Bon, on arrive enfin au terme d'une campagne qui aura été singulière et pleine de rebondissements. En un mot : passionnante.

D'abord, à peine les primaires passées, les "affaires" sont révélées : celles des emplois présumés fictifs de Penelope, sa femme, Marie et Charles, ses enfants pour François Fillon. Celle mettant en cause ses assistants parlementaires pour Marine Le Pen.

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Mais aussi l'opportunisme, le revirement de parti, comme quand Valls balaie d'un revers de la main sa promesse de soutien, engagé contractuellement, au victorieux de la primaire socialiste, en l'occurrence Benoit Hamon. Et oui, quelle surprise de le voir, lui, le Frondeur d'Hollande, accéder à la possibilité de représenter le PS à l'élection suprême. Surprise également pour l'ancien premier ministre, lui aussi prétendant à l'Elysée, qui lui a préféré Macron. Mais devant le peu d'enthousiasme de la part du principal intéressé à l'annonce de cette décision, Manuel offre sa promesse de travailler à un compromis avec Fillon, en cas de victoire de celui-ci. Ce qui ressemble fort à l'angoisse de rester sur le carreau pour les 5 ans à venir. Les électeurs de la primaire, eux, crient au scandale et portent plainte contre ce déni.

Et puis les débats, avec plus ou moins de fond ou de superficialité selon les candidats. L'intervention salutaire du discret Poutou, pour remettre les pendules à l'heure et voler dans l'immunité de Marine. Beau moment qui aura peut-être eu quelques conséquences sur le choix du bulletin de certains, sait-on jamais.

Mais surtout une avalanche de sondages, et avec elle, l'avalanche de commentaires sur leur intérêt/inintérêt, mais peut-être pas de leur innocuité.

Ouf ! Des semaines à baigner dans un entourage en lutte, entre ceux qui luttent pour leurs convictions et ceux qui votent "utile", pour le gagnant, le fameux, le seul, l'unique annoncé comme seul rempart possible à la Marine nationale.

Sans parler des analyses médiatiques, plus ou moins partiales, des programmes et des candidats, qui selon leur bord se sont vus pendant quelques semaines, offrir un traitement acerbe ou déroulé le tapis rouge des unes de la presse.

Enfin, à l'avant-veille de cette élection, souvent présentée comme décisive pour l'avenir de l'Europe, confirmant l'élan de défiance pris avec le Brexit , ou le choix de la tempérance, cette attaque terroriste dans le Paris touristique. Occasion pour les candidats de souligner leur ligne sécuritaire. Ou non.

C'est dire si cette pérégrination vers le Heysel se fait le coeur lourd, consciente comme jamais que l'enjeu est de taille, et dans un climat pas franchement securito-decontracté. Première élection présidentielle sous haute sécurité, menace d'attentats oblige.

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En bande, les exilés que nous sommes prennent le chemin de leur destin commun. On blague dans la voiture pour alléger la tension palpable. On essaie de corrompre une des passagères dont on ne comprend toujours pas le vote à venir : "Allez, il nous reste un 15 minutes pour la convaincre" espère le conducteur. Du Macron, du Poutou, du Mélenchon, le chargement est-il représentatif? L'avenir nous le dira. On évoque le mouvement de panique vécu par le parent de l'un de nous Gare du Nord hier après l'agression d'un policier, l'attentat de vendredi. A qui profite le crime? Marine ? Mais elle n'en a même plus besoin. Un quotidien promet un duel Fillon / Le Pen à la fin de la journée. On objecte. "Mais non, Le Pen est annoncée gagnante d'office. Entre ce qu'on répond au sondeur au téléphone et le moment de glisser ce nom dans l'enveloppe, il y a un monde, que peu finalement sont prompts à franchir. Non, moi je vous prédis un Macron - Mélenchon pour le second tour." En somme, vous l'aurez compris : le flou est total et les spéculations vont bon train.

