Victorine avait raté son bus, alors elle rentrait à pied. C'était un samedi, il y a pile un an ; elle avait passé l'après-midi à faire du shopping. Mais l'étudiante de 18 ans n'était jamais revenue. Pendant que sa famille alertait la gendarmerie de Villefontaine (près de Lyon), la jeune fille gisait dans un ruisseau. Sans pantalon. Couverte d'ecchymoses. Un gars qui faisait son footing - 25 ans, en couple et père d'un petit enfant - l'avait croisée, étranglée, noyée, juste après avoir tenté de la violer.
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Victorine avait raté son bus, alors elle rentrait à pied. C'était un samedi, il y a pile un an ; elle avait passé l'après-midi à faire du shopping. Mais l'étudiante de 18 ans n'était jamais revenue. Pendant que sa famille alertait la gendarmerie de Villefontaine (près de Lyon), la jeune fille gisait dans un ruisseau. Sans pantalon. Couverte d'ecchymoses. Un gars qui faisait son footing - 25 ans, en couple et père d'un petit enfant - l'avait croisée, étranglée, noyée, juste après avoir tenté de la violer. Comme de coutume désormais, la compassion, la colère, la tristesse s'étaient répandues sur les réseaux sociaux. Mais de l'empathie, Sami Haenen n'en avait pas éprouvé une once. Il avait la haine, le gars. La haine contre toutes ces femmes qui s'habillent comme des salopes puis qui viennent chouiner. Ouais, Victorine aussi, là, avec son... jeans et son sweat. "Personne n' a remarqué que cette fille avait une tenue provocante et le problème, il est là [...] Avant tout, un père doit apprendre à sa fille à s'habiller de manière décente et à ne pas sortir seule dehors." Sans doute fier de l'émoi qu'il provoquait depuis son ordinateur à Flémalle, le trentenaire sans emploi s'était chauffé dans ses commentaires. Les femmes, "ses ennemies", il leur ferait payer un jour leur "méchanceté". Puis il avait sorti sa batte de baseball et avait filmé "un message pour toutes les putes qui font les malignes, vous ouvrez vos bouches et moi je vous casse vos têtes". Quand sa vie sentimentale serait ratée "à cause d'elles", il pourrait bien devenir le "nouvel Elliot Rodger", l' Américain qui avait tué six personnes en Californie en 2014, parce qu'il détestait les femmes. Il se revendiquait des incel (célibataire involontaire), groupuscule masculiniste extrémiste réunissant des mecs frustrés de ne guère trouver de partenaire sexuelle. Et qui devraient peut-être méditer cette phrase de la journaliste française Maïa Mazaurette: "Que ceux qui se plaignent des mille rebuffades imposées par les femmes, toujours trop prudes, jamais assez disponibles, se posent la question: Suis-je baisable? Me baiserai-je?" Plus de 80 000 personnes (n'avaient-elles rien de mieux à faire?) avaient visionné les élucubrations de Sami Haenen. Les Femmes prévoyantes socialistes, dont le mur Facebook avait été le réceptacle de ces délires misogynes, avaient alerté la police, suivies d'Interpol (!). Pour une fois, de tels propos haineux avaient provoqué plus qu'un haussement d'épaules blasé en mode "on ne va quand même pas convoquer des jurés pour ça!?" Ben si. Sami Haenen (qui a déjà passé six mois à Lantin) sera jugé le 11 octobre prochain pour menace d'attentat et incitation à la haine et à la violence par le biais des réseaux sociaux. Une grande première: jamais un délit de presse en ligne n'avait été renvoyé devant les assises. Dans les médias, son avocat minimise déjà: sur Facebook, tellement de gens "se défoulent" qu'il ne faudrait pas trop encombrer la justice avec ça. Son client était "sous le coup de la colère", il n'avait "jamais réellement pensé ce qu'il avait écrit". Peut-être faudrait-il surtout ne pas penser à les écrire, ces propos boueux. Se rendre compte que nul ne publie dans le vide. En Suisse, dans l'esprit "la honte doit changer de camp", le compte Instagram 21heures.ch a eu une grande idée: repérer les commentaires fangeux et les publier accompagnés du nom et de la photo de profil de l'émetteur. Qui pour lancer une version belge?