C'est, dit-on, une spécialité bien ancrée au nord du pays. On y préfère souvent daller ou asphalter le devant de sa maison plutôt que l'aménager en un joli jardinet. La formule est bien pratique pour garer son voire ses auto(s) devant chez soi ou faire entrer proprement son voire ses véhicules dans le garage attenant. Commode aussi lorsqu'on veut s'épargner une corvée de jardinage le week-end.
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C'est, dit-on, une spécialité bien ancrée au nord du pays. On y préfère souvent daller ou asphalter le devant de sa maison plutôt que l'aménager en un joli jardinet. La formule est bien pratique pour garer son voire ses auto(s) devant chez soi ou faire entrer proprement son voire ses véhicules dans le garage attenant. Commode aussi lorsqu'on veut s'épargner une corvée de jardinage le week-end. Mais la manie a quelque chose de nuisible. Elle contribue de manière non négligeable à l'une de ces calamités dont la Flandre est accablée: le bétonnage qui ne fait pas du tout bon ménage avec la salutaire pénétration des eaux de pluie dans la terre, gage de reconstitution des nappes souterraines. Les experts s'en inquiètent, et depuis longtemps déjà: cette tendance lourde à endurcir le sol affecte 16% de la superficie de la Flandre. Le phénomène a triplé en quarante ans et continue de faire tache d'huile en grignotant l'équivalent de deux terrains de football chaque jour. La Flandre bétonne deux fois plus que la moyenne européenne, alors que le télétravail par temps de crise sanitaire décuplerait les décisions de convertir son espace en façade en aire privée de stationnement. Il serait grand temps de se débarrasser d'une mauvaise habitude acquise dans les années 1960 et 1970, en ces temps où la préservation de l'environnement et l'avenir du climat n'étaient encore que le cadet des soucis. Où cesser de martyriser la bonne vieille Terre à coup de pavés et de bitume effleurait à peine les esprits. Action. Fouettées par la lutte contre l'assèchement toujours plus préoccupant des sols, les autorités montrent les dents. A Lier, en province d'Anvers, c'est carrément crac dedans. Trente familles ont deux mois pour rendre à la terre meuble l'avant de leur habitation, faute d'avoir demandé le permis d'environnement ad hoc. A l'échelle régionale, Zuhal Demir (N-VA), ministre de l'Environnement, travaille à un cadre légal qui ambitionne de limiter drastiquement pavage et asphaltage des voies d'accès au seuil de la maison ou à la porte du garage. Pas question d'entrer dans l'ère de la prohibition, imposer un quota de 50% de matériaux en dur serait déjà un beau progrès. Terrain sensible, électoralement miné. On n'est pas loin de toucher au sacré, à la violation du droit de propriété, à la liberté de garer librement sa voiture sur son pré carré. Mieux vaut associer la carotte au bâton, joindre la main tendue à l'approche répressive. Notamment, et c'est envisagé, par l'octroi d'un soutien financier aux communes qui s'engageront dans ce courageux processus d'attendrissement du sol. Gagner l'adhésion du Flamand exigera aussi des trésors de persuasion, un solide travail de communication. Peut-être même de montrer l'exemple en invitant les autorités locales à se débarrasser de ces parkings bétonnés trop souvent aménagés devant les maisons communales. C'est ce que suggère ce député régional Open VLD, Steven Coenegrachts, inquiet devant l'ampleur du défi. "Le but ne peut être de mettre sur pied un système où des fonctionnaires iront contrôler les klinkers des allées." Un pavé, deux pavés, cent pavés...