En année électorale, janvier est traditionnellement un mois crucial, qui préfigure la confection des futures majorités. En 2014, par exemple, c'est le 20 de ce mois-là que Charles Michel et Wouter Beke, présidents du MR et du CD&V, avaient annoncé la constitution d'un axe commun, lors d'une interview conjointe. Ce lien s'était finalement avéré décisif quelques mois plus tard, pour créer la coalition suédoise fédérale liant CD&V, libéraux et N-VA. Cinq ans plus tard, le contexte n'a guère changé. " La relation de confiance entre Charles Michel et Wouter Beke est toujours aussi forte, autant que celle nous liant avec les libéraux flamands ", précise-t-on aujourd'hui au sommet du MR. Ce trio, dont le destin reste lié dans le cadre du gouvernement minoritaire en affaires courantes, est resté inébranlable, en dépit de la crise qui a fait chuter la suédoise, fin de l'année dernière. Et il compte bien rester l'épine dorsale de la future coalition fédérale, au lendemain des élections du 26 mai prochain. Reste à savoir avec qui...
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En année électorale, janvier est traditionnellement un mois crucial, qui préfigure la confection des futures majorités. En 2014, par exemple, c'est le 20 de ce mois-là que Charles Michel et Wouter Beke, présidents du MR et du CD&V, avaient annoncé la constitution d'un axe commun, lors d'une interview conjointe. Ce lien s'était finalement avéré décisif quelques mois plus tard, pour créer la coalition suédoise fédérale liant CD&V, libéraux et N-VA. Cinq ans plus tard, le contexte n'a guère changé. " La relation de confiance entre Charles Michel et Wouter Beke est toujours aussi forte, autant que celle nous liant avec les libéraux flamands ", précise-t-on aujourd'hui au sommet du MR. Ce trio, dont le destin reste lié dans le cadre du gouvernement minoritaire en affaires courantes, est resté inébranlable, en dépit de la crise qui a fait chuter la suédoise, fin de l'année dernière. Et il compte bien rester l'épine dorsale de la future coalition fédérale, au lendemain des élections du 26 mai prochain. Reste à savoir avec qui... Cap sur la Flandre, où tout pourrait se décider. Une brise insistante évoque la naissance d'un nouvel axe privilégié entre libéraux, sociaux-chrétiens et écologistes, susceptible de faire contrepoids à la N-VA et former l'ossature de futures majorités. Crédible ? " Il existe effectivement un axe bleu-vert de plus en plus apparent en Flandre, confirme Carl Devos, politologue à l'université de Gand. Il est à l'oeuvre dans plusieurs villes, à Malines, à Gand ou à Ostende. Cet axe repose sur un électorat assez semblable entre les deux partis, baptisé "bourgeoisie Bionade", du nom de cette boisson bio à la mode : ce sont des gens éduqués, urbains, ouverts, cosmopolites... " Kristof Calvo, chef de file Groen à la Chambre, incarne ce profil à la lisière des deux partis, inspiré par le modèle néerlandais de D66. " Ce parti libéral de gauche aux Pays-Bas a toujours fasciné le monde politique flamand, déjà du temps de Guy Verhofstadt ", souligne Carl Devos. Le jeune feu follet de Groen forme à Malines un duo très soudé avec Bart Somers (Open VLD), désigné il y a deux ans " meilleur bourgmestre du monde " par la City Mayors Foundation. Meyrem Almaci, présidente des écologistes flamands, a, elle aussi, affirmé, fin décembre dernier au site d'informations Newsmonkey, qu'elle souhaitait effectivement former un " moteur " avec les libéraux et qu'elle travaillerait bien avec le CD&V. Tandis que Wouter Beke (CD&V) s'interrogeait : " Comment la N-VA pourra- t-elle encore former des coalitions du côté francophone ? " CQFD ? " Ce prétendu rapprochement est une rumeur colportée par la N-VA pour provoquer de l'inquiétude auprès de ses électeurs et préserver leur vote, estime un MR. Il n'y a pas grand monde en Flandre pour croire que la N-VA pourrait être contournable. " " C'est peut-être une information véhiculée par la N-VA, rétorque un écologiste francophone. Mais ce n'est pas incompatible avec le fait qu'il y a vraiment une réflexion pour envisager une coalition sans N-VA. Cela passe forcément par le CD&V et l'Open VLD. " Et pour tout dire, on suit cette éventualité de très près au sud du pays. En guise de riposte, il existe, en Flandre, une autre " entente " étonnante, forgée de la formation de la majorité à Anvers, entre nationalistes et socialistes flamands. " Bart De Wever, président de la N-VA et bourgmestre de la ville, a beaucoup apprécié le comportement du SP.A, analyse Carl Devos. Les deux formations présentent des électorats au profil assez similaire - moins éduqués, plus âgés... -et partagent un discours ferme en matière d'immigration et de sécurité. Pour la N-VA, ce rapprochement est aussi une façon de dire au CD&V qu'elle peut se passer de lui. " Un scénario possible après le scrutin, dans quatre mois pile ? La N-VA, premier parti au nord, précipiterait les choses, comme l'avait fait le PS il y a cinq ans en Wallonie et à Bruxelles, et composerait une majorité régionale avec le SP.A. Avant d'exiger le confédéralisme lors de la négociation fédérale. Au sud, le PS pourrait être tenté de composer les majorités " les plus progressistes possibles ", selon les voeux de son président, Elio Di Rupo. Une source de blocage. " La N-VA ne voudra jamais d'un gouvernement avec le PS, sauf à exiger le confédéralisme ", confirme le