Ils sont jeunes, impatients de faire bouger les choses, avides de changer sinon le monde au moins la Flandre, et voilà qu'on les fauche dans leur premier élan. Maurits Vande Reyde (Open VLD) et Orry van de Wauwer (CD&V), parlementaires régionaux depuis mai 2019 à peine, ont déjà le coeur gros. La faute à une consigne imposée aux élus de la majorité, dont ils font partie, et qui leur interdit de jouer en solo si l'envie leur venait de prendre une initiative législative comme déposer une proposition de décret ou de résolution. Prière, avant de passer à l'acte, de se concerter avec les alliés du moment. C'est ce qu'ont formellement convenu sans l'ébruiter les partenai...

Ils sont jeunes, impatients de faire bouger les choses, avides de changer sinon le monde au moins la Flandre, et voilà qu'on les fauche dans leur premier élan. Maurits Vande Reyde (Open VLD) et Orry van de Wauwer (CD&V), parlementaires régionaux depuis mai 2019 à peine, ont déjà le coeur gros. La faute à une consigne imposée aux élus de la majorité, dont ils font partie, et qui leur interdit de jouer en solo si l'envie leur venait de prendre une initiative législative comme déposer une proposition de décret ou de résolution. Prière, avant de passer à l'acte, de se concerter avec les alliés du moment. C'est ce qu'ont formellement convenu sans l'ébruiter les partenaires N-VA - CD&V - Open VLD en portant sur les fonts baptismaux le gouvernement Jambon I. Les deux néophytes ont décidé de ne plus taire davantage ce zwijgakkoord, littéralement cet "accord de garder le silence" qui entrave leur liberté d'action. La révélation de son existence a déclenché son inévitable lot de commentaires éplorés et désabusés sur le triste sort réservé au représentant du peuple condamné, lorsqu'il appartient au camp majoritaire, à rester dans les clous. Pour sûr, la posture n'est pas des plus agréables et les plus jeunes au sein de l'assemblée sont les premiers à souffrir d'une lugubre kadaverdiscipline qui relève habituellement de l'obéissance aveugle en vigueur à l'armée ou au monastère. L'opposition, Groen et PVDA surtout, s'est naturellement étonnée. Et la majorité s'est évidemment étonnée que l'opposition puisse s'étonner. Après tout, il n'y a là rien de neuf sous l'immense verrière du parlement flamand puisque le gouvernement régional arc-en-ciel Agalev (aujourd'hui Groen), VU-ID (à présent grosso modo N-VA), SP (de nos jours SP.A) et VLD (devenu Open VLD) avait appliqué ce type de bâillon en 1999. Voilà qui ferait passer ce serrage de boulons pour une banalité. La brève passe d'armes à ce propos entre parlementaires minoritaires et majoritaires dans l'hémicycle flamand a été l'occasion pour le camp gouvernemental d'infliger une courte leçon de gouvernance démocratique. Ses chefs de groupe se sont fait un devoir de rappeler le b.a.-ba du parlementarisme au royaume de la particratie. " Zwijgakkoord est naturellement un terme affreux", a convenu le N-VA Wilfried Van Daele, raison pour laquelle le député s'est évertué à démontrer qu'il ne fallait y voir que la volonté louable de faire preuve d'efficacité dans l'action politique. Il ne s'agit, a enchaîné le CD&V Peter Van Rompuy, que d'une forme de "culture de la coopération" entre partenaires guidés par le souci de contrer toute nocive politique d'annonce dans la presse - chasse gardée du président de parti - et d'éviter l'étalage au grand jour de chamailleries inutiles. C'est la solution de bon sens, celle qui privilégie le résultat. Que veut le peuple? Rien d'autre. Pourquoi diable vouloir changer une formule qui a tant de fois fait ses preuves? Il n'est nullement interdit au député d'avoir des idées et même des opinions, le tout est de les faire valider avant de les exprimer afin de pouvoir s'assurer qu'il pense bien comme les autres passagers de l'esquif gouvernemental. Elementaire, mon cher parlementaire. Maurits et Orry ont enfin saisi.