Ca y est, le moment est arrivé: c'est le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes. L'occasion de mettre en évidence les inégalités et discriminations subies au quotidien - et non pas d'offrir des fleurs. "Nous avons opté pour l'outil de la grève parce que c'est quelque chose de fort d'arrêter le travail. Ca permet de montrer où les femmes sont nécessaires", explique Ruth Paluku-Atoka, membre du collectif. Ce dernier appelle les femmes à arrêter le travail mais aussi à la grève du soin aux autres, la grève de la consommation ou la grève étudiante. "Nous avons voulu inclure un maximum de personnes (...) afin de se battre pour les droits de toutes les femmes, dans leur pluralité", souligne-t-elle. "L'égalité entre les hommes et les femmes n'est clairement pas une réalité", insiste cette activiste. "Beaucoup de choses ne répondent pas à nos attentes. Par exemple, en tant que femme noire, je vais être confrontée à des difficultés à trouver du travail. Ou alors j'aurai un travail à temps partiel mais qui ne me suffit pas. Je devrai peut-être jongler avec plusieurs jobs", témoigne-t-elle. Cette première grève est notamment inspirée de celle organisée l'an dernier en Espagne et qui avait rencontré un franc succès.

Des femmes miment des triangles lors de la manifestation pour les droits des femmes le 8 mars 2018 à Bilbao en Espagne , Reuters
Des femmes miment des triangles lors de la manifestation pour les droits des femmes le 8 mars 2018 à Bilbao en Espagne © Reuters

"En Belgique et à l'international, on constate une réelle prise en considération de l'importance de cette journée (du 8 mars)", estime Tania Van Hemelryck, conseillère en politique de genres auprès du recteur de l'Université catholique de Louvain (UCLouvain). Des avancées ont été engrangées mais l'égalité n'est pas encore atteinte. "Il y a encore beaucoup de choses à faire, notamment en termes de lutte contre toute forme de violence, contre le sexisme ordinaire, contre le paternalisme bienveillant", détaille-t-elle. Cette conseillère en genre souligne que l'information et la sensibilisation aux droits des femmes doit aller bien au-delà de la journée du 8 mars. "La majorité de la population n'est pas assez sensibilisée aux discriminations dont sont victimes les femmes. Par exemple, beaucoup ne perçoivent pas la gravité d'appeler un féminicide un 'drame conjugal'. Tuer une femme, c'est un féminicide, ce n'est pas un drame", martèle Mme Hemelryck. À ce propos, l'ONG Amnesty International lancera d'ailleurs une pétition ce vendredi "appelant la Belgique à mieux respecter ses obligations liées à la Convention d'Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique, qu'elle a signée puis ratifiée en 2016".

Mme Hemelryck évoque également la "charge mentale invisible qui repose sur les femmes et que la société a intégrée. La femme reste en charge des soins, de la préparation des repas, des courses..." Faire grève permet de "symboliquement faire prendre conscience aux femmes de tout ce qu'elles font ou de tout ce qu'on les empêche de faire. Il existe un manque de prise de conscience aussi chez les femmes", selon la conseillère en genre de l'UCLouvain. "Se rendre compte qu'il reste du pain sur la planche, ne pas se dire que tout va bien, c'est déjà une étape", souligne-t-elle.

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Chercheuses, juristes, journalistes... L'appel à la grève totale traverse les secteurs

L' appel a trouvé un écho dans divers secteurs, qui dénoncent des discriminations spécifiques à leur quotidien. Qu'elles soient juristes, chercheuses, journalistes, elles ont répondu ces derniers jours à l'appel du Collecti.e.f à cette grève du travail salarié, mais aussi du soin aux autres, de la consommation ou étudiante. L'association Fem&Law, composée de femmes juristes et féministes, dénonce les inégalités vécues par les femmes juristes. Outre le fait de gagner moins, selon une étude du barreau de Bruxelles en 2017, elles sont également confrontées aux discriminations, comme lorsque "les avocates s'entendent dire qu'il faut se débrouiller avec le harcèlement et le sexisme pour faire carrière au barreau". "Nous avons toutes et tous tendance à considérer que c'est là l'ordre naturel des choses - parce que 'tout va mieux qu'avant' et que les hommes et les femmes sont différents", déplore Fem&Law, qui sera présente devant le palais de justice de Bruxelles ce vendredi à 08h00, pour sensibiliser aux droits des femmes.

Autre secteur, autre réalité: celle du monde de la recherche.