politologue gantois. Dans les rangs libéraux francophones, on s'amuse en grimaçant à la vue de ce nouveau " jeu de théâtre " PS/N-VA pour se nourrir l'un l'autre. En route vers la Wallonie et Bruxelles, où bleus et verts sont loin de former le même moteur qu'au nord du pays. Mais où la réalité flamande pourrait avoir un grand impact, confirment nos interlocuteurs. La nomination attendue de Maxime Prévot à la tête du CDH ouvre, en outre, bien des portes. A Namur, ce dernier dirige une jamaïcaine orange-bleue-verte : il peut renouer des contacts avec les verts, difficiles ces derniers temps. Et il va remettre de l'eau dans le vin des relations entre CDH et CD&V, malmenées par le refus du CDH de rejoindre la coalition fédérale avec la N-VA, en 2014. De quoi confirmer une alternative sans N-VA ? " Mais Maxime Prévot peut aussi rétablir les ponts entre CDH et PS, s'inquiète ce libéral. Paul Magnette a prévenu qu'il ne négocierait plus avec Benoît Lutgen à la suite de sa trahison wallonne de juin 2017. Son successeur pourrait servir d'appoint à l'axe N-VA - PS, que l'on voit émerger. Croyez-moi, si les socialistes peuvent nous rejeter dans l'opposition, ils n'hésiteront pas. " Le futur président du CDH ne ferme, il est vrai, pas complètement la porte à une alliance avec la N-VA. Même s'il précise que ce n'est pas son premier choix. " Un rapprochement MR - Ecolo me semble effectivement plus compliqué du côté francophone qu'en Flandre, bien que ce soit loin d'être impossible, analyse le politologue Jean-Benoit Pilet (ULB). Une jamaïcaine me paraît davantage acceptable par les écologistes au niveau communal qu'au niveau fédéral ou régional, a fortiori dans un contexte de scandales. Il serait très difficile à faire accepter par la base écologiste en assemblée générale, surtout à Bruxelles. Notre enquête réalisée à la sortie des urnes, le jour des élections communales d'octobre dernier, montre en effet que l'électorat écologiste se situe très à gauche de l'échiquier politique (Le Vif/L'Express du 10 janvier). " La formation du prochain gouvernement fédéral promet toutefois d'être très longue et fastidieuse, notamment au vu du fossé Nord-Sud et des exigences de la N-VA. " Les résultats des élections devraient maintenir la N-VA à la première place en Flandre, confirmer la perte des partis traditionnels et indiquer une progression d'Ecolo - Groen, indique Jean-Benoit Pilet. Après de longs mois de blocage et d'exclusives de toutes sortes, le jeu devrait s'ouvrir et des coalitions inédites pourraient émerger. Il pourrait alors y avoir, par exemple, la naissance d'une quadripartite alliant les trois partis traditionnels et les écologistes, davantage acceptable par la base d'Ecolo. " Ce serait une coalition monstre pour faire barrage aux aspirations nationalistes et populistes venues du nord : ce scénario-là fait songer à celui qui avait vu le jour en 2011, après la crise des 541 jours, quand la tripartite dirigée par un certain Elio Di Rupo avait géré le pays, en marge d'une sixième réforme de l'Etat soutenue par les écologistes. Cette fois, cette " union nationale " serait nourrie par un ressentiment quasi généralisé à l'égard d'une N-VA accusée de populisme dans le dossier migratoire. Cela dit, certains ne prennent-ils pas leurs rêves pour des réalités ? Car la suédoise n'a pas dit son dernier mot, loin de là, en dépit de la crise sur le pacte migratoire. " Malgré les spéculations, je pense toujours que la reconduction de cette coalition est l'hypothèse la plus probable au fédéral, pour autant qu'elle soit mathématiquement possible, estime le politologue Carl Devos. Les blessures de la crise pourraient être effacées si Bart De Wever devenait ministre-président flamand et Theo Francken, ministre flamand de l'Enseignement. Alors, un Michel II me semble possible. " " Nous aurions aimé aller jusqu'au bout de la législature, mais cette crise ne change pas fondamentalement la donne, semble-t-on confirmer au MR. Il reste deux grandes hypothèses : soit celle de la commedia dell'arte PS - N-VA, avec un blocage de longue durée à la clé, soit la poursuite de cet axe de responsabilités que nous constituons avec l'Open VLD et le CD&V. Il faudra bien sûr être attentif au score d'Ecolo - Groen, mais il ne faut pas l'exagérer : en Wallonie, lors des dernières communales, on ne pouvait pas parler d'une vague verte généralisée. Et il reste du temps pour démonter le caractère creux de certains discours d'Ecolo. " Les libéraux francophones se disent même soulagés pour la campagne électorale : ils ont pris leurs responsabilités, en défendant la vision multilatérale de la Belgique sur le pacte sur les migrations de l'ONU, et ne pourront plus être accusés d'être le " paillasson de la N-VA ". Sur le mode de : " Nous avons choisi le pays, pas la coalition. " Une suédoise II avec les mêmes, plus le CDH, reste donc en ligne de mire. En laissant le communautaire de côté et en obtenant des garanties sur le respect des engagements de la Belgique. Charles Michel resterait dans la short list des candidats Premier ministre, même si le N-VA Jan Jambon a annoncé sa candidature - pour la forme, car l'absence de pendant du côté francophone lui laisse peu de chances. " Un Michel II ? Bien sûr que c'est envisageable, soupire un des représentants de l'actuelle majorité, exaspéré par l'attitude récente de la N-VA. Les partis sont des animaux sans vergogne... "