"ça a été, ton confinement ?" C'est marrant, mais à chaque fois que cette question fut posée cet été (c'est-à-dire perpétuellement), il y fut répondu par des balades à vélo, des skypéros, des nouvelles poules, des expérimentations boulangères, des lavettes triées par couleur parce que toute la maison avait déjà été rangée de fond en comble... Mais jamais, pas une seule fois, quiconque n'a eu l'honnêteté d'un "super ! qu'est-ce que je me suis envoyé.e en l'air !"
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"ça a été, ton confinement ?" C'est marrant, mais à chaque fois que cette question fut posée cet été (c'est-à-dire perpétuellement), il y fut répondu par des balades à vélo, des skypéros, des nouvelles poules, des expérimentations boulangères, des lavettes triées par couleur parce que toute la maison avait déjà été rangée de fond en comble... Mais jamais, pas une seule fois, quiconque n'a eu l'honnêteté d'un "super ! qu'est-ce que je me suis envoyé.e en l'air !" Bande de petit.e.s coquin.e.s. Ça commence à se voir, de toute façon, la manière dont certaines soirées furent lubriquement occupées. Aux ventres de plus en plus arrondis que les consultations gynécologiques voient désormais affluer. Entre 10 et 15% de naissances supplémentaires sont attendues en décembre et janvier prochains, selon les maternités bruxelloises et wallonnes sondées par RTL-TVi. Les "bébés confinés", paraît qu'on les surnomme comme ça, chez les sages-femmes et les gynés. Mais comment seront-ils appelés, ces petits, une fois venus au monde ? Du nom du père, sans doute. Encore et toujours. En 2019, 87,7% des nouveau-nés ont porté le patronyme paternel uniquement, tandis que seuls 4,7% ont hérité de celui de leur mère (en fait, ça s'appelle un matronyme) et 7,1% des deux. Mais, dans 80% de ces cas, ce fut alors celui de monsieur qui eut l'honneur de la première place, la meilleure, celle susceptible de se transmettre à la génération suivante. Donc les femmes donnent leur ventre, leur vagin, leurs seins. Puis, le plus souvent, leurs nuits et bientôt leurs jours (coucou, les 43,6% de travailleuses à temps partiel, les inégalités ménagères!). Soit, en définitive, leur vie. Même lorsqu'elles la regrettent (1), elles n'abandonnent guère leur progéniture. Se barrer, se délester du bout de vie engendré pour mieux refaire la sienne reste une prérogative paternelle. Les mères donnent ainsi tout, sauf leur nom. Il y a cette amie qui justifie que le sien est trop moche (et par charité, il sera ici tu), une autre qui reconnaît n'avoir pas eu envie de se battre avec son compagnon, une troisième qui ne voit pas pourquoi elle changerait la tradition. C'est vrai qu'elle remonte au Moyen Age, cette inégalité-là. Avant, on s'appelait la "petite Jeanne" ou "Luc le charpentier". Ça suffisait à se reconnaître, mais pas à lever l'impôt. Alors, pour mieux faire payer, il fallut nommer. Et, jusqu'en 1976, la loi imposait à la femme de devoir obéissance à son mari, alors, qu'elle puisse léguer son matronyme ? LOL. En 1978, l'Europe (imitée un an plus tard par l'ONU) demandait pour la première fois à ses Etats membres de mettre fin à ce sexisme nominal. La Belgique ne s'est exécutée qu'en 2014 (trente-deux ans après la Suède, soit dit en passant). Et les femmes continuent de s'y soumettre volontairement. Paraît - des sociologues ont cogité là-dessus - que ce serait une compensation. La femme donne la vie, l'homme son patronyme. "Face à l'asymétrie naturelle dans la procréation, l'asymétrie culturelle père-mère dans la transmission du nom peut être vécue comme une façon d'égaliser les parents " (2). Sauf qu'en Espagne ou au Portugal, les deux noms s'accolent dans l'indifférence culturelle générale. Et les mecs n'y tombent pourtant pas en cloque pour "compenser". Cette théorie oublie sans doute qu'un ovule se trouve fort dépourvu si un spermatozoïde n'est pas venu. Deux dans la conception. Pourquoi pas deux dans la nomination ?(1) Les recherches avec les mots clés "regretting motherhood" ou "je regrette d'être mère" sont de plus en plus fréquentes, sur Google. (2) "La loi du genre", Le Monde, 23 mai 2013.