Le Vif/L'Express a demandé à des personnalités du monde politique, économique, associatif, académique, culturel... de proposer une idée pour sortir la Belgique du marasme. Que ce soit une suggestion immédiate ou une réforme plus profonde du système.

La crise politique belge a des causes spécifiques qui découlent de sa propre histoire, mais elle n'est néanmoins qu'une illustration de la crise politique expérimentée plus largement en Europe et ailleurs dans le monde. La Belgique (et a fortiori ses régions) n'est pas une île.

La crise des démocraties occidentales s'illustre en effet par une série de phénomènes observés en Belgique comme ailleurs en Europe. C'est le cas de la volatilité électorale, qui sanctionne généralement les gouvernements sortants (comme ce fut le cas de la Suédoise en mai dernier). C'est aussi le cas du déclin des partis traditionnels : pour la première fois de l'histoire du suffrage universel en Belgique, les trois familles politiques traditionnelles n'ont pas la majorité ni en sièges, ni en voix, tout comme les groupes PPE et S&D n'ont pas la majorité au Parlement européen pour la première fois de l'histoire du suffrage européen suite aux élections de mai dernier.

Un autre phénomène qui se généralise en Europe est la montée de l'extrême droite et plus largement du national-populisme (comme en Belgique où le Vlaams Belang et la N-VA cumulent 43 sièges des 89 du collège flamand au Parlement fédéral), ainsi que des partis antisystème de gauche radicale (comme le PTB qui a obtenu 12 sièges). Il en résulte une fragmentation croissante des parlements, qui rendent de plus en plus complexe la formation des gouvernements (comme en Belgique) et contraignent nombre de pays à être dirigés par des gouvernements minoritaires (comme l'actuel gouvernement belge en affaires courantes). Enfin, on observe une polarisation croissante des clivages idéologiques entre une droite "conservatrice-identitaire" (dominante en Flandre) et une gauche "éco-socialiste" (dominante en Wallonie et à Bruxelles).

Si les causes de la crise politique belge sont moins singulières qu'il n'y paraît, c'est parce que la récession démocratique actuelle trouve son origine dans la révolution conservatrice des années 1980 qui a instauré un système mondial inégalitaire et insoutenable, qui est entré en crise en 2008 et qui a provoqué inégalités, désindustrialisation, crises financières, austérité, injustice fiscale et crise écologique. En Europe, la réduction de la construction européenne à un grand marché fondé sur la compétition de tous contre tous et la discipline de marché a entraîné une polarisation croissante entre les gagnants et les perdants de la mondialisation. Il en a résulté une fracture grandissante entre les classes moyennes et populaires et les partis traditionnels - les premiers accusant les seconds de ne plus suffisamment défendre leurs intérêts.

Si les problèmes belgo-belges ont des racines européennes, les solutions pourraient aussi être trouvées à cette échelle. Plutôt que se focaliser sur le premier parti de chaque communauté et s'évertuer à vouloir concilier l'inconciliable (la N-VA "conservatrice-identitaire" et le PS "éco-socialiste"), les partis devraient se concentrer sur le programme, c'est-à-dire la manière de former une majorité autour d'un projet politique cohérent et enthousiasmant (étant donné que la formation d'un gouvernement incapable de mener des politiques cohérentes pourrait ne préparer que l'aggravation de la crise politique lors des prochaines élections).

Pour répondre à la crise économique, sociale et environnementale qui nourrit la fatigue démocratique et l'euroscepticisme, la nouvelle Commission européenne a proposé un Green Deal européen, certes imparfait, mais qui ne représente pas moins un projet ambitieux de transition écologique et sociale susceptible de résorber la fracture entre les élus et les citoyens. Or la concrétisation de ce Green Deal européen dépend avant tout de sa mise en oeuvre par les États membres - dont la Belgique.

La formation en Belgique d'une "coalition Green Deal", qui rassemblerait les partis favorables à la mise en oeuvre de la nouvelle stratégie proposée par la Commission, permettrait de rassembler une majorité derrière un projet cohérent et enthousiasmant. Si on transpose les votes des élus belges au Parlement européen sur la résolution pour le Green Deal, un tel gouvernement disposerait d'une confortable majorité parlementaire d'au moins 93 sièges sur 150. Les élus belges du PPE (CD&V et cdH), du S&D (PS et sp-a), de Renew (MR et Open-VLD) et des Verts (Ecolo et Groen) ont voté pour la résolution, contrairement aux élus belges d'ECR (N-VA) et de la GUE (PTB) qui se sont abstenus et aux élus d'ID (Vlaams Belang) qui ont voté contre. Ajoutons que Défi n'a pas d'élu au Parlement européen mais est certainement favorable au Green Deal - ce qui permettrait d'ajouter deux sièges à la "majorité Green Deal".

Une telle option ne permettrait certes pas de régler les problèmes communautaires et institutionnels qui traversent l'histoire de la Belgique, mais elle permettrait néanmoins de sortir par le haut de la paralysie actuelle.

Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11.

Le Vif/L'Express a demandé à des personnalités du monde politique, économique, associatif, académique, culturel... de proposer une idée pour sortir la Belgique du marasme. Que ce soit une suggestion immédiate ou une réforme plus profonde du système.La crise politique belge a des causes spécifiques qui découlent de sa propre histoire, mais elle n'est néanmoins qu'une illustration de la crise politique expérimentée plus largement en Europe et ailleurs dans le monde. La Belgique (et a fortiori ses régions) n'est pas une île. La crise des démocraties occidentales s'illustre en effet par une série de phénomènes observés en Belgique comme ailleurs en Europe. C'est le cas de la volatilité électorale, qui sanctionne généralement les gouvernements sortants (comme ce fut le cas de la Suédoise en mai dernier). C'est aussi le cas du déclin des partis traditionnels : pour la première fois de l'histoire du suffrage universel en Belgique, les trois familles politiques traditionnelles n'ont pas la majorité ni en sièges, ni en voix, tout comme les groupes PPE et S&D n'ont pas la majorité au Parlement européen pour la première fois de l'histoire du suffrage européen suite aux élections de mai dernier. Un autre phénomène qui se généralise en Europe est la montée de l'extrême droite et plus largement du national-populisme (comme en Belgique où le Vlaams Belang et la N-VA cumulent 43 sièges des 89 du collège flamand au Parlement fédéral), ainsi que des partis antisystème de gauche radicale (comme le PTB qui a obtenu 12 sièges). Il en résulte une fragmentation croissante des parlements, qui rendent de plus en plus complexe la formation des gouvernements (comme en Belgique) et contraignent nombre de pays à être dirigés par des gouvernements minoritaires (comme l'actuel gouvernement belge en affaires courantes). Enfin, on observe une polarisation croissante des clivages idéologiques entre une droite "conservatrice-identitaire" (dominante en Flandre) et une gauche "éco-socialiste" (dominante en Wallonie et à Bruxelles). Si les causes de la crise politique belge sont moins singulières qu'il n'y paraît, c'est parce que la récession démocratique actuelle trouve son origine dans la révolution conservatrice des années 1980 qui a instauré un système mondial inégalitaire et insoutenable, qui est entré en crise en 2008 et qui a provoqué inégalités, désindustrialisation, crises financières, austérité, injustice fiscale et crise écologique. En Europe, la réduction de la construction européenne à un grand marché fondé sur la compétition de tous contre tous et la discipline de marché a entraîné une polarisation croissante entre les gagnants et les perdants de la mondialisation. Il en a résulté une fracture grandissante entre les classes moyennes et populaires et les partis traditionnels - les premiers accusant les seconds de ne plus suffisamment défendre leurs intérêts. Si les problèmes belgo-belges ont des racines européennes, les solutions pourraient aussi être trouvées à cette échelle. Plutôt que se focaliser sur le premier parti de chaque communauté et s'évertuer à vouloir concilier l'inconciliable (la N-VA "conservatrice-identitaire" et le PS "éco-socialiste"), les partis devraient se concentrer sur le programme, c'est-à-dire la manière de former une majorité autour d'un projet politique cohérent et enthousiasmant (étant donné que la formation d'un gouvernement incapable de mener des politiques cohérentes pourrait ne préparer que l'aggravation de la crise politique lors des prochaines élections). Pour répondre à la crise économique, sociale et environnementale qui nourrit la fatigue démocratique et l'euroscepticisme, la nouvelle Commission européenne a proposé un Green Deal européen, certes imparfait, mais qui ne représente pas moins un projet ambitieux de transition écologique et sociale susceptible de résorber la fracture entre les élus et les citoyens. Or la concrétisation de ce Green Deal européen dépend avant tout de sa mise en oeuvre par les États membres - dont la Belgique.La formation en Belgique d'une "coalition Green Deal", qui rassemblerait les partis favorables à la mise en oeuvre de la nouvelle stratégie proposée par la Commission, permettrait de rassembler une majorité derrière un projet cohérent et enthousiasmant. Si on transpose les votes des élus belges au Parlement européen sur la résolution pour le Green Deal, un tel gouvernement disposerait d'une confortable majorité parlementaire d'au moins 93 sièges sur 150. Les élus belges du PPE (CD&V et cdH), du S&D (PS et sp-a), de Renew (MR et Open-VLD) et des Verts (Ecolo et Groen) ont voté pour la résolution, contrairement aux élus belges d'ECR (N-VA) et de la GUE (PTB) qui se sont abstenus et aux élus d'ID (Vlaams Belang) qui ont voté contre. Ajoutons que Défi n'a pas d'élu au Parlement européen mais est certainement favorable au Green Deal - ce qui permettrait d'ajouter deux sièges à la "majorité Green Deal". Une telle option ne permettrait certes pas de régler les problèmes communautaires et institutionnels qui traversent l'histoire de la Belgique, mais elle permettrait néanmoins de sortir par le haut de la paralysie actuelle. Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11.