"Il y a de ces moments où le coeur d'un nationaliste flamand comme le mien se met à battre plus vite, ici dans cet hémicycle. Je pense que nous sommes à un moment historique, un de ces beaux moments comme nous pouvons en vivre au parlement flamand." Ainsi parla Axel Ronse en fin de séance plénière du 14 juillet de l'an de grâce 2021 alors que les têtes étaient déjà un peu ailleurs, tournées vers d'imminentes destinations estivales plus ou moins lointaines.
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"Il y a de ces moments où le coeur d'un nationaliste flamand comme le mien se met à battre plus vite, ici dans cet hémicycle. Je pense que nous sommes à un moment historique, un de ces beaux moments comme nous pouvons en vivre au parlement flamand." Ainsi parla Axel Ronse en fin de séance plénière du 14 juillet de l'an de grâce 2021 alors que les têtes étaient déjà un peu ailleurs, tournées vers d'imminentes destinations estivales plus ou moins lointaines. Mais qu'est-ce qui a donc bien pu mettre ce député N-VA tout juste quadra dans un tel émoi? L'adoption d'une résolution. D'une requête solennellement adressée par les élus du peuple flamand au pouvoir fédéral afin que celui-ci se décide enfin à adapter sa politique de l'emploi aux desiderata de la Flandre. Une bombe? En tout cas, un de ces actes politiques qu' Axel Ronse, "en toute modestie", a tenu à revêtir d'une appellation digne de le faire passer à la postérité. "Vu le consensus atteint sur cette résolution le 11 juillet, je la baptise résolution des Eperons d'or." Rapport à la mémorable bataille qui vit la chevalerie française mordre la poussière sous les murs de Courtrai sous les coups des milices communales flamandes, le 11 juillet 1302, jour de gloire converti depuis 1973 en jour de fête nationale par la Flandre. Devant tant de lyrisme, on se dit que l'on a forcément raté quelque chose d'historique en cette séance du 14 juillet 2021. Que ce pays, non content d'être déstabilisé par un féroce virus, accablé par de terribles inondations, est à la veille d'une révolution copernicienne que personne au nord, pas même les gazettes flamandes, n'a remarqué ou pris la peine de relever. C'est à n'y rien comprendre. La N-VA, elle, a compris. Compris que, de commun accord avec ses partenaires de coalition nordiste, CD&V et Open VLD, elle vient de donner au gouvernement flamand, par cette résolution, le prétexte, sinon de forcer la main à De Croo I (PS-Vooruit-MR-Open VLD-Ecolo-Groen-CD&V) au moins de pousser la Vivaldi à mettre en branle ce qu'elle a consigné dans l'accord de gouvernement fédéral: l'activation d'une politique asymétrique. Kekseksa? La possibilité d'exercer les compétences fédérales en fonction des besoins et des dynamiques propres à une Région ou une Communauté. En somme, du sur-mesure taillé par le fédéral pour le bonheur de la Flandre, de la Wallonie ou de Bruxelles, dans des domaines encore écartelés entre niveaux de pouvoir comme l'emploi et la santé. Avec ce mécanisme, nul besoin de passer par une scission formelle de compétences et, donc, par une prochaine et fastidieuse réforme de l'Etat. En route pour "une première étape vers une défédéralisation" sans chichis ni manières, salive Sander Loones, député fédéral N-VA. Ce trophée, la N-VA assure l'avoir arraché au PS lors de ses négociations postélectorales en 2019, avant qu'elle ne soit priée de ne pas embarquer dans l'esquif gouvernemental fédéral, lequel n'aurait pas osé renoncer à ce levier confédéraliste. Depuis, les nationalistes flamands s'épuisent à presser De Croo I d'oser passer de la parole à l'acte, hic et nunc. Sans succès jusqu'ici, le filon n'ayant pas encore reçu un début d'exploitation. La suite de l'histoire dira si, ce 14 juillet 2021, le petit coeur d'Axel Ronse aura eu raison de faire boum.