Parce qu'exposer l'intime sur la place publique demande une force incroyable. Parce que pour résister à un probable backlash sur les réseaux ou des représailles professionnelles exige d'être solidement armée. Parce que parler, c'est être cataloguée victime, sans plus aucun autre qualificatif. Parce que notre pays est si petit. Pour ces raisons et d'autres encore, aucun raz-de-marée #MeToo n'a déferlé sur la Belgique francophone. La parole semble toujours muselée. Publiquement, du moins. Car entre elles, les femmes parlent, comme ...

Parce qu'exposer l'intime sur la place publique demande une force incroyable. Parce que pour résister à un probable backlash sur les réseaux ou des représailles professionnelles exige d'être solidement armée. Parce que parler, c'est être cataloguée victime, sans plus aucun autre qualificatif. Parce que notre pays est si petit. Pour ces raisons et d'autres encore, aucun raz-de-marée #MeToo n'a déferlé sur la Belgique francophone. La parole semble toujours muselée. Publiquement, du moins. Car entre elles, les femmes parlent, comme elles ont toujours parlé. "Evite celui-ci." "Fais attention à celui-là." Et depuis peu aussi, elles le font au sein d'associations. C'est une avancée notable. A pointer et soutenir. Sans pour autant qu'elle soit suffisante. Car aujourd'hui, d'autres questions émergent. Quand la parole se libère, où arrive-t-elle? Qui l'entend? Qu'en fait-on? Ces questions doivent nous interpeller profondément en tant que média. Avons-nous accordé suffisamment de place à cette parole? L'avons-nous fait intelligemment? Objectivement? Une introspection à mener les yeux rivés sur le dernier baromètre du Conseil supérieur de l'audiovisuel, qui épingle la sous-représentation des femmes dans la prise de parole en radio comme en télévision, avec l'analyse politique (8 fois sur 10), l'expertise (7 fois sur 10) et le questionnement d'ordre journalistique (6 fois sur 10), chasse gardée masculine. Ces questions devraient aussi faire bouger les lignes dans la composition des directions des rédactions, des théâtres, des entreprises où les femmes restent minoritaires, si pas absentes. Sans qu'un véritable contre-pouvoir ne puisse être exercé. Des questions qui doivent tout autant trouver un écho dans notre arsenal législatif. Pour que le sentiment d'impunité ne résulte plus d'une impunité avérée, que la prescription ne l'emporte plus sur la mémoire traumatique, que le harcèlement sur les réseaux ne soit plus considéré comme un délit de presse. Des questions qui doivent également atterrir dans les commissariats de police pour que les premiers interlocuteurs soient formés à l'écoute des victimes et à leur prise en charge. Des questions qui doivent faire évidemment partie intégrante de l'éducation. A l'école, comme à la maison. Pour ancrer les interdits "pas de relation sexuelle avec un enfant", "on n'a jamais le droit de harceler. Ni en rue, ni en ligne" et rendre incontournables le consentement et le respect. Pour qu'après la parole et l'écoute, on passe enfin aux actes.