Au Heysel, la concentration de Français me fait prendre conscience de la présence des quelque 45.000 congénères qui partagent ma ville d'adoption bien aimée, et que je ne vois pourtant jamais. Du cadre - cadre supérieur, quelques étudiants, du bourgeois vieille France... On scrute la foule. Son voisin. "Quel avenir imagine-t-il pour son pays d'origine ? Quel attachement a-t-il encore pour lui? "

État physique oblige, après une demi-heure de sur place je demande à court-circuiter la file qui parait ne jamais finir. "Mais bien sûr Madame". Moins d'accord, le Monsieur à l'écharpe en cashmere tape à l'oeil derrière moi. Pas content. A vu de nez, je crois deviner pour qui il vote. Dans le mille ! Le monsieur se fait reprendre par les accesseurs : "Vous devez prendre au moins deux bulletins monsieur, c'est la règle." Le bulletin Fillon avant l'isoloir ne suffit pas. Même si au final, il fera partie de ceux qui désigne notre futur président. Comme les derniers sondages le présument. Comme les algorithmes le prédisent. Pour l'instant il faut encore faire un petit effort, laisser passer la femme enceinte et piocher dans le tas de bulletin qu'on ne cautionne pas. Même traitement pour tout le monde.

Arrive l'épreuve de l'isoloir.

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Bulletin dans l'enveloppe. Fermer correctement l'enveloppe comme le rappelle les accesseurs... Rouvrir l'enveloppe pour vérifier que c'est le bon, on ne sait jamais. Toute cette tension. Tous ces enjeux... Refermer.

"A voté".

Je réitère l'opération par deux fois. Dans deux bureaux différents, double procuration oblige. C'est sportif les élections dis donc.

Sortie de là à 13h, la foule se presse. On repart, le devoir accompli. Avec un goût de vanité. Comme un air de "ce ne sera pas suffisant". Dans un climat de défiance généralisée, de crise migratoire, financière, identitaire, européenne, médiatique, de complotisme à toutes les sauces, du "diviser pour mieux régner", le suffrage universel ne semble presque même plus la bonne manière de donner voix au chapitre au peuple en déroute. Plus que quelques heures à attendre, avant de mesurer nos convictions face à celle du plus grand nombre. Cette fameuse majorité. On se prendrait presque à rêver d'en être...

