C'est un petit coin de Lettonie niché en terre de Flandre-Occidentale. Avec sa ruche de bronze constellée d'abeilles plaqué or, bien en vue au milieu d'une esplanade herbeuse, ainsi perchée sur une colonne de couleur blanche. L'endroit respire la quiétude, à peine troublée par le léger bourdonnement que laisse échapper l'oeuvre d'art. Tout est devenu letton dans ce quartier de Zedelgem - 22 000 habitants -, jusqu'au nom attribué à la place, "Briviba" ou "Liberté". Rapport à la liberté dont furent privés des dizaines de milliers de soldats au sortir de la Seconde Guerre mondiale, pour s'être battus dans les rangs des armées du IIIe Reich. Zedelgem a accueilli son lo...

C'est un petit coin de Lettonie niché en terre de Flandre-Occidentale. Avec sa ruche de bronze constellée d'abeilles plaqué or, bien en vue au milieu d'une esplanade herbeuse, ainsi perchée sur une colonne de couleur blanche. L'endroit respire la quiétude, à peine troublée par le léger bourdonnement que laisse échapper l'oeuvre d'art. Tout est devenu letton dans ce quartier de Zedelgem - 22 000 habitants -, jusqu'au nom attribué à la place, "Briviba" ou "Liberté". Rapport à la liberté dont furent privés des dizaines de milliers de soldats au sortir de la Seconde Guerre mondiale, pour s'être battus dans les rangs des armées du IIIe Reich. Zedelgem a accueilli son lot de prisonniers dans son vaste camp érigé au lieu-dit Vloethemveld. Parmi eux, près de 12 000 Lettons, détenus là de 1945 à 1946. Pareille épreuve méritait bien l'aménagement d'un lieu en leur mémoire et l'érection d'un monument en leur souvenir, ont fini par juger les autorités communales. Voeu exaucé en septembre 2018, sans faire de bruit ni d'histoire. Or, il se pourrait bien que la ruche renferme une vérité passée sous silence, moins reluisante que la version sobrement rapportée par la plaquette explicative "de jeunes hommes lettons recrutés par l'armée allemande pour se battre contre l'armée soviétique". Il n'est pas du tout impossible que nombre d'entre eux aient volontairement porté la sinistre livrée de la Waffen-SS, mués en croisés de la lutte contre le bolchevisme. Il ne peut être formellement exclu que leur conduite à l'égard des populations civiles et des prisonniers de guerre sur le front de l'Est ait parfois relevé de crimes de guerre. Pas forcément du genre à sentir bon le sable chaud, ces légionnaires venus du froid aujourd'hui symbolisés par d'inoffensives abeilles. La question ne s'est pas posée et ne l'a pas été. Jusqu'à ce que le lièvre soit levé depuis la Wallonie par un fouineur des traces de la Seconde Guerre mondiale et que le sang de Wilfred Burie, secrétaire général de l'association Belgians Remember Them, ne fasse qu'un tour. Et que, mis au parfum, le député fédéral André Flahaut (PS) ne monte au front, une déclaration du Conseil de l'Europe à la main, stipulant que "toute tentative pour commémorer les personnes qui ont combattu dans la Waffen-SS et collaboré avec les nazis doit être condamnée. Tout rassemblement ou marche légitimant d'une quelconque manière le nazisme doit être interdit." C'est bien assez, juge l'élu socialiste et traqueur de tout ce qui banalise le passé nazi, pour justifier l'ouverture d'une instruction judiciaire sur fond d' "imprudence et crédulité" dans le chef des autorités de Zedelgem. Un choc pour la majorité CD&V-Nieuw, chagrinée par le procès qui lui est ainsi intenté, indignée qu'on puisse douter de sa fibre patriotique et lui prêter d'autres intentions que de vouloir entretenir la flamme de la liberté universelle, punt aan de lijn. C'est aussi faire injure à un investissement de vingt ans consenti par un habitant de Zedelgem pour que le camp de prisonniers ne tombe jamais dans l'oubli et pour que l'hommage solennellement rendu à ses pensionnaires lettons ait pu enfin advenir. Car sans Pol Denys, point de ruche du souvenir. Un engagement qu'il combine avec un mandat de conseiller communal. Vlaams Belang...