Puisque cette carte blanche s'attache à dresser un portrait à charge d'Imazi·Reine, cette jeune association féministe qui a animé l'objet du pseudo scandale, prenons, à notre tour, le temps de camper le décor.

A l'origine de cette polémique, l'ODF est une officine identitaire belge, née il y a peu dans la mouvance du Printemps républicain français (la ligne dure d'une certaine idée de la laïcité à la Française, qui a tant fait pour l'apaisement du vivre ensemble, on voit le résultat.) Déjà bien connue pour ses méthodes peu respectueuse des personnes, l'ODF a fait récemment l'objet d'un signalement auprès du Conseil de l'Europe pour harcèlement en ligne, par la Fédération européenne des Journalistes ; l'Université Libre de Bruxelles a dû affirmer publiquement sa solidarité avec la chercheuse Corine Torrekens, victime d'une autre campagne de diabolisation orchestrée par l'ODF ; et Fadila Maaroufi, cofondatrice et directrice de l'ODF, a fini par être licenciée du Centre d'Action Laïque, dont elle se réclamait en jouant sur la confusion.

Toujours sans scrupule dans sa manière de communiquer, l'ODF a donc transformé un atelier destiné à des femmes et queers racisé·es (soit un moment de partage en groupe restreint parmi d'autres) en "événement interdit aux blancs !" (2) Un raccourci évidemment destiné à choquer.

L'honnêteté intellectuelle aurait pourtant voulu que l'ODF précise que cet atelier faisait partie d'une programmation variée, "les Mots du contre-pouvoir", où tout le monde pouvait trouver sa place. Avec notamment un atelier destiné aux... allié·es blanc·hes (en langage militant : aux personnes qui ne se considèrent pas comme racisées mais qui soutiennent.)

Où l'on s'étonne que les membres de l'ODF n'aient pas pensé à s'inscrire. On en aurait profité pour les informer que tous ces ateliers, programmés avant la crise sanitaire, auraient dû se tenir un même samedi à la Maison du Livre, avec, à la fin, un moment de mise en commun des expériences, en toute convivialité. C'était ça, l'événement. Pas un de ses ateliers sorti du contexte.

Mystérieusement, tout ce contexte a disparu.

Ainsi que l'a expliqué en substance très pédagogiquement Patrick Charlier, directeur d'Unia (l'ex-Centre pour l'Egalité des Chances), les ateliers en non-mixité choisie ont toujours été un outil important dans les diverses luttes pour les droits des minorités. Ils permettent par exemple aux participant·es de partir d'une expérience commune de la discrimination, sans être constamment obligé·es d'en justifier la réalité. Ou d'avoir à prendre la parole devant des personnes perçues à tort ou à raison comme situées du côté de l'oppression.

Un minimum de bonne foi, à défaut de culture historique, aurait pu conduire l'ODF à s'arrêter là. Surtout que c'est l'ODF, lui-même, qui avait incité ses abonné·es à interpeller en masse Unia.

Au contraire, mécontent des éléments de contextualisation que Patrick Charlier apportait dans sa réponse, l'ODF a immédiatement exigé sa démission.

L'anecdote en dit long sur son rapport au réel.

Et sur son goût pour le débat démocratique.

Nous sommes tristes de devoir perdre du temps à ces précisions mais nous espérons ainsi remettre un peu de réflexion dans une controverse que la recherche du sensationnel à tout prix a contribué à rendre aussi caricaturale.

Nous faisons le pari que la pluralité d'approches que nous proposons à la place constitue bel et bien une richesse dans une société démocratique, soucieuse de développer chez celles et ceux qui la constituent le goût d'une citoyenneté active, et la pratique de l'activité associative.

C'est de cette citoyenneté, de cette activité, de rencontres et de débats dont notre société en crise a un besoin criant, et non de polémiques sur les réseaux sociaux.

Le Centre Librex, la Maison du Livre et PointCulture

(1) Le communiqué commun : http://centrelibrex.be/rendez-vous/inclure-nest-pas-exclure-quelques-precisions-sur-la-non-mixite-choisie-en-milieu-militant/

(2) Puisque l'intitulé initial avait pu poser problème, nous l'avons immédiatement modifié, en bonne intelligence avec le pouvoir subsidiant. Le descriptif initial était exactement : "Safe-space en non-mixité sans hommes cisgenre-hétéro (oui aux mecs queer, oui aux personnes non-binaires) et sans personnes blanches". Comme il nous a été fait remarquer à juste titre que la communication s'adressait directement au public ciblé et uniquement à lui, nous l'avons reformulé comme suit : "Compte tenu du sujet, l'atelier s'adresse prioritairement aux femmes et queer racisé·es. Merci de votre compréhension". Le tout assorti d'une note expliquant l'intérêt du travail en safe space.