Bon, on arrive enfin au terme d'une campagne qui aura été singulière et pleine de rebondissements. En un mot : passionnante.D'abord, à peine les primaires passées, les "affaires" sont révélées : celles des emplois présumés fictifs de Penelope, sa femme, Marie et Charles, ses enfants pour François Fillon. Celle mettant en cause ses assistants parlementaires pour Marine Le Pen.Mais aussi l'opportunisme, le revirement de parti, comme quand Valls balaie d'un revers de la main sa promesse de soutien, engagé contractuellement, au victorieux de la primaire socialiste, en l'occurrence Benoit Hamon. Et oui, quelle surprise de le voir, lui, le Frondeur d'Hollande, accéder à la possibilité de représenter le PS à l'élection suprême. Surprise également pour l'ancien premier ministre, lui aussi prétendant à l'Elysée, qui lui a préféré Macron. Mais devant le peu d'enthousiasme de la part du principal intéressé à l'annonce de cette décision, Manuel offre sa promesse de travailler à un compromis avec Fillon, en cas de victoire de celui-ci. Ce qui ressemble fort à l'angoisse de rester sur le carreau pour les 5 ans à venir. Les électeurs de la primaire, eux, crient au scandale et portent plainte contre ce déni. Et puis les débats, avec plus ou moins de fond ou de superficialité selon les candidats. L'intervention salutaire du discret Poutou, pour remettre les pendules à l'heure et voler dans l'immunité de Marine. Beau moment qui aura peut-être eu quelques conséquences sur le choix du bulletin de certains, sait-on jamais.Mais surtout une avalanche de sondages, et avec elle, l'avalanche de commentaires sur leur intérêt/inintérêt, mais peut-être pas de leur innocuité.Ouf ! Des semaines à baigner dans un entourage en lutte, entre ceux qui luttent pour leurs convictions et ceux qui votent "utile", pour le gagnant, le fameux, le seul, l'unique annoncé comme seul rempart possible à la Marine nationale. Sans parler des analyses médiatiques, plus ou moins partiales, des programmes et des candidats, qui selon leur bord se sont vus pendant quelques semaines, offrir un traitement acerbe ou déroulé le tapis rouge des unes de la presse.Enfin, à l'avant-veille de cette élection, souvent présentée comme décisive pour l'avenir de l'Europe, confirmant l'élan de défiance pris avec le Brexit , ou le choix de la tempérance, cette attaque terroriste dans le Paris touristique. Occasion pour les candidats de souligner leur ligne sécuritaire. Ou non.C'est dire si cette pérégrination vers le Heysel se fait le coeur lourd, consciente comme jamais que l'enjeu est de taille, et dans un climat pas franchement securito-decontracté. Première élection présidentielle sous haute sécurité, menace d'attentats oblige. En bande, les exilés que nous sommes prennent le chemin de leur destin commun. On blague dans la voiture pour alléger la tension palpable. On essaie de corrompre une des passagères dont on ne comprend toujours pas le vote à venir : "Allez, il nous reste un 15 minutes pour la convaincre" espère le conducteur. Du Macron, du Poutou, du Mélenchon, le chargement est-il représentatif? L'avenir nous le dira. On évoque le mouvement de panique vécu par le parent de l'un de nous Gare du Nord hier après l'agression d'un policier, l'attentat de vendredi. A qui profite le crime? Marine ? Mais elle n'en a même plus besoin. Un quotidien promet un duel Fillon / Le Pen à la fin de la journée. On objecte. "Mais non, Le Pen est annoncée gagnante d'office. Entre ce qu'on répond au sondeur au téléphone et le moment de glisser ce nom dans l'enveloppe, il y a un monde, que peu finalement sont prompts à franchir. Non, moi je vous prédis un Macron - Mélenchon pour le second tour." En somme, vous l'aurez compris : le flou est total et les spéculations vont bon train.Au Heysel, la concentration de Français me fait prendre conscience de la présence des quelque 45.000 congénères qui partagent ma ville d'adoption bien aimée, et que je ne vois pourtant jamais. Du cadre - cadre supérieur, quelques étudiants, du bourgeois vieille France... On scrute la foule. Son voisin. "Quel avenir imagine-t-il pour son pays d'origine ? Quel attachement a-t-il encore pour lui? " État physique oblige, après une demi-heure de sur place je demande à court-circuiter la file qui parait ne jamais finir. "Mais bien sûr Madame". Moins d'accord, le Monsieur à l'écharpe en cashmere tape à l'oeil derrière moi. Pas content. A vu de nez, je crois deviner pour qui il vote. Dans le mille ! Le monsieur se fait reprendre par les accesseurs : "Vous devez prendre au moins deux bulletins monsieur, c'est la règle." Le bulletin Fillon avant l'isoloir ne suffit pas. Même si au final, il fera partie de ceux qui désigne notre futur président. Comme les derniers sondages le présument. Comme les algorithmes le prédisent. Pour l'instant il faut encore faire un petit effort, laisser passer la femme enceinte et piocher dans le tas de bulletin qu'on ne cautionne pas. Même traitement pour tout le monde. Arrive l'épreuve de l'isoloir. Bulletin dans l'enveloppe. Fermer correctement l'enveloppe comme le rappelle les accesseurs... Rouvrir l'enveloppe pour vérifier que c'est le bon, on ne sait jamais. Toute cette tension. Tous ces enjeux... Refermer. "A voté". Je réitère l'opération par deux fois. Dans deux bureaux différents, double procuration oblige. C'est sportif les élections dis donc. Sortie de là à 13h, la foule se presse. On repart, le devoir accompli. Avec un goût de vanité. Comme un air de "ce ne sera pas suffisant". Dans un climat de défiance généralisée, de crise migratoire, financière, identitaire, européenne, médiatique, de complotisme à toutes les sauces, du "diviser pour mieux régner", le suffrage universel ne semble presque même plus la bonne manière de donner voix au chapitre au peuple en déroute. Plus que quelques heures à attendre, avant de mesurer nos convictions face à celle du plus grand nombre. Cette fameuse majorité. On se prendrait presque à rêver d'en être...