Une centaine de chercheuses de l'Université libre de Bruxelles entendent faire grève pour dénoncer un monde trop masculin ainsi qu'une compétition accrue davantage néfaste pour les femmes. "Nous sommes bien conscientes que nous ne sommes pas les plus à plaindre et que nous avons de la chance de pouvoir faire grève", souligne une membre du mouvement "Chercheuses en grève". Cependant, être chercheuse n'est pas tout rose. Il s'agit d'un monde compétitif, dans lequel les universités sont classées en fonction des publications de ses chercheurs. Elles recherchent la productivité avant tout "ce qui n'est pas vraiment favorable à la recherche", souligne cette gréviste. Les hommes en souffrent également mais "les femmes paient un prix plus fort car elles subissent d'autres discriminations". Les femmes sont également jugées moins crédibles. "A qualité de travail égale, on constate que les travaux réalisés par des hommes sont plus cités que ceux des femmes", indique cette chercheuse de l'ULB. Elles sont également confrontées "à la monopolisation de la parole par les hommes et un manque de reconnaissance quotidien". "Alors qu'elles sont majoritaires parmi les étudiants, les femmes sont toujours minoritaires dans les métiers de la recherche et de l'enseignement universitaire, surtout lorsqu'elles gravissent les échelons", souligne pour sa part Christine Frison, vice-président du corps scientifique (Corsci) de l'Université catholique de Louvain (UCLouvain). Le Corsci souhaite que les discriminations de genre soient rendues visibles au sein de l'université, afin d'oeuvrer à l'égalité. Il plaide aussi pour un meilleur accompagnement de la parentalité, en augmentant le nombre de places dans les crèches universitaires ou encore en proposant des activités extra-scolaires pour les enfants.

Les étudiantes de l'ULB seront également en grève

Elles dénoncent "le harcèlement sexuel durant les stages, les rapports de domination exacerbés par la position des professeurs, des maîtres de stage ou des promoteurs de mémoires et les préjugés et banalisation de stéréotypes sexistes et/ou racistes". Un piquet de grève non-bloquant sera installé à l'entrée du campus du Solbosch de l'ULB avant un rassemblement à 12h30 et le dépôt des revendications au rectorat de l'université. Le Corsci se rassemblera à 12h45.

Dans le monde du journalisme aussi, l'appel à la grève a trouvé un écho.

Une carte blanche a notamment été signée par plusieurs femmes journalistes belges, affirmant leur soutien au mouvement. Dans les médias, les discriminations sont une réalité, comme l'a confirmé une étude menée par l'Association des journalistes professionnels. En Belgique francophone, l'effectif journalistique n'est par exemple composé que de 35% de femmes. L'étude a aussi mis en lumière le harcèlement et le sexisme vécu au quotidien par certaines journalistes. La médiatisation des femmes pose aussi question, selon les signataires de cette carte blanche. "Les violences faites aux femmes sont encore minimisées lors de féminicides par des expressions comme 'drame conjugal' ou 'crime passionnel', qui renvoient au domaine du théâtre et à la pulsion incontrôlable plutôt qu'à la responsabilisation des hommes violents", soulignent-elles. "Les médias ne nous montrent que 9% d'expertes femmes", ajoutent-elles encore.

Le Collecti.e.f sera installé au Carrefour de l'Europe, dans le centre de Bruxelles, entre 9h00 et 17h00. À 14h00, il demandera de faire du bruit "pour faire entendre la voix des femmes". Une marche mondiale des femmes partira à 17h00 de la gare de Bruxelles-Central. Le Collecti.e.f espère un millier de manifestants.

