Ô rage, ô désespoir. Chaque matin, l'école catholique flamande épluche toujours plus fébrilement le Moniteur belge. Toujours pas de décret en vue. Alors que l'heure tourne, que la prochaine rentrée scolaire se profile et que les délais pour contester la mise à exécution des volontés du ministre Ben Weyts (N-VA) deviennent chaque jour plus courts. La mini-guerre scolaire qui agite la Flandre depuis des mois a pris des allures de course contre la montre.
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Ô rage, ô désespoir. Chaque matin, l'école catholique flamande épluche toujours plus fébrilement le Moniteur belge. Toujours pas de décret en vue. Alors que l'heure tourne, que la prochaine rentrée scolaire se profile et que les délais pour contester la mise à exécution des volontés du ministre Ben Weyts (N-VA) deviennent chaque jour plus courts. La mini-guerre scolaire qui agite la Flandre depuis des mois a pris des allures de course contre la montre. L'enseignement catholique ne digère pas les nouveaux objectifs finaux fixés aux élèves des deuxième et troisième degrés du secondaire. Il les juge trop détaillés, trop intrusifs, nuisibles à la liberté pédagogique et à la sacro-sainte autonomie des établissements. Résolu à défendre son bout de gras, il lui tarde de frapper à la porte de la Cour constitutionnelle dans l'espoir qu'elle suspende, avant d'annuler, la réforme portée par le ministre de l'Enseignement et avalisée par le parlement flamand en février dernier. Pas moins de 107 directions d'écoles, 60% des établissements du réseau catholique, sont sur le sentier de la guerre scolaire. Ne leur manque pour déclencher les hostilités qu'une publication, celle du décret contesté dans le très officiel Bulletin des lois. Un passage obligé pour fonder tout recours juridique. Et comme soeur Anne, les cathos ne voient rien venir. C'est que la brique est à la... traduction. Dura lex sed lex: tout texte de loi, même lorsqu'il ne concerne qu'une communauté, se doit de paraître au Moniteur belge dans les langues nationales, et donc en français aussi. Six cents pages de dispositions légales à libeller dans la langue de Voltaire n'a rien d'un jeu d'enfant, le département de la Chancellerie à la Région flamande fait ce qu'il peut mais à l'impossible nul n'est tenu. Encore un peu de patience, c'est l'affaire de trois mois, vient d'apprendre la coupole de l'enseignement catholique. Catastrophe. Impossible dans ces conditions de saisir la Cour constitutionnelle avant le début des vacances d'été ni d'espérer que le différend puisse être tranché avant le 1er septembre et la rentrée programmée des classes. Il y a fort à parier que les nouvelles balises pédagogiques seront entrées en vigueur et qu'obtenir ensuite gain de cause auprès de la Cour ne fera que plonger l'enseignement dans l'embarras. Confusion assurée dans les classes, désarroi garanti chez les profs et haro sur le plaignant à qui l'on reprochera la belle pagaille.C'est pas du jeu, c'est pas fair-play. L'école catholique vient de mettre en demeure le gouvernement régional pour qu'après Pâques soit publié le décret, que la matière à recours soit ainsi donnée séance tenante et que cesse toute manoeuvre retardatrice. Car soupçon il y a et il pèse tout entier sur les épaules de Ben Weyts. "Je n'ose imaginer que quelqu'un soit à ce point cynique pour plonger délibérément l'enseignement dans le chaos", veut croire Lieven Boeve, le big boss du réseau catholique. Le ministre réfute bien sûr la malveillance qu'on lui prête, jure n'avoir aucune prise sur le processus de traduction en cours si ce n'est pour inviter à presser la cadence. Le règlement est le règlement. Et pour une fois que ce Moniteur belgicain et ses usages volontiers taxés d'un autre âge lui sont d'une quelconque utilité...