Quand la question migratoire rencontre celle des violences policières à Paris, sur fond d'intimidations à l'égard de la presse, cela peut provoquer un cocktail explosif. Surtout quand se greffe à tout cela une loi française sur la "sécurité globale" visant à réduire la possibilité de filmer les policiers en intervention pour jeter ensuite leur nom en pâture. Les images du démantèlement d'un camp de réfugiés, lundi soir au centre de la capitale française, ont provoqué une nuée de réaction, tant elles montrent des évacuations sans ménagement et des journalistes matraqués.
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Quand la question migratoire rencontre celle des violences policières à Paris, sur fond d'intimidations à l'égard de la presse, cela peut provoquer un cocktail explosif. Surtout quand se greffe à tout cela une loi française sur la "sécurité globale" visant à réduire la possibilité de filmer les policiers en intervention pour jeter ensuite leur nom en pâture. Les images du démantèlement d'un camp de réfugiés, lundi soir au centre de la capitale française, ont provoqué une nuée de réaction, tant elles montrent des évacuations sans ménagement et des journalistes matraqués. Le débat est sensible, délicat, il n'est pas manichéen, mais il fait l'objet d'une polarisation féroce. Les critiques sont vives à l'égard du président français Emmanuel Macron et, surtout, de son ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Dans la foulée des Gilets jaunes et de l'affaire Floyd aux Etats-Unis, le sujet des violences policières continue aussi à provoquer des remous en Belgique, où le nouveau ministre de l'intérieur, Vincent Van Quickenborne (Open VLD) promet la "tolérance zéro" à l'encontre de ceux qui s'en prennent aux policiers.Chez nos voisins, depuis les manifestations des Gilets jaunes, le contexte est extrêmement tendu entre opposants, policiers et journalistes faisant souvent un travail de dénonciation en direct. La "mise à sac", à plusieurs reprises ces dernières années, du centre de Paris et d'autres grandes villes, accompagnés d'interventions policières de plus en plus dures, ont induit une pression maximale sur l'exécutif français. Plusieurs décès suspects, provoqué par les forces de l'ordre, ont exacerbé les confrontations, tandis que les policiers dénoncent un climat de plus en plus hostile à leur égard.Lundi soir, plusieurs centaines de migrants ont installé un campement illégal de tentes au centre de Paris, après avoir déjà été évacués la semaine dernière dans la banlieue. Les images montrent les policiers sortir des réfugiés de leur tente sans ménagement et des évacuations à l'aide de gaz lacrymogènes. Des journalistes, dont le vidéaste Rémy Buisine (Brut), ont été plaqués au sol, matraqués ou sermonnés. "L'Etat donne de lui-même un spectacle lamentable", a commenté auprès de l'AFP Ian Brossat, adjoint de la mairie de Paris (gérée par la socialiste AnneHidalogo) en charge notamment de l'accueil des réfugiés, lui-même pris dans une nasse policière et empêché d'en sortir... à une rue de l'Hôtel de Ville. "Il y a une réponse policière à une situation sociale. On n'en sortira qu'à la condition de trouver pour ces personnes des solutions d'hébergement", a-t-il ajouté.Cette séquence intervient dans un contexte particulièrement délicat sur le plan politique: la loi de "sécurité globale" du gouvernement français entend précisément limiter la possibilité de diffuser des images de policiers en intervention, après des abus en tosui genres. La presse s'en indigne, en dépit des messages rassurants du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin... qui avait précisément rencontré ses représentants pour les rassurer, quelques heures auparavant.Suite à la diffusion des images, lundi soir, le ministre de l'Intérieur a publié ce message: "Certaines images de la dispersion du campement illicite de migrants place de la République sont choquantes. Je viens de demander un rapport circonstancié sur la réalité des faits au Préfet de police d'ici demain midi. Je prendrai des décisions dès sa réception." Rapidement, de nombreux internautes ont mis en évidence... l'importance de permettre la prise d'images, poursuivant le bras de fer sur la "sécurité globale". "Un ministre de l'Intérieur qui tient les propos qu'il nous a tenu ce soir à Paris et qui encourage telle répression policière par sa politique d'impunité doit se retirer", clame le Liégeois Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes.Dans l'opposition, le philosophe et député européen Raphaël Glucksmann s'en prend directement au président Emmanuel Macron: "'Renouer avec la France humaniste', disiez-vous en 2017. C'est cela votre définition de la 'France humaniste'?"En Belgique, la question des violences policières avait également défrayé la chronique dans la foulée de l'affaire Floyd aux Etats-Unis, en lien avec l'affaire Chovanec, du nom de ce citoyen slovaque mort à l'aéroport de Charleroi. Ces dernières semaines, ce sont toutefois des violences commises à l'encontre de policiers qui ont suscité des réactions politiques, singulièrement dans les rangs libéraux.Le ministre de l'Intérieur, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), a confirmé ce mardi matin sur Radio 1 qu'une circulaire instaurant la "tolérance zéro" et une procédure accélérée pour les violences commises à l'encontre de la police avait été préparée en concertation avec les parquets. La circulaire prévoit des poursuites systématiques afin de lutter "contre l'impunité" dès qu'un jour d'incapacité de travail est accordé. Les poursuites suivront une procédure accélérée.