...

"On a un panier plein de bonnes pommes. Seules quelques-unes sont pourries. Il suffit d'enlever ces dernières." La citation a déjà servi pour expliquer la situation policière à Anvers. Mais celle-ci ne suffit pourtant plus pour l'affaire de violences policières qui secoue Anvers depuis quelques jours. Bien sûr, les suspects dans cette affaire doivent pouvoir bénéficier de la présomption d'innocence. Une présomption d'innocence qui a pourtant tant de mal à s'imposer de Coxyde à Anvers lorsqu'elle concerne des réfugiés ou des suspects dans des histoires de piscine. Sauf qu'à la lumière de cette dernière affaire, la police d'Anvers, et sa très dure politique de droite, ne peut désormais plus ignorer deux criants problèmes. Le premier, c'est que la communication éclaire de Bart De Wever (N-VA) n'apporte rien de bon. À première vue cela semble correspondre tactiquement à la terminologie standard du parti : malin, ouvert et honnête. Sauf, qu'en filigrane, on sent pointer le ton autoritaire. A Anvers, on n'aime pas trop les regards indiscrets. Du coup, l'enquête sera menée en interne, par les services de police de la ville. De quoi éviter les baffes. Le tout avec l'aimable autorisation du parquet, mais en totale opposition aux directives du ministre de la Justice. Une décision qui risque pourtant de lui revenir en pleine figure, comme un boomerang. Tant ce sont justement les policiers honnêtes et appliqués d'Anvers - et d'ailleurs - qui ont tout à gagner à avoir une enquête qui ne laisse pas le moindre doute quant à un supposé clientélisme. Avec cette enquête, Anvers est pointé du doigt jusqu'aux États-Unis. Un pays que Bart De Wever aime pourtant tellement citer en exemple. Même là-bas, Obama a tiré les leçons des dangers que représente une militarisation des policiers et de leurs méthodes. Une autre voie était pourtant possible. Les services du comité P n'ont pas seulement une mission d'observation, ils peuvent aussi être appelés pour des enquêtes criminelles. Qu'importe si leur nombre a baissé de façon drastique de 592 en 2005 à 113 en 2014. Transférer l'enquête au Comité P., et pourquoi pas directement au parquet fédéral, serait un signe d'ouverture. Dans ce cas-là seulement on serait face à un politique responsable qui pourrait s'exclamer "Ja, wir schaffen das." (oui, nous pouvons le faire, en allemand NDLR)Le deuxième est que tout ceci n'est que la chronique d'une tragédie annoncée. Pour le rendre plus compréhensible dans l'anversois du bourgmestre De Wever: quod erat demonstrandum. On sentait venir la bande de cowboys. Dans la foulée d'autres incidents policiers teintés de racisme, j'ai rappelé dans l'émission Terzake du 14 décembre 2015 que: "Les politiques doivent être conscients de l'impact de leur message sur les policiers. Ou autrement dit : 'when you pay peanuts, you get monkeys'. Lorsqu'on parle un langage de justicier, on obtient des Rambo. Tous les responsables qui surfent sur la vague sécuritaire doivent comprendre que la société ne peut être transformée en une "citée de la matraque". Le discours qui encense la "forteresse Europe" mène à la création de bastion urbain et à un retour au moyen-âge des droits civils et des fonctions de police. Ce qui se serait passé à Anvers ne doit pas surprendre. Cela ne sort pas de nulle part et s'est construit à partir d'une histoire à laquelle nous avons nous-mêmes contribué. On fait peur à la population qui en réaction demande et obtient des Rambo parmi les différents corps de police. Dans le très succinct communiqué de presse du chef de corps Serge Muyters, il n'y avait déjà plus de place pour les victimes. Il a visiblement comme ambition de faire lui-même le ménage. C'est pourtant cette technique dite du Kärcher, tristement célèbre en France sous Sarkozy, qui crée des problèmes à cette même police.