C'est une espèce humaine depuis longtemps menacée, à présent officiellement vouée à extinction au nord de la frontière linguistique. Non pas victime précoce du réchauffement climatique et d'une inexorable montée des eaux, mais plus simplement de l'usure du temps et surtout des préceptes en usage aujourd'hui. A dater du 1er janvier 2023, les jours du fonctionnaire flamand nommé à vie, du moins jusqu'à la mise à la retraite, seront comptés. C'est par simple voie de communiqué que Bart Somers (Open VLD) a sonné le glas, une quasi veille de Jour des morts, sans susciter ni émoi ni remous. Sans que lui-même ne manifeste le moindre état d'âme ni l'once d'un r...

C'est une espèce humaine depuis longtemps menacée, à présent officiellement vouée à extinction au nord de la frontière linguistique. Non pas victime précoce du réchauffement climatique et d'une inexorable montée des eaux, mais plus simplement de l'usure du temps et surtout des préceptes en usage aujourd'hui. A dater du 1er janvier 2023, les jours du fonctionnaire flamand nommé à vie, du moins jusqu'à la mise à la retraite, seront comptés. C'est par simple voie de communiqué que Bart Somers (Open VLD) a sonné le glas, une quasi veille de Jour des morts, sans susciter ni émoi ni remous. Sans que lui-même ne manifeste le moindre état d'âme ni l'once d'un regret. Le ministre régional des Affaires intérieures n'est pas peu fier à l'idée de passer à la postérité pour avoir été le grand ordonnateur de la mutation qui doit faire pleinement entrer la puissance publique flamande dans l'ère de la modernité, l'immerger dans la culture de la performance, lui faire prendre définitivement conscience de sa mission exclusivement orientée client. Vingt mille statutaires, 18 000 contractuels, voisins sur le lieu de travail, souvent affectés aux mêmes tâches, et pourtant si différents par le statut: à l'avenir, le gouvernement flamand ne voudra plus voir qu'une seule tête dans les rangs de la fonction publique, et ce sera celle de l'agent contractuel. Il sera, à terme, l'unique visage d'une administration soulagée de cette pratique ancestrale de la nomination, jugée parfaitement archaïque car intenable dans un monde où la mobilité sur le marché du travail est la norme et la carrière toute tracée une incongruité. Il faut bien que l'employeur public se montre sexy s'il veut attirer le regard et s'adjoindre les services de "talents". Or ceux-là, c'est bien connu, ne sont pas du genre à raisonner en pantouflards, à se comporter en ronds-de-cuir, mais à carburer à la reconnaissance de leur mérite. Faut-il encore être de gauche pour penser et soutenir le contraire? C'est ce que l'opposition Vooruit (ex-SP.A) et PVDA (PTB) a appris à ses dépens en croisant le fer à ce sujet au parlement flamand avec Bart Somers. De ceux qui s'inquiètent et s'apitoient sur le sort de ces fonctionnaires titularisés qui sentent de moins en moins confusément à quel point ils gênent, le ministre de l'Intérieur a voulu les délivrer de leur "cécité dogmatique". "Nous divergeons fondamentalement sur ce qu'est un statut moderne du travail. Il est totalement dépassé de considérer que des gens pourvus de qualifications déterminées rejoignent un service, qu'ils y travaillent trente ans en étant nommés définitivement et qu'ils se retrouvent ainsi consolidés dans une seule et unique position." Rien ne peut ébranler la foi du libéral, pas même l'objection qu'un statut bétonné aurait la vertu d'immuniser contre toute forme de pression politique. Argument balayé d'un revers de la main, à l'heure de la protection des lanceurs d'alerte et de la religion des codes de déontologie. Et puis, a témoigné l'ex-bourgmestre de Malines, une protection statutaire n'a jamais entravé "la colonisation de l'administration" ni contrarié la docilité de fonctionnaires redevables de nominations souvent hautes en couleur politique.