sutter. "Cela vient confirmer sa stature de "bon client", avec un PTB boosté par une figure charismatique ayant parfaitement intégré les codes de la médiatisation et dont le capital sympathie maintient la formation d'extrême gauche dans une dynamique positive, ajoute Nicolas Baygert. Raoul Hedebouw inspire davantage qu'Elio Di Rupo qui, comme ex-Premier, n'incarne plus ce projet de société alternatif de gauche au "gouvernement MR - N-VA", comme les socialistes aiment le nommer.""En temps de crise, les personnes dont le discours est plus lisse sont moins sollicitées, d'où une certaine lassitude aussi à l'égard de personnalités comme Elio Di Rupo, par exemple", constate, pour sa part, Pascal de Sutter. Dans le paysage politique flamand, la figure inspirante de l'opposition, c'est Kristof Calvo, de Groen. "A moins de 30 ans, il incarne cette défiance avec brio, surtout auprès du jeune électorat, là où Ecolo n'a pas réussi à s'imposer", relève Nicolas Baygert. En Flandre toujours, c'est une personnalité politique locale comme Daniël Termont, bourgmestre Sp.a de Gand, qui, plutôt qu'une autre figure de la gauche, symbolise l'alternative au modèle sociétal cher à la N-VA de Bart De Wever. "Il s'inscrit dans une conception locale, urbaine, d'un projet politique avec pignon sur rue, contrastant ainsi avec la cuisine interne des partis."Esprit de dérision, quand tu nous tiens... En matière culturelle, c'est Pierre Kroll qui inspire le plus les lecteurs du Vif avec 24,8 %, dépassant Stromae qui n'arrive qu'en deuxième position. " Par-delà ses talents de caricaturiste, Kroll incarne le bon sens populaire, relève Nicolas Baygert. Mais le classement reflète également, de manière plus générale, la carence francophone en matière de leaders d'opinion issus du monde culturel. Tandis que les francophones misent encore et toujours sur des valeurs sûres et consensuelles tels Amélie Nothomb, Philippe Geluck ou les frères Dardenne, les Flamands plébiscitent des figures plus audacieuses, des intellectuels engagés, à l'instar de David Van Reybrouck, questionnant régulièrement les fondements de notre démocratie." Est-ce le signe d'une population en quête de sens ? C'est un homme d'église qui recueille le plus de suffrages francophones dans la catégorie "société" : avec 23 %, le professeur, prêtre, théologien et écrivain Gabriel Ringlet arrive en tête. "C'est tout à fait troublant, d'autant qu'il ne fait pas l'actualité, analyse Pascal de Sutter. C'est le choix d'un retour vers le spirituel, plus que vers la foi, en mettant en avant une vision spiritualiste, plus inspirante, en mettant en avant une série de valeurs universelles derrière lesquelles les francophones peuvent se retrouver. Cela montre le besoin d'un questionnement personnel, d'un dépassement de soi d'une partie importante de la société." Mais comme les voies du Seigneur sont impénétrables, c'est vers l'irrévérence que se tourne aussi une partie de nos lecteurs, en plébiscitant celle qui fait tordre de rire la France qui se lève tôt, Charline Vanhoenacker. "Ce qui confirme la bonne santé de l'infotainment", explique encore Nicolas Baygert. Quand le sud se tourne vers la religion, les lecteurs néerlandophones font appel à un philosophe laïque, en mettant en avant, avec près de 30 % des suffrages, le philosophe Etienne Vermeersch. "Entre les deux "démocraties", pour reprendre les termes de Bart De Wever, même si on parlera plutôt de deux médiasphères culturelles, la différence majeure se situe au niveau des BV - les Bekende Vlamingen - un phénomène qui marche à plein tube. Ce star système fonctionnant en vase clos, puisque limité à la Flandre, participe au renouvellement périodique des leaders d'opinion. Il n'y a pas d'équivalent côté francophone où la spirale du succès continue de vous propulser naturellement dans "la cour des grands", à Paris, comme le montre l'exemple de Charline Vanhoenacker", indique Nicolas Baygert. Et d'ajouter : "Ces résultats doivent nous interroger sur la dynamique de notoriété en vigueur, dans la mesure où il existe quantité de chercheurs, de penseurs brillants repris dans cette liste, mais qui ne parviennent pas à percer le mur de l'indifférence." "Enfin un signe de reprise économique en Wallonie", pourrait-on ironiser comme le bavard recteur de la KUL, Rik Torfs. Mais c'est bien Eric Domb, le patron du parc Pairi Daiza, qui est mis en avant par les lecteurs du Vif/L'Express, avec 33,2 % des suffrages. Sa success story, incontestable, s'avère un modèle du genre pour les sondés francophones. Qui mettent en avant des marques belges fortes : la CEO de Proximus, Dominique Leroy, avec 18 %, est deuxième, suivie par l'inoxydable Albert Frère (13 %). "Paradoxalement, en mettant en avant des figures mythiques, comme Albert Frère, les francophones se révèlent conservateurs au niveau de leurs acquis, sans proposer de choses innovantes, surprenantes, étonnantes. On préfère ce que l'on connaît déjà : maintien de la Belgique, maintien des avantages sociaux. La population francophone incarne ainsi ce maintien d'un statu quo, en étant plus inspirée par des personnalités qui symbolisent des valeurs sures, un peu éternelles", analyse Pascal de Sutter. Si le redressement économique passe par le panda ou Albert Frère en Wallonie, il est incarné pour 27,6 % des lecteurs de Knack par les chaussures puisque c'est Wouter Torfs, CEO de la chaîne de magasins du même nom, qui est plébiscité au nord du pays. Hormis la première place du tennisman David Goffin qui vient donner un peu de fraîcheur dans le classement sportif (21,6 %), les lecteurs plébiscitent les valeurs sûres du sport belge. D'abord, les Diables Rouges à travers la figure de leur coach, Marc Wilmots (16,2 %), le préférant à Eden Hazard (9,5 %) ou à Vincent Kompany (6,2 %). Précision : le sondage a eu lieu avant le début de l'Euro de foot... Puis, avec la présence légèrement surannée d'Eddy Merckx (10,7 %). "En l'absence de star système propre à la Wallonie et à Bruxelles, les "peoples" faisant l'unanimité restent liés à quelques séquences glorieuses que connut la Belgique, comme Merckx, Justine Henin ou Jacky Ickx, voire Marc Wilmots en "parrain" putatif des Diables Rouges", constate Nicolas Baygert. Les néerlandophones font davantage preuve d'audace et de modernité : c'est Marieke Vervoort, la sportive handisport, spécialiste du sprint en fauteuil et triple championne du monde 2015 sur 100, 200 et 400 mètres qui gravit la première marche du podium avec 25,6 % des suffrages.L'enquête, organisée avec Inspiring people Powered by Renault espace, a eu lieu du 5 au 20 mai dernier, sur levif.be et knack.be Le questionnaire a été rempli par 2 225 néerlandophones et 1 463 francophones.