Puisque cette carte blanche s'attache à dresser un portrait à charge d'Imazi·Reine, cette jeune association féministe qui a animé l'objet du pseudo scandale, prenons, à notre tour, le temps de camper le décor. A l'origine de cette polémique, l'ODF est une officine identitaire belge, née il y a peu dans la mouvance du Printemps républicain français (la ligne dure d'une certaine idée de la laïcité à la Française, qui a tant fait pour l'apaisement du vivre ensemble, on voit le résultat.) Déjà bien connue pour ses méthodes peu respectueuse des personnes, l'ODF a fait récemment l'objet d'un signalement auprès du Conseil de l'Europe pour harcèlement en ligne, par la Fédération européenne des Journalistes ; l'Université Libre de Bruxelles a dû affirmer publiquement sa solidarité avec la chercheuse Corine Torrekens, victime d'une autre campagne de diabolisation orchestrée par l'ODF ; et Fadila Maaroufi, cofondatrice et directrice de l'ODF, a fini par être licenciée du Centre d'Action Laïque, dont elle se réclamait en jouant sur la confusion.Toujours sans scrupule dans sa manière de communiquer, l'ODF a donc transformé un atelier destiné à des femmes et queers racisé·es (soit un moment de partage en groupe restreint parmi d'autres) en "événement interdit aux blancs !" (2) Un raccourci évidemment destiné à choquer. L'honnêteté intellectuelle aurait pourtant voulu que l'ODF précise que cet atelier faisait partie d'une programmation variée, "les Mots du contre-pouvoir", où tout le monde pouvait trouver sa place. Avec notamment un atelier destiné aux... allié·es blanc·hes (en langage militant : aux personnes qui ne se considèrent pas comme racisées mais qui soutiennent.) Où l'on s'étonne que les membres de l'ODF n'aient pas pensé à s'inscrire. On en aurait profité pour les informer que tous ces ateliers, programmés avant la crise sanitaire, auraient dû se tenir un même samedi à la Maison du Livre, avec, à la fin, un moment de mise en commun des expériences, en toute convivialité. C'était ça, l'événement. Pas un de ses ateliers sorti du contexte.Mystérieusement, tout ce contexte a disparu.Ainsi que l'a expliqué en substance très pédagogiquement Patrick Charlier, directeur d'Unia (l'ex-Centre pour l'Egalité des Chances), les ateliers en non-mixité choisie ont toujours été un outil important dans les diverses luttes pour les droits des minorités. Ils permettent par exemple aux participant·es de partir d'une expérience commune de la discrimination, sans être constamment obligé·es d'en justifier la réalité. Ou d'avoir à prendre la parole devant des personnes perçues à tort ou à raison comme situées du côté de l'oppression.Un minimum de bonne foi, à défaut de culture historique, aurait pu conduire l'ODF à s'arrêter là. Surtout que c'est l'ODF, lui-même, qui avait incité ses abonné·es à interpeller en masse Unia.Au contraire, mécontent des éléments de contextualisation que Patrick Charlier apportait dans sa réponse, l'ODF a immédiatement exigé sa démission.L'anecdote en dit long sur son rapport au réel. Et sur son goût pour le débat démocratique.Nous sommes tristes de devoir perdre du temps à ces précisions mais nous espérons ainsi remettre un peu de réflexion dans une controverse que la recherche du sensationnel à tout prix a contribué à rendre aussi caricaturale.Nous faisons le pari que la pluralité d'approches que nous proposons à la place constitue bel et bien une richesse dans une société démocratique, soucieuse de développer chez celles et ceux qui la constituent le goût d'une citoyenneté active, et la pratique de l'activité associative. C'est de cette citoyenneté, de cette activité, de rencontres et de débats dont notre société en crise a un besoin criant, et non de polémiques sur les réseaux sociaux.Le Centre Librex, la Maison du Livre et PointCulture(1) Le communiqué commun : http://centrelibrex.be/rendez-vous/inclure-nest-pas-exclure-quelques-precisions-sur-la-non-mixite-choisie-en-milieu-militant/(2) Puisque l'intitulé initial avait pu poser problème, nous l'avons immédiatement modifié, en bonne intelligence avec le pouvoir subsidiant. Le descriptif initial était exactement : "Safe-space en non-mixité sans hommes cisgenre-hétéro (oui aux mecs queer, oui aux personnes non-binaires) et sans personnes blanches". Comme il nous a été fait remarquer à juste titre que la communication s'adressait directement au public ciblé et uniquement à lui, nous l'avons reformulé comme suit : "Compte tenu du sujet, l'atelier s'adresse prioritairement aux femmes et queer racisé·es. Merci de votre compréhension". Le tout assorti d'une note expliquant l'intérêt du travail en safe space.