Ca y est, le moment est arrivé: c'est le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes. L'occasion de mettre en évidence les inégalités et discriminations subies au quotidien - et non pas d'offrir des fleurs. "Nous avons opté pour l'outil de la grève parce que c'est quelque chose de fort d'arrêter le travail. Ca permet de montrer où les femmes sont nécessaires", explique Ruth Paluku-Atoka, membre du collectif. Ce dernier appelle les femmes à arrêter le travail mais aussi à la grève du soin aux autres, la grève de la consommation ou la grève étudiante. "Nous avons voulu inclure un maximum de personnes (...) afin de se battre pour les droits de toutes les femmes, dans leur pluralité", souligne-t-elle. "L'égalité entre les hommes et les femmes n'est clairement pas une réalité", insiste cette activiste. "Beaucoup de choses ne répondent pas à nos attentes. Par exemple, en tant que femme noire, je vais être confrontée à des difficultés à trouver du travail. Ou alors j'aurai un travail à temps partiel mais qui ne me suffit pas. Je devrai peut-être jongler avec plusieurs jobs", témoigne-t-elle. Cette première grève est notamment inspirée de celle organisée l'an dernier en Espagne et qui avait rencontré un franc succès. "En Belgique et à l'international, on constate une réelle prise en considération de l'importance de cette journée (du 8 mars)", estime Tania Van Hemelryck, conseillère en politique de genres auprès du recteur de l'Université catholique de Louvain (UCLouvain). Des avancées ont été engrangées mais l'égalité n'est pas encore atteinte. "Il y a encore beaucoup de choses à faire, notamment en termes de lutte contre toute forme de violence, contre le sexisme ordinaire, contre le paternalisme bienveillant", détaille-t-elle. Cette conseillère en genre souligne que l'information et la sensibilisation aux droits des femmes doit aller bien au-delà de la journée du 8 mars. "La majorité de la population n'est pas assez sensibilisée aux discriminations dont sont victimes les femmes. Par exemple, beaucoup ne perçoivent pas la gravité d'appeler un féminicide un 'drame conjugal'. Tuer une femme, c'est un féminicide, ce n'est pas un drame", martèle Mme Hemelryck. À ce propos, l'ONG Amnesty International lancera d'ailleurs une pétition ce vendredi "appelant la Belgique à mieux respecter ses obligations liées à la Convention d'Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique, qu'elle a signée puis ratifiée en 2016". Mme Hemelryck évoque également la "charge mentale invisible qui repose sur les femmes et que la société a intégrée. La femme reste en charge des soins, de la préparation des repas, des courses..." Faire grève permet de "symboliquement faire prendre conscience aux femmes de tout ce qu'elles font ou de tout ce qu'on les empêche de faire. Il existe un manque de prise de conscience aussi chez les femmes", selon la conseillère en genre de l'UCLouvain. "Se rendre compte qu'il reste du pain sur la planche, ne pas se dire que tout va bien, c'est déjà une étape", souligne-t-elle. L' appel a trouvé un écho dans divers secteurs, qui dénoncent des discriminations spécifiques à leur quotidien. Qu'elles soient juristes, chercheuses, journalistes, elles ont répondu ces derniers jours à l'appel du Collecti.e.f à cette grève du travail salarié, mais aussi du soin aux autres, de la consommation ou étudiante. L'association Fem&Law, composée de femmes juristes et féministes, dénonce les inégalités vécues par les femmes juristes. Outre le fait de gagner moins, selon une étude du barreau de Bruxelles en 2017, elles sont également confrontées aux discriminations, comme lorsque "les avocates s'entendent dire qu'il faut se débrouiller avec le harcèlement et le sexisme pour faire carrière au barreau". "Nous avons toutes et tous tendance à considérer que c'est là l'ordre naturel des choses - parce que 'tout va mieux qu'avant' et que les hommes et les femmes sont différents", déplore Fem&Law, qui sera présente devant le palais de justice de Bruxelles ce vendredi à 08h00, pour sensibiliser aux droits des femmes. Autre secteur, autre réalité: celle du monde de la recherche. Une centaine de chercheuses de l'Université libre de Bruxelles entendent faire grève pour dénoncer un monde trop masculin ainsi qu'une compétition accrue davantage néfaste pour les femmes. "Nous sommes bien conscientes que nous ne sommes pas les plus à plaindre et que nous avons de la chance de pouvoir faire grève", souligne une membre du mouvement "Chercheuses en grève". Cependant, être chercheuse n'est pas tout rose. Il s'agit d'un monde compétitif, dans lequel les universités sont classées en fonction des publications de ses chercheurs. Elles recherchent la productivité avant tout "ce qui n'est pas vraiment favorable à la recherche", souligne cette gréviste. Les hommes en souffrent également mais "les femmes paient un prix plus fort car elles subissent d'autres discriminations". Les femmes sont également jugées moins crédibles. "A qualité de travail égale, on constate que les travaux réalisés par des hommes sont plus cités que ceux des femmes", indique cette chercheuse de l'ULB. Elles sont également confrontées "à la monopolisation de la parole par les hommes et un manque de reconnaissance quotidien". "Alors qu'elles sont majoritaires parmi les étudiants, les femmes sont toujours minoritaires dans les métiers de la recherche et de l'enseignement universitaire, surtout lorsqu'elles gravissent les échelons", souligne pour sa part Christine Frison, vice-président du corps scientifique (Corsci) de l'Université catholique de Louvain (UCLouvain). Le Corsci souhaite que les discriminations de genre soient rendues visibles au sein de l'université, afin d'oeuvrer à l'égalité. Il plaide aussi pour un meilleur accompagnement de la parentalité, en augmentant le nombre de places dans les crèches universitaires ou encore en proposant des activités extra-scolaires pour les enfants. Les étudiantes de l'ULB seront également en grèveElles dénoncent "le harcèlement sexuel durant les stages, les rapports de domination exacerbés par la position des professeurs, des maîtres de stage ou des promoteurs de mémoires et les préjugés et banalisation de stéréotypes sexistes et/ou racistes". Un piquet de grève non-bloquant sera installé à l'entrée du campus du Solbosch de l'ULB avant un rassemblement à 12h30 et le dépôt des revendications au rectorat de l'université. Le Corsci se rassemblera à 12h45. Dans le monde du journalisme aussi, l'appel à la grève a trouvé un écho. Une carte blanche a notamment été signée par plusieurs femmes journalistes belges, affirmant leur soutien au mouvement. Dans les médias, les discriminations sont une réalité, comme l'a confirmé une étude menée par l'Association des journalistes professionnels. En Belgique francophone, l'effectif journalistique n'est par exemple composé que de 35% de femmes. L'étude a aussi mis en lumière le harcèlement et le sexisme vécu au quotidien par certaines journalistes. La médiatisation des femmes pose aussi question, selon les signataires de cette carte blanche. "Les violences faites aux femmes sont encore minimisées lors de féminicides par des expressions comme 'drame conjugal' ou 'crime passionnel', qui renvoient au domaine du théâtre et à la pulsion incontrôlable plutôt qu'à la responsabilisation des hommes violents", soulignent-elles. "Les médias ne nous montrent que 9% d'expertes femmes", ajoutent-elles encore.