Tenter d'en finir avec un monde de brutes, avec les insultes qui s'enchaînent, les menaces qui se succèdent, jusqu'aux coups qui pleuvent. Jusqu'à ce que, parfois, mort s'ensuive. Dix-sept meurtres de femmes victimes de leur (ex-)partenaire recensés en 2021, selon un macabre décompte opéré début septembre. Insupportable constat. Sarah Schlitz (Ecolo), secrétaire d'Etat fédérale à l'Egalité des genres et des chances, déclare la guerre totale à la violence conjugale. A ceci près que le monopole de la lutte lui échappe. Et que le plan d'action national de lutte contre la violence basée sur le genre sur lequel elle planche et qui se veut une stratégie d'ici à 2025, n...

Tenter d'en finir avec un monde de brutes, avec les insultes qui s'enchaînent, les menaces qui se succèdent, jusqu'aux coups qui pleuvent. Jusqu'à ce que, parfois, mort s'ensuive. Dix-sept meurtres de femmes victimes de leur (ex-)partenaire recensés en 2021, selon un macabre décompte opéré début septembre. Insupportable constat. Sarah Schlitz (Ecolo), secrétaire d'Etat fédérale à l'Egalité des genres et des chances, déclare la guerre totale à la violence conjugale. A ceci près que le monopole de la lutte lui échappe. Et que le plan d'action national de lutte contre la violence basée sur le genre sur lequel elle planche et qui se veut une stratégie d'ici à 2025, ne peut se soustraire au droit de regard pour approbation des Communautés, flamande et française. Or, il se fait qu'en Flandre, c'est une femme qui se dresse sur le chemin de Sarah Schlitz, et une femme déterminée à lui tenir tête. Zuhal Demir (N-VA), en charge des matières judiciaires au sein du gouvernement flamand, n'a pas du tout aimé la première version du plan. Sa lecture l'a même fort inquiétée. Pour sa tonalité jugée foncièrement "woke". Pour cette insistance à pointer "le poids des traditions patriarcales et culturelles et les stéréotypes liés au genre" et à tout ramener ainsi au produit de la domination masculine comme moteur d'une violence à sens unique puisque exercée par l'homme sur la femme et sans vice versa. Pour cette façon péremptoire d'affirmer "une omniprésence de la culture du viol dans la société, en particulier dans les milieux étudiants". De placer ainsi la moitié du genre humain du mauvais côté de la barrière, par principe, en vertu d'une logique du ressentiment. "Permettez-moi de vous dire que lire de telles choses dans un plan d'action m'inquiète beaucoup", a confié la ministre flamande de la Justice invitée à livrer le fond de sa pensée en commission parlementaire, "90% des actions retenues dans le plan sont uniquement ciblées sur la violence commise sur les femmes. Ce plan d'action national est très dangereux parce qu'il repose sur une exclusion", celle des hommes qui ne sont pas forcément voués à donner des coups mais qui peuvent aussi en recevoir. Refuser de prêter attention à cette minorité, "c'est renforcer le tabou des victimes masculines de violences liées au genre alors qu'il est déjà très difficile pour ces hommes d'admettre cet état". Il est écrit qu'avec Zuhal Demir, la Flandre ne restera pas indifférente à leur sort, à moins de manquer cruellement de sens de l'égalité des genres dans le soutien aux victimes. Oui mais alors, et le féminicide dans tout cela, que l'on cherche à définir avant peut-être de le criminaliser et d'en faire une pierre angulaire de la lutte contre la violence liée au genre? Très peu pour moi, rétorque Zuhal Demir. Qui juge cette façon de "placer un meurtre au-dessus d'un autre" peu correcte, parce que la question de la violence entre partenaires dépasse "le meurtre d'une femme parce qu'elle est une femme" mais peut aussi s'ancrer dans le drame de l'alcool et de la drogue. Rendez-vous fin novembre prochain pour terminer le dossier, avec l'espoir d'accorder d'ici là les partitions fédérale et flamande. Pour sûr, une conversation s'impose entre Sarah Schlitz et Zuhal Demir. De femme à femme.