Conçu par des hommes, pour des hommes. A leurs débuts, les ingénieurs d'Apple n'avaient peut-être pas davantage programmé la recherche de tampons ou d'une cup menstruelle. Pas plus que ceux de Google n'envisagent toujours que les femmes puissent penser à autre chose qu'à la calvitie, à la barbe, aux hommes aux cheveux longs, ou chauves, ou timides, ou musclés (faut faire la recherche, juste pour rigoler).

Voilà. C'est ça, une science homo-centrée. Où 29 % des chercheurs sont en réalité des chercheuses, comme viennent de le rappeler la Fondation L'Oréal et l'Unesco, qui ont décerné le 20 novembre le prix " Jeunes talents " à trois femmes scientifiques. De quoi se plaignent-elles encore, celles-là ? Elles pourraient pas plutôt se réjouir d'avoir progressé, elles qui ne représentaient que 24 % il y a quelques années ? Non, faut encore qu'elles radotent. Gnagnaga, l'intelligence artificielle reproduit la vision sexiste de la société. Comme si elles allaient pleurnicher auprès de leur iPhone après s'être fait mettre une main au cul !

Non, mais elles prennent de temps en temps des médicaments, ces geignardes. Là, la domination masculine scientifique devient tout de suite moins anecdotique. Honnêtement, messieurs : vous auriez envie de vous soigner avec des pilules qui n'auraient été testées exclusivement que sur mesdames ? Ben elles non plus, inversement. Déjà dans les essais cliniques animaliers, les laborantins ont (eu) tendance à exclure les femelles, ces emmerdeuses menstruées. Pareil avec les humaines. Certains remèdes n'ont jamais été testés (ou pas assez) sur celles qui sont aussi censées les ingérer. Ça ferait presque marrer, si ça ne concernait pas la santé : pour déterminer si Addyi, le premier boosteur (supposé) de la libido féminine, était compatible avec une bonne biture, ses concepteurs ont demandé à 25 cobayes de s'enfiler une bouteille de vin en dix minutes. Vingt-trois d'entre eux étaient des hommes.

" La recherche médicale semble fonctionner comme si une femme n'était qu'un homme de petite taille, regrette Alexandra Palt, directrice générale de la Fondation L'Oréal. Alors que nous avons des hormones, des corps différents. " Différents, hein. Pas inférieurs. Début 2000, une étude américaine avait démontré que huit médicaments sur les dix retirés du marché présentaient des effets secondaires plus élevés chez les femmes. Il aura fallu attendre 2014 pour que les posologies recommandent aux patientes des doses inférieures de Zolpidem, commercialisé au début des années 1990. Vingt ans pour réaliser qu'un somnifère assomme plus celles que ceux qui l'ingurgitent...

Elles prennent aussi le volant, les pleureuses. Même en Arabie saoudite ! Et elles ont 47 % de " chances " supplémentaires d'être victimes d'un grave accident de voiture. Car les airbags et les ceintures de sécurité ont été conçus sur le modèle masculin moyen, comme le révèle Caroline Criado-Perez dans son livre (non encore traduit) Invisible Women. L'auteure démontre aussi que certains smartphones, 100 % machomade, se révèlent trop grands pour les mains féminines. Elles n'ont qu'à pas prendre le téléphone, ces plaintives.

Elles pourraient aussi avoir le bon goût de ne pas souffrir d'endométriose, de fibromyalgie ou de toute autre maladie les touchant principalement, de toute façon, la science s'en fiche. Comme de leur clitoris, dont la première échographie date d'il y a seulement onze ans et dont le monde commence à peine à découvrir l'apparence. Snif, snif, vous voulez un mouchoir, les frustrées du pénis ?

Ou bien la science pourrait avoir l'objectivité de reconnaître que le monde est à moitié féminin. Qu'ils pleurent, ceux que ça dérange. Ils pisseront moins.

© dr

Girl Power

Plutôt que de dépenser durant le Black Friday, cette nouvelle tradition marketing made in USA, l'association française Règles élémentaires propose de donner durant le " Red Friday ". Donner, du 28 novembre au 1er décembre, des protections menstruelles qui seront ensuite redistribuées gratuitement à un public précaire : femmes sans-abris, étudiantes ou travailleuses qui galèrent en fin de mois. A copier, en Belgique ?

Les alliés

Quand bien même toutes les femmes se réveilleraient, demain, décidées à entamer une carrière scientifique que la recherche ne deviendrait pas illico paritaire pour autant. Car il reste aussi aux hommes à accepter que la profession se féminise. Depuis un an, la Fondation L'Oréal a lancé le programme Men For Women in Sience, dans lequel trente chercheurs français, japonais, espagnols et marocains se sont engagés à faire progresser la présence de femmes au sein de leurs institutions. Le mathématicien Cédric Villani, le chimiste Alain Fuchs, le généticien François Taddei, le biologiste Patrick Lévy... L'enjeu n'est pas seulement de faire de la place à des chercheuses, mais aussi à des décideuses, qui n'occupent, pour l'instant, que 11 % de postes à responsabilités.

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pays (sur 197 dans le monde, juste pour rappel) ont inscrit le féminicide dans le Code pénal. Neuf en Amérique latine (Pérou, Bolivie, Argentine, Chili, Costa Rica, Colombie, Guatemala, Mexique, Salvador) et deux en Europe (Italie et Espagne). Reconnaître le féminicide comme circonstance aggravante était l'une des réclamations des manifestations organisées les 24 et 25 novembre, à l'occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes.