"Sexiste, le Bitu?" (Le Soir, 29 avril dernier). "Sexisme, racisme? Les chants d'étudiants dans le viseur de l'UCLouvain" (RTBF, le 28 avril). "Les chants étudiants sont-ils sexistes?" (7sur7, le même jour). "Les chansonniers estudiantins doivent-ils être modifiés?" (Moustique, une semaine plus tôt). Mais sérieusement, pourquoi tous ces points d'interrogation, chers confrères et consoeurs? Se demander si La grosse bite à Dudule, Les femmes ça pue, Suce-moi le gland, La femme aux morpions ou encore C'est pas l'homme qui prend ta mère livrent une image dégradante de la gent féminine, c'est un peu comme s'interroger sur la rondeur de la Terre ou l'existence d'un virus chinois qui paralyse le monde.
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"Sexiste, le Bitu?" (Le Soir, 29 avril dernier). "Sexisme, racisme? Les chants d'étudiants dans le viseur de l'UCLouvain" (RTBF, le 28 avril). "Les chants étudiants sont-ils sexistes?" (7sur7, le même jour). "Les chansonniers estudiantins doivent-ils être modifiés?" (Moustique, une semaine plus tôt). Mais sérieusement, pourquoi tous ces points d'interrogation, chers confrères et consoeurs? Se demander si La grosse bite à Dudule, Les femmes ça pue, Suce-moi le gland, La femme aux morpions ou encore C'est pas l'homme qui prend ta mère livrent une image dégradante de la gent féminine, c'est un peu comme s'interroger sur la rondeur de la Terre ou l'existence d'un virus chinois qui paralyse le monde. Mais puisqu'il existe autant de platistes que de complotistes, il y en aura sans doute pour croire que ces ritournelles n'offensent en rien les demoiselles. Morceaux choisis: "et on s'en fout, des fem's qui n'ont pas de trou/on les aura quand même à la foreuse ou au marteau piqueur" (Cercle des sciences vétérinaires). "Enfin tout le village/par l'amour alléché/me fait un ramonage/dont je me souviendrai" (A la claire fontaine). "Tais-toi ma femme/Tais-toi tu m'fais chier/Dans la bonn' société est-ce ainsi qu' on se comporte? J'te fous mon pied au cul" (La femme du roulier). "Prends ta pine en main, mon cousin/Nous partons à la guerre/A la chasse aux putains" (La peau de couille). Y en a un peu plus, vous en voulez encore? Allez, voici Branle Charlotte, l'histoire d'une jeune fille qui se masturbait avec une carotte, "chaude du con faute d'avoir un vit". Mais, ô malheur, le légume dans son vagin se brisa. Moralité: "laissez là la carotte/préférez-lui le vit d'un beau garçon." "C'est cru, mais pas sexiste!" nous expliquait récemment un étudiant, peu conscient sans doute du message au fond véhiculé: que l'onanisme féminin est sale, honteux, accessoire. Mais soit! Passons encore. Le problème, c'est que le Bitu magnifique (UCLouvain) et Les Fleurs du mâle (ULB) véhiculent quasi exclusivement les mêmes clichés. Deux chercheuses du Mouvement pour l'égalité entre les femmes et les hommes avaient fait les comptes, en mars 2019: 61,8% des chants évoquent "le sexe, ou plutôt la sexualité masculine ou la vision masculine de la sexualité". Juste pour comparer, la bière et l'alcool ne sont évoqués que dans 17,6% des chansons... Et donc, cette "vision masculine de la sexualité" se résume ainsi, après lecture de nombreux textes: les femmes ne sont bonnes qu'à être baisées, par beaucoup et peu importe par quel trou. Puis si elles n'ont pas trop envie, suffit de les forcer un peu, hein, ce ne sont quand même que des vagins sur pattes. Mais gare aux morpions, ces salopes-là ne sont pas toujours très fraîches. Voilà. Etrangement, si 61,8% de ce chansonnier évoquaient systématiquement les membres insignifiants, les impuissants, les mous du gland, les précoces, les malhabiles, ceux qui ne trouveraient pas un clitoris même avec un plan ; si six paroles sur dix appelaient à sodomiser les mecs, de gré ou de force, y a fort à parier que tout le monde remarquerait très vite le problème. Ah, mais ma bonne dame! C'est la tradition! C'est ancien! C'était pour choquer les bourgeois! Ce ne sont que des mots! Sauf que le langage est performatif, constructeur d'une vision de la société. Mais, bien sûr, si ça ne dérange personne qu'une étudiante sur quatre soit confrontée à des violences sexuelles au cours de ses études supérieures, alors ne changeons rien. Et chantons! L' âme en paix?