Lors du débat budgétaire qui a duré plus de 30 heures, de longs échanges ont eu lieu sur les moyens que le gouvernement a prévu pour l'achat des vaccins contre le coronavirus. Le tableau indiquait les noms des fournisseurs, le nombre de doses ainsi que les prix.
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Lors du débat budgétaire qui a duré plus de 30 heures, de longs échanges ont eu lieu sur les moyens que le gouvernement a prévu pour l'achat des vaccins contre le coronavirus. Le tableau indiquait les noms des fournisseurs, le nombre de doses ainsi que les prix. Trop transparente Rappelée dans la soirée par la N-VA pour se justifier, Eva De Bleeker a admis avoir été trop transparente, estimant toutefois que "rien n'est mis en péril" par cette communication. "J'étais en train de dormir quand on m'a rappelée après avoir passé ici 26 à 27 heures de débats. Comme la discussion de poursuivait, j'ai voulu trancher une bonne fois pour toutes, peut-être un peu trop." La secrétaire d'Etat a retiré son tweet, en concertation avec le gouvernement. "Mon attitude ne mettra rien en péril. Ces vaccins viendront, l'argent est prévu. De la sorte, nous avions essayé de clarifier les choses afin qu'il n'y ait pas de panique sur le fait qu'il y a de l'argent ou pas", a-t-elle justifié précisant ne pas avoir la réponse sur les différences de prix affichés. "Ce n'est pas un tableau définitif officiel", a-t-elle encore précisé."C'est génial ! Remettez tout sur Twitter", a encouragé Raoul Hedebouw (PTB, opposition). "Pour nous, la réelle erreur, c'est d'avoir retiré ce message." Après son collègue communiste, François De Smet (DéFI) a, de son côté, appelé à une réflexion plus large sur la dépendance des Etats aux entreprises pharmaceutiques. Interrogé par Maxime Prévot (cdH) sur le nombre de doses prévues pour le vaccin Curevac, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (sp.a) a précisé 2,9 millions, et non 5 comme le laissait entendre le tableau publié par Mme De Bleeker.Sur le tableau brièvement publié sur Twitter, les prix affichés par dose s'élèvent à 1,78 euro pour le vaccin AstraZeneca, 8,50 dollars pour J&J (Johnson & Johnson), 7,56 euros pour Sanofi/GSK, 12 euros pour BioNTech/Pfizer, 10 euros pour Curevac et 18 dollars la dose pour le vaccin Moderna. Selon ce document, l'Etat belge a budgétisé 279.120.190 euros à cet effet.Miner les négociations Interrogée par le quotidien De Standaard dans le cadre de la campagne de la vaccination de l'UE, la Commissaire européenne à la Santé Stella Kyriakidou confirme que les contrats avec les entreprises pharmaceutiques incluent des clauses de confidentialité. "Aujourd'hui, nous avons un accord avec six entreprises, mais les deux autres sont toujours en cours de négociation. Divulguer d'autres contrats pourrait miner les négociations en cours." Julien Brabants, ancien responsable des relations gouvernementales auprès du géant pharmaceutique GlaxoSmith- Kline (GSK) déplore également le geste de la Secrétaire d'État. "Moi aussi je suis favorable à la transparence, mais c'est difficile de travailler avec un état qui ne respecte pas les conventions. Si quelque chose est confidentiel, c'est confidentiel, explique-t-il au Standaard.Il craint aussi que la bourde d'Eva De Bleeker ait des conséquences pour plus tard. Les états membres de l'UE ont plus de poids s'ils négocient ensemble de futurs contrats, mais alors tout le monde doit respecter les conventions. Petit pays, la Belgique a en effet tout intérêt à négocier dans un contexte européen.Walter Van Dyck, chercheur spécialisé en secteur pharmaceutique à la Vlerick Business School, partage son avis. "Mon enquête révèle qu'économiquement il est plus intelligent de garder le silence sur le prix des vaccins, car sinon ils deviennent plus chers", explique-t-il sur Radio 1. "Les vaccins sont des produits bon marché, il faut donc retirer les bénéfices de la quantité vendue. Il y a un nombre limité de producteurs qui doivent vendre un grand nombre de vaccins dans le monde entier pour faire des bénéfices. Il faut donc fixer des prix différents pour les pays riches et les pays pauvres. Si les pays riches savaient combien les pays pauvres paient pour leurs vaccins, ils exigeraient un prix plus bas. Et cela n'est pas possible", ajoute-t-il. Des questions justifiées et désagréables Pour le journaliste politique Ivan De Vadder, il s'agit d'une erreur d'une secrétaire d'État inexpérimentée qui aurait dû être soutenue par les cabinets de la Santé ou de la Justice, dont elle dépend. Il ne s'attend toutefois pas à des conséquences dramatiques pour la carrière de la secrétaire d'État, même si son geste continuera à la poursuivre. "Ce tableau n'aurait pas dû être aussi détaillé, un montant total aurait suffi. Et maintenant, tout le monde va poser des questions à ce sujet. Des questions justifiées et désagréables, que nous aurions dû éviter dans nos relations avec l'Union européenne", explique-t-il sur Radio 1.Pfizer confirme également que la secrétaire d'État au Budget Eva De Bleeker (Open Vld) avait brisé la clause de confidentialité avec son tweet sur les prix des vaccins contre la Covid-19. "Ces prix des vaccins sont confidentiels", a noté l'entreprise pharmaceutique.Entre-temps, le tableau a été repris un peu partout et même en Serbie :Vincent Van Quickenborne (Open VLD), ministre de la Justice, ne comprend pas le battage médiatique. "Les prix des vaccins étaient déjà dans la presse. Et les prix finaux négociés par l'Europe sont encore meilleurs. Alors, pourquoi ce buzz?", s'interroge-t-il sur Twitter.