Sander Loones aime la Vlaamse kust. Ayant posé ses valises dans la station balnéaire de Koksijde, ce député N-VA s'y est découvert une passion: la chasse à la couronne. Pas n'importe laquelle, la couronne de Belgique, semblable à celle qu'est censé porter tout roi qui se respecte. C'est le long des quais, sur les pavillons nationaux réglementairement arborés à la poupe des bateaux de plaisance que cette fine lame du nationalisme flamand traque la présence du royal attribut. Et pour tout dire, il la trouve à ce point envahissante qu'elle en devient dérangeante.
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Sander Loones aime la Vlaamse kust. Ayant posé ses valises dans la station balnéaire de Koksijde, ce député N-VA s'y est découvert une passion: la chasse à la couronne. Pas n'importe laquelle, la couronne de Belgique, semblable à celle qu'est censé porter tout roi qui se respecte. C'est le long des quais, sur les pavillons nationaux réglementairement arborés à la poupe des bateaux de plaisance que cette fine lame du nationalisme flamand traque la présence du royal attribut. Et pour tout dire, il la trouve à ce point envahissante qu'elle en devient dérangeante. La tradition n'est plus ce qu'elle était, soupire Sander Loones: elle voulait que seul un navire à bord duquel le roi des Belges était un jour monté obtenait le privilège d'enrichir son pavillon tricolore de ce symbole monarchique. Mais ça, c'était avant que les choses ne dégénèrent, que le laisser-aller s'installe et qu'il soit permis à tout membre d'une association de yachting agréée, pour peu que l'envie lui en prenne, d'afficher "une couronne royale jaune dans le tiers supérieur de la laize (NDLR: bande de toile) noire". Un laxisme "atypique dans le monde nautique", déplore le chasseur. Faut pas rire avec les symboles auxquels celui qui fut un éphémère ministre de la Défense (27 jours au poste en 2018) dit attacher beaucoup d'importance. Il serait grand temps d'en revenir à l'essentiel, de recadrer l'usage de la couronne en réservant cet honneur aux membres de clubs nautiques labellisés royaux, moyennant une habilitation délivrée par le Palais. De prendre simplement exemple sur le royaume voisin des Pays-Bas. L'affaire a été jugée suffisamment sérieuse pour être portée, en commission parlementaire, à la connaissance du ministre fédéral de la mer du Nord prié de prendre attitude. Vincent Van Quickenborne (Open VLD) n'a pas cherché à nier les faits mais les a pimentés de l'inévitable grain de sel institutionnel. C'est que la sixième réforme de l'Etat est aussi passée par là, en privant le pouvoir fédéral de la compétence d'agréer les clubs nautiques pour la confier aux Régions. Non sans que l'on ait pensé à tout et que l'on ait veillé, par un arrêté royal de 2019, à bien dissocier reconnaissance des clubs et réglementation du pavillon sur laquelle le pouvoir régional n'a pas de prise. Moralité: clubs nautiques et plaisanciers restent libres de faire ou non usage de la couronne, que cela plaise ou non au ministre fédéré des Sports, le N-VA Ben Weyts pour la Flandre. "Sur ce point, nous sommes plus libéraux que les Pays-Bas", a convenu Mister Q., agréablement surpris ce 19 janvier: de voir ainsi un élu nationaliste flamand témoigner d'un intérêt si vif pour un usage respectueux du pavillon tricolore et de sa couronne de Belgique aura été une vraie découverte.Quant au chasseur reparti bredouille, dépité par cette impuissance avouée à juguler l'inflation galopante de couronnes fouettées par les embruns, il rebondit déjà sur un nouveau défi, mû par un nouvel espoir: oeuvrer à ce que le pavillon flamand soit hissé à la poupe. Bon vent.